
Quel sera, demain, le visage du marché ferroviaire européen ?
Olivier Poitrenaud – Pour l’avenir, la grande nouveauté, c’est l’ouverture à la concurrence. Car désormais, c’est tout le périmètre de la grande vitesse internationale qui est ouvert à la concurrence. Lentement mais sûrement, de nouveaux acteurs entreront dans le paysage. On ne sait pas encore qui, ni quand exactement, mais on va sûrement vers des alliances à géométrie variable où l’on pourra s’affronter sur certains territoires et s’allier sur d’autres. Le fait que la Deutsche Bahn prévoit d’aller à Londres est un élément intéressant à prendre en compte de ce point de vue : la DB resterait alliée avec la SNCF dans Thalys et Aleo, mais elle serait en concurrence avec la SNCF à Londres.
Dans ce nouveau paysage, quels sont les espaces de conquête pour Thalys ?
O. P. – Nos territoires, c’est la grande vitesse qui les crée. En décembre 2009, nous avons franchi une étape technologique très forte, avec de nouvelles lignes entre Bruxelles et Amsterdam, et entre Liège et Aix-la-Chapelle. On a surtout gagné du temps : 3 h 18 entre Paris et Amsterdam, 3 h 14 entre Paris et Cologne. Vous connaissez le principe : au-dessus de trois heures, l’avion est majoritaire, autour de trois heures, on commence à gagner des parts de marché ; en-dessous de trois heures, c’est le ferroviaire qui devient majoritaire. Sur ces destinations, nous sommes dans la limite psychologique et commerciale qui rend le chemin de fer vraiment pertinent.
Pour l’heure, quel est l’impact commercial de ces changements de temps de parcours ?
O. P. – Par exemple, sur la ligne Paris-Cologne, nous avons gagné près de 15 à 20% en moins d’un an. Il y a un effet très fort sur le voyage d’affaires, mais également sur le loisir : on passe un seuil qui fait que cette destination devient possible pour un week-end.
De nouveaux gains de temps sont-ils déjà envisagés ?
O. P. – A court terme, il y aura certes des améliorations, mais pour des gains limités à 5 ou 10 minutes. Or, à moyen terme, il reste des choses possibles : on sait, par exemple, que le matériel pourrait aller plus vite, qu’il existe des adaptations qui permettraient de rouler à 320 km à l’heure plutôt qu’à 300… Mais, même si la technique réserve toujours des surprises, pour l’instant, rien n’est programmé.
Et pour les services ?
O. P. – C’est un élément fort du positionnement de Thalys. Nous l’avons prouvé, par exemple, avec le lancement du Wi-Fi à bord. Il est difficile d’en mesurer exactement l’impact dans le choix du mode de transport, mais on sait que c’est très apprécié, notamment par les voyageurs d’affaires à qui le Wi-Fi permet de réintégrer le temps de transport dans le temps de travail utile. Nous poursuivons dans cette voie avec, d’ici à la fin de l’année, le lancement de quatre innovations en matière de services : le mobile-ticketing, l’aménagement de salons de réunion dans les rames, un nouvel abonnement qui va donner une meilleure fluidité dans le choix des fréquences et un nouveau site de covoiturage pour favoriser l’intermodalité. Introduire ces nouveaux éléments de service, c’est pour nous le meilleur moyen, de renforcer notre offre dans le monde ferroviaire de l’ouverture à la concurrence.
Bio express
Olivier Poitrenaud est diplômé de l’École Polytechnique et de l’École Nationale des ponts et chaussées.
- 1995-1997 Auditeur général à la SNCF.
- 1997-1999 Directeur financier SNCF à Lyon.
- 1999-2002 Directeur de l’Etablissement “Paris Gare de Lyon”.
- 2002-2007 Directeur de la relation clients pour le Fret SNCF.
- 2007 Directeur d’exploitation de Thalys International.
- 1er septembre 2008 Directeur général de Thalys International.





















