Jeux Olympiques – East London dans les starting blocks

Les Jeux olympiques de 2012 laisseront en héritage un Est londonien totalement transformé, avec un des plus vastes plans de régénération urbaine jamais entrepris.

Les Jeux olympiques, qui se dérouleront du 27 juillet au 12 août 2012, ne seront pas seulement prétexte à de belles rencontres sportives. Ils donneront aussi lieu à un authentique chambardement, une ruée vers l’est de Londres. Après que les quartiers alternatifs de Shore ditch et de Spitalfields ont commencé, ces dernières années, à redessiner le visage créatif de Londres, et que le centre d’affaires de Canary Wharf s’est finalement imposé, l’organisation des JO donne un nouveau coup d’envoi. Car c’est un véritable processus de régénération, en accéléré et à grande échelle, qui s’est mis en place.

En tout, 11 milliards de livres, soit plus de 16 milliards d’euros, seront investis entre 2007 et 2017. Sur la même période, les retombées nettes du tourisme sont estimées à environ 1,5 milliard de livres – soit plus de 2 milliards d’euros – selon London&Partners, le bureau de représentation de la ville. Certes, le projet de Thames Gateway, à l’intérieur duquel se trouve le site des JO, avait déjà été planifié pour devenir le plus grand terrain de redéveloppement urbain d’Europe, s’étendant sur 70 km vers l’Est depuis le coeur de Londres. “Si elle était de toute façon prévue, la réhabilitation de ces quartiers est aurait pris trente ans au lieu de cinq”, s’enthousiasme Patricia Holmes, consultante pour le redéveloppement du London East Side. C’est depuis The View, bâtiment flambant neuf et encore esseulé au milieu d’entrepôts, que l’on distingue l’avancée des travaux du site olympique : le stade, le centre aquati – que, le vélodrome, mais aussi de nombreux immeubles d’habitation. “Développer cette partie de la ville attirera de nouveaux investissements, reprend la consultante, car le futur de Londres est décidément à l’Est.”

L’avenir de cette vaste zone de friches industrielles au milieu de laquelle on aménage le Queen Elizabeth Olympic Park est déjà tout tracé, confié dès 2009 à l’Olympic Parc Legacy Company (OPLC), en charge de la réhabilitation du site après les JO. Les locaux de l’OPLC, dans le quartier de Stratford et à proximité d’anciens entrepôts rénovés et déjà investis par de jeunes chefs d’entreprises sans cravate, donnent un aperçu de ce que sera bientôt l’East London. “La régénération a bien sûr été prévue pour les JO, mais il s’agit d’un plan d’aménagement qui s’étend sur vingt ans, jusqu’à 2030, avec de nombreux projets à court et long termes”, dit Rosanna Lawes, directrice du développement de l’OPLC. Le Parc olympique, qui fermera provisoirement après les Jeux, rouvrira progressivement à partir du printemps 2013, et sera réadapté pour ses nouvelles fonctions. Car, dans les vingt prochaines années, Londres s’apprête à passer de près de 7,2 millions d’habitants à plus de 8 millions. Et East London s’avère être la réelle solution à cette croissance démographique. En plus de devenir un vrai lieu de vie.

“Nous voulons créer un nouveau quartier, dans et autour de ce qui sera le plus grand parc jamais conçu depuis l’ère victorienne”, précise Rosanna Lawes. L’héritage des JO devrait donc intéresser les Londoniens en quête d’espace vital et de vie culturelle, mais également les voyageurs internationaux. “En tant que propriétaires, nous entendons faire venir des entreprises et prolonger l’atmosphère créative de Shoreditch”, reprend la directrice du développement. “Ce qui fera toute la différence avec les autres nouveaux quartiers de Londres, comme Canary Wharf, c’est l’infrastructure des transports qui sera tout de suite présente et reliera East London au reste de la ville en très peu de temps”, conclut-elle.

Golden Triangle
En effet, le voyageur d’affaires pourra rejoindre les différents points névralgiques de Londres en quelques minutes seulement depuis ce “Golden Triangle” constitué par les quartiers de Stratford, de Canary Wharf et des Docklands. Ainsi, le centre de congrès ExCel London et ses nouveaux hôtels ne seront plus qu’à quel – ques encablures de l’aéroport de London City, de la gare de St Pancras, du centre de congrès O2 ou bien aussi du quartier de Westfield et du Parc olympique. Transport for London va investir 6,3 milliards de livres, plus de 9 milliards d’euros, pour revoir le réseau urbain. Aussi la Victoria et les Northern Lines subiront des améliorations tandis que la Jubilee Line augmentera son trafic de plus de 20 %. Les “Thames Clippers” permettront de circuler sur la Tamise avec la Oyster Card, comme pour le métro, et proposeront des arrêts clés comme Westminster ou Canary Wharf.

Les nombreux canaux, situés à l’Est, seront désormais navigables. Et le Docklands Light Railway (DLR) offrira des connexions vers les centres de congrès O2 et Excel. Mais le grand projet, dont les travaux ont commencé cet été, est celui d’un téléphérique passant au-dessus de la Tamise qui reliera, de façon écologique, Greenwich et le centre de congrès O2 au ExCeL London et aux Royal Victoria Docks. Ce projet, cher à Boris Johnson, le maire de Londres, permettra selon ses termes de “glisser sereinement au-dessus de la Tamise pour un sublime survol de la ville.” Ce téléphérique sera non seulement un moyen efficace de traverser le fleuve en cinq minutes à peine, mais il permettra aussi d’optimiser la régénération de East London. Par ailleurs, le Crossrail, un RER qui reliera l’Ouest et l’Est, devrait être en fonctionnement à partir de 2018.

Direction East End
L’objectif est que les voyageurs d’affaires, les visiteurs, mais aussi les Londoniens optent spontanément pour East London, et plus seulement pour le centre de la ville. D’ailleurs, les projets hôteliers dans cette partie de la capitale abondent déjà ; et le “Golden Triangle” commence à attirer des entreprises axées sur les nouvelles technologies, les industries créati ves, les médias, l’écologie… Paul Alexan drou, directeur exécutif de l’agence de publicité Story, explique sa volonté d’y faire migrer ses bureaux afin de se positionner dans un environnement stimulant. “Ces quartiers Est sont en passe de devenir ce que l’on appelle déjà la Silicon Valley de Londres, remarque-t-il. Comme notre travail implique l’utilisation d’éléments du digital, nous pouvons tirer profit de la proximité d’entre prises axées sur des business high-tech comme Google ou Facebook.”

Parmi les grands noms, Siemens prévoit la construction d’un immeuble iconique de 30 millions de livres qui aura pour fonction de présenter au public les technologies les plus récentes et les plus écologiques. Ce centre, situé à proximité d’ExCeL et des Royal Docks, devrait accueillir une moyenne de 100 000 visiteurs par an. “C’est important d’être proche des entreprises qui déterminent la façon dont on communique aujourd’hui”, conclut Paul Alexandrou. C’est aussi, pour Story comme pour bien d’autres, une adresse qui fait briller les yeux des talents autant que ceux de leurs clients…

J.O. : Vrai moteur du redéveloppement urbainJ.O. : Vrai moteur du redéveloppement urbain
Le futur du site olympique sera non seulement consacré aux loisirs, mais il deviendra aussi un haut lieu de l’art et de l’architecture contemporaine puisque c’est notamment à l’audacieux sculpteur et plasticien indien Anish Kapoor qu’a été confiée la conception d’une plate-forme d’observation, l’Orbit, depuis laquelle on pourra admirer le nouveau Londres de l’Est. Autre exemple, Zaha Hadid, la célèbre architecte britannoirakienne, réalise le sublime Aquatic Centre. Destination touristique bien sûr, mais le parc et ses alentours seront aussi un vrai lieu de vie et d’affaires. En tout, 8 000 logements sortiront du village olympique réhabilité dès 2014, ainsi que des magasins et des bureaux.

Le million de pieds carrés, soit plus de 90 000 m2, du “village de la presse” qui va accueillir 20 000 journalistes pendant l’été 2012, sera réadapté à des fins commerciales et d’habitation. Mais il est inutile d’attendre l’après-JO pour constater la mise en oeuvre des bouleversements du quartier. Dès cet automne, le Westfield Shopping Centre et ses 306 magasins, soit le plus grand shopping mall d’Europe, ouvriront à proximité du Parc olympique : un premier pas symbolique et qui présage de l’avenir…