Le Cap, la cité mère d’Afrique du Sud, en quête de nouveau souffle

La grande métropole d’Afrique australe tente de s’inventer un nouveau destin dans l’économie verte et les technologies du futur.

Le-Cap

Cosmopolite, innovante, posée entre montagne et océan dans un superbe écrin naturel, le Cap fait rêver depuis des siècles. Fondée en 1652 dans la région la plus extrême d’Afrique australe, celle que l’on appelle la Cité Mère ambitionne depuis toujours de se tailler une place de choix dans l’économie sud-africaine. Cœur de la province du Cap Occidental et second centre économique du pays après Johannesburg, Le Cap a réussi avec ses 4,5 millions d’habitants à déployer ses avantages ces dernières années, et ce en essayant à tout prix de se démarquer de sa concurrente. A Johannesburg, le tissu entrepreneurial traditionnel ; au Cap, le dynamisme, les start-ups et l’avenir high tech.

Cette subtile rivalité trouve sans doute ses racines dans l’histoire. Libérale et progressiste, la ville parlementaire dont sont issus un grand nombre de militants noirs de l’anti-Apartheid des années 80 a une population brassée par les arrivées successives de colons néerlandais, puis britanniques, ainsi que d’esclaves malais en provenance d’Indonésie. Un melting pot qui a résulté en une proportion considérable de « coloured », de métis, et un certain détachement par rapport à la politique de ségrégation raciale des années 70-80.

Un centre en plein boom immobilier

Au fil des années, la part de l’agriculture et de l’industrie lourde a progressivement reculé, à mesure que Le Cap se tournait vers les secteurs de la finance, des services, des transports et de la logistique. Entre la fin de l’apartheid, en 1994, et l’année 2007, Le Cap profite de l’envolée économique des « années Mandela », une période où la croissance économique du pays avoisine les 3,6 % par an et où le PIB double à 285 milliards. Même si la crise financière de 2008 marque la fin d’une époque, la coupe du monde de football qui s’est tenue en Afrique du Sud en 2010 a été pour la ville l’occasion de réussir sa mue en lançant un véritable boom de la construction immobilière ainsi que la rénovation de son centre-ville, du CBD ou Central Business District. Un quartier de 1,6 kilomètre carré dans lequel se concentre l’activité économique et culturelle de la cité, ainsi qu’une multitude de cafés, restaurants, hôtels et musées.

Particulièrement appréciée des promoteurs, cette zone de la ville fait actuellement l’objet de 31 projets de développement immobilier, visant le résidentiel de luxe et les espaces de bureaux. Une dizaine de projets sont en cours ou en fin de construction, comme par exemple la tour Zero Two-One, de 148 mètres et 44 étages, et qui deviendra, avec ses 570 appartements de luxe et 7 000 mètres carrés de surface commerciale, l’immeuble le plus haut du Cap.

De fait, la ville qui attire des millions de touristes est aussi un puissant aimant migratoire pour les étrangers, comme d’ailleurs pour les Sud-Africains. « La ville est devenue une alternative à l’émigration et il y a eu un influx en provenance d’autres provinces : des acheteurs potentiels qui louent avant de se décider à acheter », indiquait récemment à la presse locale Samuel Seff, un développeur immobilier. C’est ainsi que la demande est considérable : les autorités de la ville estiment que, sur les dix prochaines années, devrait se développer une pénurie de logements de 30 000 unités par an. Avec environ 800 000 habitants de plus pendant la période, Le Cap devrait créer au moins 500 000 logements de plus d’ici 2028. Des choix d’urbanisation qui donnent lieu à une spéculation galopante et dissimulent un âcre débat social sur fond de logements informels en bidonvilles.

Car, dans une tendance accélérée par le ralentissement économique, Le Cap reflète toujours bien la réalité sud- africaine d’aujourd’hui. « Une société à deux vitesses : l’une est moderne, affluente, technologiquement avancée, très bien formée, mobile et de plus en plus multiraciale ; l’autre est sans travail, marginalisée, sans emploi, jeune, plutôt rurale et largement africaine », décrit dans un article récent Colin Coleman, conférencier à l’Université de Yale et ancien directeur exécutif de l’Afrique sub-saharienne chez Goldman Sachs. Cette fracture s’invite souvent dans les questions d’urbanisme du Cap, sous la forme de débats au sujet de l’inclusion dans les développements immobiliers du centre-ville de logements abordables pour les foyers aux revenus plus modestes. 146 000 foyers vivent en effet toujours dans une quarantaine de campements informels dans les zones les plus délaissées de la ville.

Les investisseurs attirés par l’environnement

Une situation que la hausse constante des prix immobiliers ne risque pas d’améliorer. Plusieurs grandes sociétés sud-africaines ont leur siège social au Cap et de nombreuses multinationales comme Johnson & Johnson, GSK, Amazon, Microsoft y ont des installations de production. L’industrie textile, qui emploie plus de 30 000 personnes, n’est pas en reste, avec une base importante pour des sociétés comme l’américain Levi Strauss.

Le port du Cap, en phase d’expansion, est le deuxième d’Afrique du Sud après celui de Durban en termes de trafic de containers. Quant à l’aéroport de la ville qui accueille généralement jusqu’à 10 millions de passagers par an, il a initié de nouvelles destinations directes, notamment vers New York. Par ailleurs, un projet d’expansion et de rénovation sur cinq ans a été lancé l’an dernier.

Pour Jon Williams, directeur du département Ville et urbanisation de PwC Afrique, « les points forts notables du Cap sont entre autres son système de transports, son environnement favorable aux affaires, le coût de la vie et des activités commerciales, ainsi que sa beauté naturelle ». Avec sa croissance annuelle de 2% par an, la ville se développe plus rapidement que le reste du pays et s’affiche au rang de second employeur national. Cette prospérité est presque entièrement adossée au secteur tertiaire qui est responsable de près de 80 % de la croissance de la ville en 2017, contre 19,5 % pour le secteur secondaire et à peine plus de 1% pour le secteur primaire. L’industrie électronique est un point fort de la ville, tout comme le domaine de l’aérospatial commercial et particulièrement des nanosatellites. Ce développement a entraîné la création en 2008 au Cap du SCS Aerospace Group, un conglomérat des quatre plus importantes sociétés sud-africaines de l’espace.

Dans ce paysage, quelques nuages étaient apparus, peu avant la crise du Covid 19. Le Cap avait commencé à souffrir de sa réputation croissante de ville en proie à une criminalité galopante et elle vivait de plus en plus mal l’image d’un « pré carré » de blancs affluents que lui renvoyait volontiers le reste du pays. D’où, sans doute, une emphase sur le renouveau de la ville à travers des initiatives inclusives de la nouvelle économie. C’est ainsi que les autorités de la ville comptent beaucoup sur la Zone économique spéciale Atlantis Green Tech lancée en 2018 et qui ambitionne d’attirer 262 millions de dollars d’investissements en misant sur les industries de l’éolien, du solaire, du recyclage, de la construction verte ainsi que des véhicules électriques.

Pour persuader les investisseurs, le Cap a prévu tout un arsenal de subventions et de fiscalité préférentielle, de même que Sarebi, un incubateur spécialisé dans l’économie verte. Très engagée à se donner rapidement une longueur d’avance dans l’automobile électrique, Le Cap tente de se positionner dans les domaines de la production comme de la maintenance des futurs véhicules. Plus récemment, la ville a décidé de miser sur les innovations du secteur pharmaceutique, notamment sur le cannabis médical dont elle voudrait devenir un centre de production. Un plan très loin d’être utopique : tout une parcelle de terrain industriel adjacente à la zone Atlantis Green Tech a déjà été réservée au projet qui s’ajoute à une unité de culture et de production d’huile et de capsules de cannabis, ainsi qu’à un fabricant de kits de cultivation de cannabis en containers. De ces plantations à l’espace, Le Cap entend bien se positionner dans l’économie du futur.

Indicateurs de croissance

  2017 2018 2019 (e) 2020 (e) 2021 (e)
PIB (milliards USD) 349,43e 368,14e 358,84 369,85 383,90
PIB (croissance annuelle en %, prix constant) 1,4 0,8 0,2 -8,0 3,5
PIB par habitant (USD) 6.120e 6.354e 6.100 6.193 6.332
Solde des finances publiques (en % du PIB) -3,8 -3,8e -4,8 -4,9 -5,1
Endettement de l’Etat (en % du PIB) 53,0 56,7e 59,9 64,2 67,9
Taux d’inflation (%) 5,3 4,6 4,1 2,4 3,2
Taux de chômage (% de la population active) 27,5 27,1 28,7 35,3 34,1
Balance des transactions courantes (milliards USD) -8,88 -13,06e -11,24 -13,40 -13,90
Balance des transactions courantes (en % du PIB) -2,5 -3,5 -3,0 0,2 -1,3
Source : FMI – World Economic Outlook Database

Répartition de l'activité économique par secteur

  Agriculture Industrie Services
Emploi par secteur (en % de l’emploi total) 5,1 23,2 71,7
Valeur ajoutée (en % du PIB) 2,2 25,9 61,5
Valeur ajoutée (croissance annuelle en %) -4,8 -0,1 1,4
Source : Banque Mondiale