Jean Nouvel : archi contextuel

« Je suis un architecte contextualiste ; tout du moins j’essaie de l’être. Construire quelque part reste toujours une aventure : retrouver le génie, l’esprit du lieu, les correspondances avec l’histoire ou la géographie. Dans cette aventure, il est bien sûr très utile de s’entourer de gens qui connaissent l’endroit depuis longtemps. Néanmoins, je prétends que sur un projet, il faut toujours croiser des choses vues de l’intérieur avec d’autres choses vues, celles-là, de l’extérieur. La première impression produite par une ville est très importante. Car ce sont souvent les anomalies qui frappent.Après, on s’habitue et du coup, on n’a plus la même vision. Les équipes qui se constituent sur chaque projet sont toujours fondées sur ce croisement des regards et des sensations ; on essaie d’ouvrir un dialogue entre ceux qui vivent le lieu et ceux qui le découvrent.

Tout projet est d’abord une rencontre d’hommes avant d’être une rencontre de lieu. Pour ce qui me concerne, il faut que l’on parvienne à me faire partager un désir de créer quelque chose. Il y a des tas d’endroits, comme ça, où j’ai débarqué sur la simple envie de travailler avec quelqu’un.

Maintenant, bien sûr, il y a des villes mythiques. Aller construire à Manhattan, pour un architecte, c’est fabuleux. C’est un tel morceau de l’histoire de l’architecture du XXe siècle, tout le monde rêve de faire quelque chose dans un Triangle d’or comme ça. Pareil à Londres, à Berlin, à Paris ou à Tokyo. Même chose à Rio où j’ai failli faire le Guggenheim. Pour moi c’était un rêve : le relief, l’expression, le rapport au végétal… tout est fabuleux à Rio.

Je reste un amoureux des diversités et je ne saurais même pas dire quelle ville je préfère. Bien sûr, il y a des endroits où j’aurais moins envie de construire. Parce qu’ils ont déjà été sabotés, parce que leurs points de départ ne sont pas solides et parce que, en y allant, j’aurais l’impression de participer à une grande erreur. Pour le reste, j’ai dans l’idée que le seul intérêt d’aller quelque part, c’est de se rendre utile ; d’enrichir le lieu en y apportant un témoignage, l’expression d’une attitude à une époque donnée. Une ville est faite d’une succession de ces strates de témoignages, et on a envie de participer à ça.

Pour ce qui concerne notre époque, le “développement durable” est devenu une sorte de tarte à la crème ; mais cela reste une conscience essentielle. Pour moi, cela consiste d’abord à ne pas plomber la vie de nos enfants et de nos petits-enfants en construisant des choses qui deviendront plus tard des fardeaux très chers à entretenir, difficiles à démolir, fabriqués avec des matériaux de mauvaise qualité. Cette prise de conscience est bien sûr d’ordre moral, mais elle participe également de l’hédonisme. Car mieux vaut laisser à nos descendants quelque chose qui s’inscrive dans le plaisir de vivre, dans le respect de notre histoire et de notre propre image. »

Quatre dates

1945 Naissance à Fumel, dans le Lot-et-Garonne.

1966 Entre à l’Ecole nationale des beaux-arts, dont il sort diplômé six ans plus tard.

1981 Gagne le concours de l’Institut du monde arabe. D’autres grands projets suivront : Nemausus à Nîmes, l’opéra de Lyon, le Centre de culture et de congrès de Lucerne, la Fondation Cartier, la tour Agbar à Barcelone, le musée du quai Branly à Paris…

2008 Reçoit le prix Pritzker.