
Pétra : Aux origines de l’histoire
D’abord, c’est un long, sombre et étroit canyon – parfois trois mètres de largeur, parfois quinze – une sorte de chemin initiatique qui s’engouffre en pente douce entre deux falaises de gré rouge. Il se tortille sur plus de 1500 mètres, soulevant ici le chant d’un oiseau du désert, là le claquement ferré d’un cheval d’attelage, et là encore la touffe verte d’un figuier rebelle poussé miraculeusement dans une fêlure de roche.
Soudain la lumière. Tombée du ciel, violente, elle noie au bout de cette longue pénombre un décor de théâtre, une fantastique scène d’opéra sculptée dans la roche du désert. Il s’agit du Khazneh, “le trésor” si bien nommé, le plus célèbre monument de ce qui fut l’une des plus fabuleuses cités du Moyen- Orient. Bienvenue dans l’antique Pétra, capitale des Nabatéens, construite à partir du VIe siècle avant J.-C. Il en reste aujourd’hui près de 800 monuments, des tombeaux-temples surtout, des sortes de caves, mais aussi des églises creusées dans la montagne qu’accompagnent quelques édifices encore debout et ayant tant bien que mal traversé toutes les grandes époques du début du monde : nabatéenne, romaine, byzantine… Le tout est enserré dans la montagne, et donne un immense cirque, une puissante atmosphère qu’on ne saisit jamais tout à fait.
Wadi Rum : La légende de Lawrence
C’est là, au début du siècle dernier, que s’installa le héros anglais Lawrence d’Arabie, avant d’entamer son action décisive dans le processus de constitution de la grande nation arabe. C’est là aussi, dans les vrais décors, que furent tournées les plus belles scènes du film de David Lean. Ce désert, sublime de montagnes lunaires, de sables rouges, de pics érodés, de falaises torturées et de vallées infinies piquetées de tentes de Bédouins… ce Wadi Rum donc, l’une des merveilles naturelles de la Jordanie, est aujourd’hui une zone protégée de 720 km2. On le parcourt dans la benne de pick-up hors d’âge, que conduisent à fond les manettes de jeunes Bédouins reconvertis dans le tourisme. L’expérience vaut les secousses : c’est beau, tout simplement. Le soir, on dîne et dort dans un camp bédouin revu façon occidentale : un grand cercle de tentes de laine brune, deux ou trois feux au centre, des bougies “photophores” et des kilims à profusion. Au dehors, les chameaux blatèrent et les étoiles filent. Douce est la nuit.
La mer morte aux petits soins
Rien. Le point le plus bas du globe, à –412 mètres, brille par son rien absolu. Aucune vie dans la mer, aucune vague dessus, aucun bateau, aucune végétation autour. Tout est brun de roche, bleu de ciel et blanc de sel sur le rivage. Car, faut-il le rappeler, la mer Morte est la plus salée du monde (avec un taux de 35 %, six fois supérieur à l’océan). Ce qui, quand on s’assied dedans – c’est le mot juste – donne une étrange impression d’apesanteur. On flotte à mi-corps, tout ventre sorti, bras et jambes en croix, pieds et mains au-dehors de l’eau. Et on attend comme ça qu’il ne se passe rien… Si ! que la boue dont on s’est enduit le visage fasse effet et rende la peau douce, avant de rejoindre le spa pour profiter de massages divins, et nager dans des piscines d’eau fraîche.
Alternative : Le Jourdain-le mont Nébo-la mosaïque de Madaba
La Bible, in situ
Les réfractaires au sel et aux soins prodigués par les mains délicates qui officient dans les spas de la mer Morte – mais y en a-t-il ? – profiteront de la journée pour se rendre en minibus, à quelques minutes de là, à Béthanie, lieu du baptême du Christ, sur le mont Nebo où serait mort Moïse, ainsi qu’à Madaba, célèbre par sa mosaïque.
D’abord le Jourdain. Un ruisselet ridicule de quelques mètres de large où, d’après les archéologues, le Christ se fit baptiser par saint Jean-Baptiste. C’est un peu décevant, mais c’est l’un des hauts lieux de la chrétienté. Et si on a la chance de tomber sur une cérémonie de baptême, avec prêtre, enfants en robe blanche et distribution de pâtisseries, l’endroit prend un autre sens. Un peu plus loin, c’est le mont Nébo, là où serait mort Moïse après avoir contemplé la Terre promise. La vue est sublime : la mer Morte, le Jourdain, Jéricho, le désert, Israël et les montagnes de Judée. À 10 km, on ne manquera pas la jolie petite ville de Madaba et sa mosaïque couvrant une bonne partie du chœur de l’église grecque orthodoxe qui l’abrite. Elle représente avec un luxe de détails, la carte de la Palestine en 560 après J.-C. La transcription de la cité de Jérusalem est saisissante.
Alternative
Une journée supplémentaire à Amman
Même si la capitale de la Jordanie n’est pas l’étape absolue, il serait dommage de passer dans cette région du globe sans s’y arrêter une journée. Ce qui est sûr, c’est qu’après les arrivées récentes des riches réfugiés irakiens, cela boome à Amman. Et cela se voit. On construit partout, dans la ville blanche : des bureaux, des maisons, des hôtels… Pourtant, après avoir été dans l’Antiquité l’une des plus riches, des plus belles et des plus brillantes cités du Moyen-Orient, l’ancienne Philadelphie s’était tellement assoupie sous son soleil de plomb qu’elle n’était plus qu’une sorte de gros bourg jusque dans les années 20. Avec, au-dessus de l’une de ses sept collines, les ruines de Jabal Al- Qala’a, l’ancienne citadelle que l’on visite aujourd’hui en priorité. Avec l’ancien théâtre romain, l’un des plus beaux monuments d’Amman. Juste à côté, c’est la vieille ville. Là où l’Orient s’en donne à cœur joie, y allant sans retenue de ses cassettes de musique orientale, de ses boutiques à parfums, de ses rues aux épices, de ses tonnes de bijoux, de ses monceaux de vêtements bon marché et de ses salons de thé ouverts en balcons où l’on se perd en fin d’après-midi dans les volutes des narghilés. En haut du minaret de la mosquée Al-Husseini, le muezzin donne de la voix.
Dossier - Jordanie : les sables roses de l’Orient
- Jordanie: les sables roses de l’Orient
Vieille ville d’Amman




















