Interview : Marisa Sukosol Nunbhakdi, présidente de l’Association des Hôtels de Thaïlande

L’hôtellerie en Thaïlande est à la dérive depuis la crise du COVID 19 qui prive le royaume de ses 40 millions de touristes internationaux. Le tourisme avait l’an passé générer une manne de plus de 52 milliards d’euros, représentant 20% du PIB du pays. La fermeture quasi-totale des frontières remet non seulement en cause le développement économique de la Thaïlande. Elle dénie aussi à Bangkok son rôle traditionnel de plaque-tournante économique pour toute la région du Grand Mékong.

L’hôtellerie en Thaïlande est à la dérive depuis la crise du COVID 19 qui prive le royaume de ses 40 millions de touristes internationaux. Les hôtels sont les premiers à en subir les conséquences comme l’explique Marisa Sukosol Nunbhakdi, présidente de l’Association internationale des hôtels de Thaïlande et Executive Vice President du groupe hôtelier Sukosol.

Est-il encore possible pour un voyageur étranger de se rendre en Thaïlande ?

Marisa Sukosol Nunbhakdi – L’entrée en Thaïlande reste encore compliquée même si le gouvernement thaïlandais a mis fin a la quarantaine obligatoire de tout le pays en juin. Depuis juillet en effet, notre gouvernement autorise la venue de 11 catégories de voyageurs. Cela concerne les expatriés avec un permis de travail, certains entrepreneurs ou encore des personnes travaillant dans le domaine médical. S’y ajoutera bientôt une catégorie de voyageurs pour des longs séjours qui pourront rester dans le pays jusqu’à neuf mois. Le problème reste la quarantaine obligatoire de 14 jours. Son coût élevé a certainement un effet repoussoir sur beaucoup de voyageurs. On espère maintenant d’autres mesures. Nous avons par exemple suggéré au gouvernement de créer des zones « quarantine-safe ». Cela permettrait aux gens de se déplacer au sein d’un espace délimité mais qui ne serait plus cantonné à un seul etablissement. Phuket pourrait servir de marché test.

Quelle résilience offre l’hôtellerie thaïe ?

M. S. N. – Je ne cacherai pas que nous traversons une grave crise. Les hôtels affichent en moyenne un taux d’occupation de 10%. Ceux certifiés « ASQ » [ndlr: Alternative State Quarantine] enregistrent des taux d’occupation de 20% à 30%. Mais il faudrait en fait un taux d’occupation minimum de 30% pour assurer une viabilité financière.

Certains segments sont-ils plus touchés que d’autres ?

M. S. N. – Il y a les établissements dans les régions qui ont vraiment besoin des visiteurs internationaux. Déjà parce que les touristes domestiques ne sont pas en nombres suffisants. Je parle ici des classes moyennes supérieures. Elles ne voyagent en plus que vers certaines destinations, celles qui offrent des établissements cinq étoiles. Et comme ils pratiquent des prix très compétitifs, ils accentuent les difficultés des hôtels moyen de gamme.

Craignez-vous donc une hémorragie du secteur hôtelier?

M. S. N. – C’est hélas probable. A peine 35% des hôtels de Chiang Mai sont aujourd’hui ouverts. A Phuket, ce taux tourne autour de 20%. En revanche, la plupart des hôtels sont opérationnels à Bangkok. Mais je crains que si les frontières ne se rouvrent pas d’ici quelques mois, beaucoup d’hôtels vont définitivement fermer leurs portes. On estime qu’un million de personnes a déjà été licencié. D’autres pourraient malheureusement les rejoindre.

Les difficultés du secteur pourraient-elles favoriser l’implantation de chaînes internationales dans le royaume ?

M. S. N. – On voit beaucoup de fonds d’investissements s’intéresser ou acheter actuellement des hôtels car les acquisitions sont actuellement bon marché. Cela devrait favoriser des contrats de franchise avec des marques internationales. Mais je ne suis pas certaine que ce soit des transactions à long terme. Je pense que notre branche restera essentiellement composée de PME locales…

Quels avantages peut apporter l’hôtellerie en Thaïlande aux voyageurs d’affaires se déplaçant de nouveau en Asie ?

M. S. N. – Je pense avant tout aux excellentes conditions d’hygiène de nos hôtels. Le ministère du tourisme et l’office de tourisme de Thaïlande ont lancé une certification sanitaire très stricte. Beaucoup d’établissements ont obtenu la norme sanitaire. Ce qui garantit aux visiteurs une tres grande sécurité. Ces normes s’appliquent aussi pour l’organisation d’évènements MICE. On pourrait donc facilement envisager des évènements hybrides. En espérant que de nouvelles règles apportent plus de souplesse aux voyageurs.