Interview : Jean Marc Grazzini, Directeur Général Adjoint d’Air Austral

Jean-Marc Grazzini, Directeur Général Adjoint d'Air Austral, explique comment la compagnie aérienne réunionnaise reprend son activité dans un contexte de grande volatilité.

Air Austral
Air Austral a repris ses vols réguliers entre la Réunion, Mayotte et la métropole

Comme toutes les compagnies aériennes dans le monde, Air Austral a dû réduire ses activités régulières pendant trois mois en raison de l’épidémie de Covid-19. Le transporteur a cependant maintenu durant cette période un pont aérien de deux vols hebdomadaires avec Paris, l’organisation de vols de rapatriement ou d’urgence sanitaire, de même que le maintien de lignes de fret. Air Austral a repris depuis ses vols réguliers mais uniquement entre la Réunion, Mayotte et la métropole. Elle vient de bénéficier comme l’ensemble des compagnies françaises d’un soutien financier de 88 millions d’euros pour faire face à une crise sans précédent. Jean-Marc Grazzini, DGA d’Air Austral, fait le point sur le nouveau contexte d’exploitation du transporteur réunionnais.

Comment la compagnie Air Austral a-t-elle traversé la pandémie ?

Jean-Marc Grazzini – Nous avons durant cette crise affirme notre ancrage de compagnie réunionnaise. Tout d’abord en ne cessant jamais notre desserte, notamment avec la continuation d’un pont aérien entre Saint-Denis de la Réunion et Paris. Nous avons été impliqués dans l’organisation de points aériens pour rapatrier les passagers, par exemple avec les ambassades d’Afrique du Sud, Madagascar et Maurice. Nous avons également affrété des avions sur le Maroc. Autre activité essentielle à l’économie réunionnaise, nous avons assuré le les flots de marchandise de et vers La Réunion avec de nombreux vols de fret sur Paris mais aussi sur la Chine et Mayotte. Et depuis maintenant quelques jours, nous sommes de retour sur le trafic régulier entre la France et l’île de La Réunion.

Quelle reprise d’activité pour Air Austral en ce mois de juillet ?

Jean-Marc Grazzini – Nous reprenons peu à peu une activité normale. Nous offrons de nouveau un vol quotidien sur Paris et La Réunion et venons tout juste de reprendre la desserte de Paris-Mayotte à raison de quatre à cinq vols par semaine. Le vol CDG-La Réunion est effectué en Boeing 777 et le vol sur Mayotte en Boeing 787 avec une escale technique à Nairobi. Les vols sur Mayotte s’effectuent sous le contrôle strict des autorités sanitaires, puisque seuls les voyages pour motifs « impérieux » sont autorisés, assortis de mesures de quatorzaine. Sur La Réunion, le trafic devrait être stimulé par la levée de la quarantaine obligatoire à partir du 10 juillet. Nous enregistrons déjà une forte demande avec des réservations de dernière minute. A Paris, nous sommes encore au Terminal 2E mais nous devrions retrouver le Terminal 2C dès la mi-juillet, avec l’utilisation de nos salons à Paris.

Comment se passe la reprise du trafic affaires ?

Jean-Marc Grazzini – Cette reprise est lente à cause du contexte économique plombé par la pandémie. Son évolution va donc fortement dépendre de la situation économique à l’exception bien entendu des fonctionnaires entre métropole et l’île. Ce mois de juillet, nous dépendons en conséquence du trafic affinitaire, en espérant que les voyages de tourisme reprennent également bientôt. D’autant que les tarifs sur l’aérien restent accessibles en raison de la reprise du trafic par les quatre compagnies volant entre la métropole et l’île de La Réunion.

Comment envisagez-vous les prochains mois ?

Jean-Marc Grazzini – Je dois avouer que de toute ma carrière, je n’avais jamais vu une telle volatilité dans notre métier. L’activité du transport aérien se planifie des mois à l’avance en raison des contraintes de flotte ou encore des créneaux horaires. L’incertitude est devenue la norme pour le transport aérien, une norme avec laquelle nous devons apprendre à vivre. En l’état des choses, nous prévoyons un retour à la normale en fin d’année sur toutes les lignes mais il faut se souvenir que nous restons dépendants des décisions des gouvernements de chaque pays sur la réouverture de leurs frontières. Par exemple, on sait que Maurice a prévu de rouvrir son espace aérien et ses frontières à la fin août. On attend maintenant les décisions des autorités à Madagascar, en Afrique du Sud, en Inde, en Thaïlande ou en Chine. On devrait donc probablement reprendre tout notre réseau en octobre-novembre, mais sous réserve de frontières ouvertes…

Continuerez-vous de travailler avec Air Madagascar ?

Jean-Marc Grazzini – Nous étions effectivement devenus l’actionnaire de la compagnie nationale Air Madagascar mais le nouveau gouvernement de l’île a décidé de reprendre le contrôle de sa compagnie. Nous allons donc sortir du capital mais cela ne remettra pas en question nos accords de coopération.

Quelles mesures avez-vous pris concernant le service à bord ?

Jean-Marc Grazzini – Nous suivons les recommandations des autorités nationales de santé et des organismes internationaux du transport aérien. La prise de température avant le départ et l’arrivée, le port du masque obligatoire sont devenus la norme. L’air filtré toutes les trois minutes à bord assure que le voyage en avion reste globalement sur pour limiter l’impact potentiel du virus. De fait, ce système de filtrage est le même que dans les laboratoires de recherche. Le personnel porte un masque et suit des protocoles limitant au maximum les interactions. Par exemple, nous ne proposons plus de presse à bord des avions. La seule grande différence est la suppression des options de menus spéciaux en précommande. En fait, cela tient davantage à une baisse des effectifs chez nos prestataires de catering, eux aussi fortement affectées par la crise.