Milan Expo Universelle 2015 : bis non repetita

Depuis le 1er mai et jusqu’au 31 octobre 2015, Milan accueille une exposition universelle. La deuxième de son histoire, car en 1906, déjà, la ville était le centre des attentions. Le thème d’alors était celui des transports, tout aussi novateur que celui d’aujourd’hui “Nourrir la Planète, Énergie pour la Vie” !

Palazzo italia

Dès la toute première exposition universelle, à Londres en 1851, les manifestations du genre ont eu pour but premier d’éduquer et d’innover. En 2015, Milan ne déroge pas à la règle en choisissant un thème à la fois éminemment italien et totalement préoccupant : mangiare. Car, au regard de l’accroissement de la population mondiale, au moment où les questions de durabilité et d’écologie sont au centre des préoccupations, dans cette drôle d’époque où certaines populations souffrent de la faim tandis que d’autres meurent de maladies liées à l’obésité, il était crucial, véritablement crucial, de mettre en avant le thème de l’alimentation. Avec une approche délibérément novatrice. “L’Expo 2015 va permettre de lancer un nouveau modèle. En ce sens, l’objectif n’est plus uniquement de montrer les technologies les plus avancées, mais de se poser en événement global et interactif, dont les acteurs seront les 145 pays participants, les organisations internationales, les associations, ainsi que les communautés scientifique et économique internationales”, explique Piero Galli, directeur général de la division événements de l’Expo Milano 2015. Et de poursuivre : “pour la première fois en près de deux siècles d’histoire, une exposition universelle ne montrera pas seulement les progrès humains, mais sera une occasion de promouvoir des discussions et une coopération entre nations, organisations et entreprises, afin de développer des stratégies communes.

En parcourant ses allées, l’Expo universelle de Milan conduit à réféchir à un nouvel équilibre entre l’homme et la nature (au-dessus le pavillon français).

Vitrine économique

Par delà ce sujet d’importance, une exposition universelle est aussi une manière efficace de relancer l’économie d’une ville, voire de tout un pays. “Milan va devenir la véritable porte d’entrée sur l’Italie, une vitrine de ce qu’elle a à offrir en matière économique et touristique”, conclut Piero Galli. La création du site Explora (www.exploratourism.it) va pérenniser le mouvement et permettre de promouvoir la métropole lombarde après l’événement, en lien avec des secteurs très spécifiques : montagne, musique, ferme, marche, peinture…

Au final,  selon une étude menée par la chambre de commerce de Milan en collaboration avec une équipe d’analystes de la SDA Bocconi School of Management, les retombées économiques attendues sont gigantesques. Dix milliards d’euros de valeur ajoutée et cinq milliards de bénéfice dans le domaine du tourisme sont espérés, en plus de nombreuses créations d’emplois, 60 000 personnes travaillant directement ou indirectement pour l’événement. À cela s’ajoutent un milliard d’investissements de la part des participants – 600 millions pour les infrastructures et 400 millions pour le fonctionnement – ainsi que 350 millions d’euros de sponsoring et de partenariats.

Mais surtout, surtout, 1,3 milliard d’investissements publics vont permettre de renforcer l’attrait d’une métropole un peu délaissée ces dix dernières années, l’Expo 2015 servant d’accélérateur nécessaire à cette restructuration. La plupart des projets ont été lancés sous l’impulsion de la mairesse Letizia Moratti, en poste de 2009 à 2011, et depuis 2014 les transformations sont impressionnantes, du simple nouveau trottoir au gigantesque quartier d’affaires sorti de presque rien. Autre exemple : en 2014, une augmentation de 20 % de nouvelles entreprises dans le secteur de l’hôtellerie-restauration a été enregistrée en Lombardie.

Le pavillon France, l’illustration d’un monde plus durable avec sa structure en bois et son concept de halle ouverte sous une voûte végétalisée.

La France, pour sa part, a choisi de créer un pavillon à très basse consommation d’énergie, démontable et remontable à souhait. Sa structure en bois, de 3 600 m2, évoque la tradition des marchés couverts. On y trouvera un café, une boutique et… une boulangerie. Quand on sait qu’au total, plus de 20 millions de visiteurs sont attendus sur le site de l’Expo, et que le pavillon français devrait accueillir une moyenne de 1 000 personnes par heure, on est en droit de s’interroger sur le nombre de croissants à faire dorer d’ici le mois d’octobre. Et bien dorer, pour faire honneur à ce qui se fait de mieux en matière de petit-déjeuner à la Française.

Le pavillon zéro

Parmi les autres nouveautés qui améliorent la vie en ville, on compte aussi deux autoroutes, dont l’une est déjà en service, et deux lignes de métro. La ligne 5, au Nord, est déjà partiellement opérationnelle, tandis que la ligne 4 le sera un peu plus tardivement. “La zone de l’Expo elle-même, située à proximité de la Foire de Milan, sur un espace d’un million de m2 longtemps en déréliction, est facilement accessible, car reliée à deux autoroutes. Elle est également à proche distance des aéroports de Linate et de Malpensa, tout en étant desservie par une ligne ferroviaire à grande vitesse et par le métro”, explique l’une des porte-parole de la chambre de commerce de Milan. Mais que se passera-t-il après l’Expo ? Toutes les infrastructures, tous les pavillons seront-ils conservés ? Sans aucun doute, le pavillon d’Italie ainsi que le fameux pavillon Zéro, sorte de lieu onirique inspiré des forums romains, feront partie du lot. On parle de possibles reconversions en espaces sportifs ou dédiés à la jeunesse, d’un auditorium, de lieux multifonctionnels. Tout n’est encore que pourparlers. Ce qui compte pour le moment n’est que la beauté du site, entièrement bordé d’un canal, avec quatre points cardinaux où seront situés les éléments emblématiques de l’Expo : la colline méditerranéenne, le théâtre de plein air, l’arène nautique et l’Expo Centre.