Rencontre : Sylvie Matelly, IRIS

Sylvie Matelly, directrice adjointe de l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques), évoque les enjeux qui pèseront sur le futur des mégapoles businesss.

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Quels enjeux pèseront sur le futur des grandes villes ?

Sylvie Matelly – Nous sommes dans une période de transition à plusieurs titres. L’urgence écologique modifiera les grands équilibres économiques, car on vivra dans un système assez différent de ce qu’il est aujourd’hui. Les revendications sociales, qui vont au-delà du populisme, plaident pour un changement de système et moins d’inégalités. Il est possible que les clusters de prospérité que sont les grandes villes d’affaires soient impactés par cet élément avec une remise en cause de la concentration des richesses. Enfin, au plan géopolitique, la montée en puissance de la Chine et sa rivalité avec les États-Unis auront des conséquences très importantes dans les années qui viennent. L’affrontement de ces deux grandes puissances obligera les acteurs périphériques à se positionner d’une manière ou d’une autre et à en profiter ou en subir les conséquences.

La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis aura-t-elle des incidences sur l’Europe ?

S. M. – L’Europe va-t-elle se décider à s’imposer comme un acteur politique et à défendre ses intérêts en travaillant à la fois avec l’un et avec l’autre ? C’est la question. D’autant que les pays de l’UE ne sont pas tous sur la même ligne. Certains ont des relations transatlantiques très fortes, tandis que d’autres pays se rapprochent de la Chine. Déjà, ce qui est sûr, c’est que Londres va se rapprocher des États-Unis, mais aussi renouer avec les pays du Common­wealth. Ce qui peut fonctionner, car parmi ceux-ci, vous avez des puissances comme l’Inde. Pour l’instant, ce qu’on voit poindre, c’est la continuation d’une forme de concurrence entre les grandes villes européennes, sans stratégie de spécialisation autour de compétences spécifiques. Ça continuera jusqu’à ce que l’Europe arrive à une stratégie cohérente, et non la somme de stratégies nationales autour d’intérêts propres. J’aimerais pouvoir en rêver, mais rien ne laisse à penser que les choses changent de sitôt.

Quel sera l’impact de l’urgence climatique sur les mégapoles ?

S. M. – Elles ne sont pas très environnementalo-compatibles, et les grands défis qui se posent à elles pourraient les remettre en question. Mais, d’un autre côté, elles sont tellement efficaces en concentrant les services et les activités… C’est le paradoxe de la période. Je ne vois pas d’alternative à la croissance des grandes villes, à cette concentration qui va pourtant à rebours de la demande de changement en matière écologique, sociale, de retour sur des choses plus locales. Cette croissance se poursuivra en contradiction avec les défis posés à l’humanité. C’est un vrai sujet de préoccupation, mais qu’est-ce qu’on peut trouver d’autre ? Je n’en ai pas l’ombre d’une réponse.