Interview : Jean-Charles Perino, La Compagnie

La Compagnie s'apprête à ajouter un deuxième vol quotidien entre Paris et New York, tout en se retirant de Londres. A l'occasion du salon IFTM Top Resa, Jean-Charles Perino, Directeur général délégué Vente et Marketing et co-fondateur de La Compagnie, revient sur l'actualité chargée du transporteur 100% classe affaires.
DR La Compagnie
La Compagnie quitte Londres, mais se renforce sur l'axe Paris-New York

Depuis quand La Compagnie assiste-t-elle au rendez-vous IFTM Top Resa ?

Jean-Charles Perino – Cela fait maintenant trois ans. Nous étions déjà présents en 2014, quelques semaines à peine après notre premier vol, pour faire découvrir le produit. Nous l’étions également en 2015 pour « enfoncer le clou », et cette fois-ci pour présenter le lancement de notre deuxième fréquence quotidienne sur le Paris New York.

Quand lancerez-vous ce deuxième vol ?

J.-C. P. – Les opérations devraient débuter à la fin du mois d’octobre. Au début, deux jours par semaine seront ainsi doublés, et nous monterons progressivement en puissance, en fonction de la saisonnalité de la demande.

Pourquoi privilégier Newark ?

J.-C. P. – Nous sommes des fans absolus de cet aéroport. C’est le point d’accès le plus pratique pour notre clientèle new-yorkaise, en raison de sa proximité avec Manhattan et de sa localisation au cœur du corridor de la chimie. L’infrastructure de la plateforme facilite également le passage des contrôles de sécurité et d’immigration, ce qui accélère les flux passagers, à l’inverse de l’aéroport de JFK. Newark offre un véritable plus à notre clientèle de voyageurs d’affaires.

Songez-vous à une desserte au départ de Paris Orly, un aéroport également plébiscité par la clientèle affaires ?

J.-C. P. – Il y a déjà beaucoup de monde à Orly… C’est effectivement un aéroport qui plaît beaucoup, notamment aux voyageurs d’affaires. Il y a visiblement un marché là-bas. Quand nous nous sommes lancés, il y avait une opportunité à Charles de Gaulle que nous avons saisie. Nous en sommes très contents.

une véritable appétence pour un produit « french touch »

Ne craignez-vous pas l’embouteillage sur l’axe Paris New-York, où l’on retrouve à la fois les compagnies traditionnelles, les « petits nouveaux » comme la Compagnie, et maintenant les transporteurs low-cost ?

J.-C. P. – Le positionnement n’est pas le même, mais l’arrivée de ces différentes compagnies témoigne du dynamisme de cette route sur l’ensemble des catégories de voyageurs, du loisir basse contribution au segment corporate. Nous sommes les spécialistes de la classe affaires au meilleur prix, qui concerne à la fois les voyageurs d’affaires et la clientèle loisirs en mesure de s’offrir un confort radicalement différent pour quelques centaines d’euros supplémentaires. Nous avons donc la chance d’être sur cette niche.

Que représente la part de la clientèle américaine ?

J.-C. P. – La moitié de nos clients sont à New York. Il y a une véritable appétence pour un produit « french touch », et pour la destination Paris

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Jean-Charles Perino, Directeur général délégué Vente et Marketing, et co-fondateur de La Compagnie

Quel est le taux de remplissage de vos appareils ?

J.-C. P. – Il se situe au-delà de 80%. Nous en sommes évidemment très satisfaits, d’autant que cela englobe à la fois les périodes de forte activité affaires, mais aussi des mois comme juillet ou août, où il s’agit plutôt d’une clientèle loisirs. Durant l’été, les tarifs ont tendance à flamber sur cet axe Paris-New York en vol direct, et nos prix font que nous restons attractifs, notamment pour ces passagers qui ont l’habitude de voyager toute l’année en classe affaires, et qui n’ont pas forcément envie de reculer vers l’arrière de l’appareil pendant leurs congés. Nous leur offrons la possibilité de ne pas avoir de rupture de charge, de continuer à voyager comme ils en ont l’habitude pour leurs besoins professionnels.

« un risque que nous ne souhaitons pas prendre »

La Compagnie quitte Londres à a fin du mois : comment expliquer ce départ soudain ?

J.-C. P. – Nous avons fait deux constats assez simples : nous sommes présents sur cet axe Londres New York depuis peu de temps, et même si nous avons amélioré notre performance, nous restons dans une situation commerciale fragile. La typologie de trafic y est différente par rapport aux vols depuis Paris : il y a plus de trafic loisirs que business, ce n’est donc pas la même chose en termes de contribution. L’autre constat repose sur la sortie de l’Union Européenne votée par le peuple britannique. Cela crée beaucoup d’incertitudes dans de nombreux secteurs économiques, et a fortiori dans le transport aérien. Ce qui nous permet aujourd’hui de voler entre Londres et New York en tant que compagnie française, c’est l’accord « open skies » existant entre l’Europe et les Etats-Unis. Avec la nouvelle donne pèse désormais une incertitude, il existe un risque que nous ne souhaitons pas prendre. D’autres grands acteurs ont d’ailleurs ajusté leurs capacités sur les routes depuis ou vers le Royaume-Uni.

Peut-on parler de faux-pas ?

J.-C. P. – Non, je n’appellerais pas ça un faux-pas. Nous sommes persuadés qu’il y a un marché à Londres. Le cadre réglementaire présente un facteur de risque important, et tant que tout n’est pas clarifié, nous ne voulons pas investir pour ensuite retirer nos vols subitement. Nous avons donc préféré anticiper face à cette situation d’incertitude.

Le départ de Londres et la nouvelle fréquence parisienne sont-ils liés ?

J.-C. P. – Face à la demande sur l’axe Paris-New York, nous avons effectivement décidé d’accélérer le développement de cette ligne, en anticipant le lancement de cette nouvelle fréquence à 2016 plutôt que 2017, comme initialement prévu.

Nous réfléchissons à des produits qui offrent plus de flexibilité à notre clientèle affaires

Cette expérience londonienne vous a-t-elle donné des envies d’ailleurs ?

J.-C. P. – L’envie d’ailleurs n’est pas à l’ordre du jour. Nous voulons nous concentrer sur ce que nous faisons. Des problématiques de nouvelles routes se poseront dans le futur, nous étudions en permanence l’évolution du marché, mais pour l’instant ce n’est pas d’actualité. Nous avons une petite équipe, cela nous rend agile pour ajuster nos routes et saisir les opportunités quand elles se présentent.

Prévoyez-vous de nouveaux services, à bord ou au sol ?

J.-C. P. – Notre positionnement reste le même : la classe affaires au meilleur prix. On ne va donc pas promettre la lune, il nous faut rester cohérents. Depuis quelques semaines, un partenariat nous ouvre un accès au salon Icare de CDG, une infrastructure flambant neuve, avec terrasse, qui offre un vrai plus par rapport à l’ancien produit. Nous réfléchissons maintenant à des produits qui offrent plus de flexibilité à notre clientèle affaires. Le confort et l’économie sont notre alpha et notre omega, et nous voulons y ajouter la flexibilité, avec la possibilité de pouvoir basculer d’un vol sur l’autre en fonction des besoins.