Le Japon étend la place des VTC, mais avec restrictions

Le Japon est l'un des rares pays où les services de VTC restent quasi inconnus. Mais face à la pénurie de taxis dans certains lieux, le gouvernement a décidé d'ouvrir les vannes d'une compétition plus conforme à ce que l'on voit ailleurs dans le monde !
Hors taxes Japon
Le quartier de Shinjuku à Tokyo célèbre pour ses magasins (Photo: Basile Morin, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons)

Si les applications de VTC existent au Japon – Uber est par exemple présent à Tokyo depuis 2018 -, ce type de service a encore bien du mal à se faire une place dans les options de voyage des Japonais ou des étrangers présents au Japon. Une situation qui tient d’abord à un esprit relativement conservateur des Japonais. Ils ont en effet à disposition taxis, trains, métros ou bus depuis toujours. Pourquoi donc chercher de la nouveauté…

Il y a aussi le fait qu’un service de VTC revient généralement plus cher qu’un taxi. C’est le cas chez Uber qui ne propose pas une option de véhicule de base appartenant à un privé. L’application du géant du covoiturage ne recense en effet que des véhicules Premium ou des taxis traditionnels. Pour ces derniers, Uber prend une commission. D’où renchérissement du tarif.

La pénurie de moyens de transport joue en faveur du covoiturage

Un autre obstacle de poids reste le lobby des taxis. Ce secteur et ses alliés au sein du gouvernement se sont longtemps opposés à une déréglementation complète comme ailleurs dans le monde. Le virage radical du gouvernement vient d’une insatisfaction grandissante de la population à trouver un véhicule, alors que les options de transport sont en diminution.

« Le problème de l’impossibilité d’aller quelque part se pose dans tout le Japon, et nous ne pouvons pas laisser cette question sans réponse« , a déclaré Taro Kono, ministre de la transformation numérique et ministre d’État chargé de la réforme réglementaire. « Il s’agit d’une première étape vers une approche agile pour changer les choses« , décrit le ministre à l’hebdomadaire asiatique Nikkei Review, publié au Japon.

La flotte de taxis de Tokyo se trouve ainsi renforcée depuis avril par des véhicules de travailleurs indépendants. Mais le service reste encore très restrictif. Il n’est disponible que dans certains quartiers de la capitale. De plus, le recours aux VTC est limité dans ses horaires. Par exemple dans certaines zones de Tokyo, le « ride-hailing » n’est possible qu’à certaines heures en matinée dans la semaine ainsi que le vendredi soir et les week-ends.

Les sociétés de taxi derrière le covoiturage

Enfin, les véhicules privés doivent s’affilier à une société de taxis. Le Nikkei Review donne pour exemple la compagnie de taxis Nihon Kotsu. Elle a commencé à exploiter 60 voitures privées conduites par des chauffeurs agréés, qui s’agrège à sa flotte de taxis officiels. « Le covoiturage à la japonaise est une forme évoluée [des services de covoiturage conventionnels] et incarne un niveau élevé de sécurité attendu par la population« , a déclaré Ichiro Kawanabe, président de la Fédération japonaise des associations de taxis de location et directeur général de Nihon Kotsu au Nikkei Review.

Nihon Kotsu a reçu plus de 10 000 demandes de chauffeurs dans la région de Tokyo. Ces derniers doivent se soumettre, avant d’être habilités, à des tests d’alcoolémie et de conduite. Ils reçoivent également une formation pour une conduite en toute sécurité ainsi que pour l’entretien de leur voiture.

Autre obstacle pour les voyageurs : le fait que ce service n’existe pour le moment que dans quatre préfectures du pays. En l’occurrence certains quartiers de Tokyo, mais aussi Aichi, Kanagawa et Kyoto. Mais, selon une déclaration de Tetsuo Saito, ministre des transports à la presse locale, « nous espérons lancer ce service à l’échelle nationale dès que possible« . Les services de VTC pourraient ainsi débuter dans huit autres préfectures ou zones en mai. Avec probablement l’ajout de Nagoya et Osaka.

Les clients peuvent donc réserver leur trajet par l’intermédiaire de quatre applications smartphone de covoiturage : Uber, Didi, Go et S.Ride. D’autres applications, en particulier Grab et Lyft, très présents en Asie du Sud-Est, pourraient recevoir une autorisation du gouvernement pour débuter un service au Japon.