Interview : Hervé Kozar, Transavia France

Transavia publie une étude sur le thème du bleisure, ce mélange des genres entre déplacement professionnel et activités loisirs. Entretien avec Hervé Kozar, Directeur Général adjoint commercial de la compagnie.

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Hervé Kozar, Directeur Général adjoint commercial, Transavia France

Avez-vous été surpris par les résultats de cette étude que Transavia vient de publier sur le thème du bleisure ?

Hervé Kozar – Oui, nous avons été étonnés par ces résultats qui sont riches d’enseignements. Les voyageurs d’affaires des petites entreprises, des start-up, ont adopté un comportement différent. En évoquant le bleisure, je pensais à la prolongation d’un voyage d’affaires en week-end. Finalement, cela concerne aussi le jour même du meeting : un voyageur sur deux va en profiter pour profiter de la gastronomie locale, visiter un musée, découvrir la vie nocturne… C’est une tendance majeure chez cette typologie de clients travaillant dans des petites entreprises, et je pense qu’elle va progresser aussi dans les grandes entreprises, plus lentement. Ce qui est également étonnant, c’est que 78% d’entre eux n’ont pas de souci à en parler à leur employeur, notamment parce que cela fonctionne aussi dans l’autre sens : les mails professionnels sont consultés pendant les congés, ou le soir à la maison.

A quel point est-ce vraiment une nouvelle tendance ? Les voyageurs d’affaires expérimentaient déjà la gastronomie locale dix ans plus tôt…

H. K. – A titre personnel par exemple, j’en profite beaucoup plus qu’auparavant. Les voyages d’affaires en Europe augmentent fortement, il faut arriver à les rendre moins pénibles que ce qu’ils n’ont pu l’être. C’est relativement nouveau d’en profiter ainsi, à travers le bleisure, et ce sans culpabiliser. Je pense que la tendance s’accentue, la frontière est de plus en plus floue entre le privé et le professionnel. Avant, je ne lisais pas mes mails en vacances, par exemple. Maintenant, au retour de mes congés, mes mails sont à peu près à jour !

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Un voyageur d’affaires sur deux pratiquerait systématiquement le bleisure selon Transavia

Qu’est-ce qui a selon vous favorisé l’émergence du bleisure ? La « sharing economy » ? Les nouvelles technologies ? Les compagnies low-costs ?

H. K. – Ce sont quelques-uns des facteurs, effectivement. L’utilisation du smartphone y est pour beaucoup. La baisse des frais de « roaming » appliqués à l’étranger y contribue, on lit ses mails, on continue à travailler depuis l’étranger. Les tarifs des low-cost ont aussi fait tomber la barrière du prix, du budget voyage. Il y a aussi, bien sûr,  les technologies de visioconférence. Mais rien ne remplace la rencontre physique.

Vous évoquez dans l’étude les nouvelles problématiques qui se posent aux employeurs : quelles sont-elles ?

H. K. – Beaucoup de grandes entreprises refusent que leurs voyageurs d’affaires prennent par exemple une chambre via Airbnb, car cela pourrait poser un problème en termes de sécurité, dans ces grosses structures qui ont des procédures très strictes. Il va falloir gérer ce genre d’incompatibilités.

L’autre enseignement de l’étude réside aussi dans les habitudes de réservation…

H. K. – Oui : dans la plupart des cas, les voyageurs réservent eux-mêmes leurs déplacements, que ce soit leur chambre d’hôtel ou leur billet d’avion. Leurs critères de choix sont clairs : le prix, sans surprise, la praticité des horaires et de l’aéroport, et la flexibilité du service. Cela nous conforte dans notre positionnement, et notamment la grille tarifaire “Basic”, “Plus” et “Max”. Ce dernier tarif présente tous les atouts pour la clientèle affaires, avec la flexibilité jusqu’au jour du départ, le coupe-file ou les deux bagages en cabine. Ces services fluidifient l’expérience au sol et à bord de l’appareil. Ils permettent au voyageur de gagner du temps, de ne pas être freiné ou stressé durant son parcours aéroport. Nous avons également le gros avantage d’être basé à Orly, un aéroport plébiscité par les voyageurs d’affaires parce qu’il est simple, proche de Paris : ce n’est pas l’usine…

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Transavia compte 15% de voyageurs d’affaires en moyenne sur ses vols

Quelle est la part de la clientèle affaires sur vos vols, et jusqu’où espérez-vous progresser sur ce segment ?

H. K. – Nous avons déjà atteint en 2016 l’objectif de 15% que nous nous étions fixé en termes de voyageurs d’affaires. Cela représente tout de même une augmentation de 50% par rapport à l’année précédente. Nous sommes sur la bonne trajectoire, et nous ne comptons pas en rester là. Nous n’avons pas encore fixé d’objectif pour 2017, nous attendons notamment les chiffres du mois de septembre, pour étudier la tendance à l’heure de la rentrée professionnelle.

Quels services pensez-vous lancer à destination des voyageurs d’affaires ?

H. K. – D’autres choses viendront en 2017. Nous ne sommes pas encore prêts à les annoncer mais nous continuons à travaillons sur la fluidité et l’efficacité au sol, et sur les services digitaux. Nous avons lancé notre nouveau site Internet responsive l’an dernier et nous allons investirons encore dans ce domaine. Aujourd’hui le mobile représente 20% des ventes et 50% des recherches chez Transavia. Il était essentiel de proposer une plateforme qui fonctionne sur tous les supports. Le taux de conversion s’est beaucoup amélioré.

N’est-il pas difficile pour une compagnie low-cost de cibler les voyageurs d’affaires sans perdre son identité ?

H. K. – Ce n’est pas antinomique, ni pour nous, ni pour nos clients. Pour un vol de deux heures en Europe, le client recherche avant tout le prix et l’efficacité. La compagnie low-cost est donc totalement pertinente, dans la mesure où elle décolle à l’heure, depuis un aéroport principal, avec des fréquences de vols assez denses.

Pourriez-vous à terme imiter Vueling et sa classe affaires dotée de prises de courant et de ports USB ?

H. K. – Nous n’avons pas pour ambition de recréer une classe affaires. Nous ne constatons pas ce genre d’attente chez nos clients. C’est peut-être différent ailleurs.