Networking nomade : les réseaux sociaux tissent leur toile

Un voyage, même d’affaires, c’est aussi l’échange. pour tromper la solitude des cadres nomades, une multitude de réseaux sociaux se proposent aux voyageurs pour organiser des rencontres business en déplacement.

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Les réseaux sociaux se mettent au business travel en proposant aux voyageurs d'organiser des rencontres pendant leurs déplacements

IMGuest ou HelloTel aux États-Unis, Hurrybirds et Wombee en France : ces réseaux sociaux seront-ils un jour aussi célèbres que Facebook, LinkedIn et Twitter, qui font désormais partie du quotidien de tout un chacun ? Probablement pas, en premier lieu parce qu’ils s’adressent à une niche d’utilisateurs bien précise : les voyageurs d’affaires. En revanche, il y a fort à parier que bientôt un de ceux-là, ou une solution lancée par une start-up plus inventive encore, s’impose comme un compagnon de voyage essentiel, l’application ultime qui va permettre de favoriser des rencontres business et de tromper l’ennui des cadres nomades lors d’un déplacement professionnel.

Car la solitude, n’en déplaise à Bécaud, oui, ça existe. De nombreux hommes et surtout de femmes d’affaires ont pu l’éprouver lors de leurs voyages. Tous ont en mémoire des soirées passées dans leur chambre, entre clubs sandwichs commandés au room service et film à la demande pour attendre le lendemain. Bien sûr, ils ou elles auraient pu – en mode bleisure, mais en version solo – partir à la découverte de la ville. Ou éplucher Facebook pour voir si, par hasard, l’un de leurs amis ne serait pas sur place au même moment. Mais, soit parce que la peur de l’inconnu les a retenus, soit parce qu’ils n’ont trouvé personne à qui parler, ils ont décliné l’invitation du monde extérieur.

Aujourd’hui, par le biais de solutions technologiques, ces moments de déshérence peuvent se transformer en opportunité d’échanges. Récemment, la start-up française Hurrybirds s’est lancée dans l’aventure avec l’idée de créer une communauté de voyageurs baptisée le Business Travellers’ Club pour encourager le “casual networking”. Après une inscription couplée avec son compte LinkedIn et grâce à une messagerie instantanée, le cadre nomade peut  indiquer sa présence dans un hôtel afin d’y rencontrer d’autres ”Hurrybirds”. À ces fins, Hurrybirds met un agenda à leur disposition pour faciliter la prise de rendez-vous.

L’idée de créer des réseaux sociaux autour du voyage n’est en soi pas toute neuve, l’envie de s’évader étant une des plus partagées au monde. Lancé en 2005, WAYN – pour “where are you now” – rassemble  une communauté virtuelle de près de 20 millions de membres, gigantesque forum où les voyageurs s’échangent bons plans ou informations utiles et peuvent convenir de se rencontrer lors de leurs périples. De la même manière, la création de réseaux sociaux adaptés au monde des affaires n’est pas non plus récente. Sans parler de LinkedIn et ses 400 millions d’utilisateurs, le réseau professionnel européen XING compte par exemple onze millions de membres.

ETES-VOUS LIBRES A DÎNER ?

En revanche, les candidats sont nombreux à vouloir faire l’amalgame entre voyage et monde professionnel. Aux États-Unis, les premiers réseaux sociaux orientés “business travel” sont apparus au tournant de la dernière décennie avec l’application Business Traveler Social, créée en 2010, ou IMGuest, solution permettant aux clients d’hôtels de rentrer en contact. Reste qu’à voir leur activité sur Twitter depuis deux-trois ans, l’encéphalogramme de ces acteurs est désespérément plat.

Ces plates-formes étaient-elles peu performantes ? Ou ont-elles eu le tort d’avoir raison trop tôt ? Toujours est-il qu’aujourd’hui, c’est une nouvelle génération de réseaux sociaux qui émerge. En milieu d’année dernière, Wombee a offert ses services aux hôteliers indépendants pour encourager les rencontres entre clients. Cette plateforme permet aux utilisateurs de contacter d’autres voyageurs présents dans l’établissement, par exemple pour aller jouer au golf ensemble ou parler business autour d’un dîner. Pour l’hôtelier, cette solution se présente comme un moyen d’améliorer l’expérience des clients, mais aussi comme une source de revenus. En effet, quel meilleur endroit pour se donner rendez-vous que le bar de l’hôtel… De son côté, la start-up HotelUb a lancé début 2016 son application permettant non seulement de planifier ses soirées à l’hôtel, mais aussi de réserver les établissements. Aux États-Unis, sur un mode de fonctionnement identique, HelloTel, désormais accessible via l’Apple Watch, a levé deux millions de dollars l’an dernier pour accélérer son expansion.

Mais ces solutions de mise en relation ne concernent pas seulement l’hôtellerie. Car si les voyageurs d’affaires se rappellent sans doute de leurs soirées passées seuls dans une grande métropole, ils se souviennent certainement aussi de voyages en avion en mauvaise compagnie. Aussi, pour éviter cette loterie du voisin importun et transformer un vol long-courrier en échanges fructueux, KLM fut la première à lancer fin 2011 son service Meet & Seat. 30 000 passagers l’ont utilisé l’an dernier et ont pu, après s’être connectés via LinkedIn ou Facebook, consulter le profil des passagers et sélectionner un siège juste à côté.

Si cette initiative reste cantonnée aux clients de la compagnie, depuis l’an dernier l’application Flyght Club organise le networking de façon plus large, en vol comme au sol. À la manière des solutions développées autour des hôtels, les utilisateurs peuvent connaître les prochains voyages de leurs contacts et décider de voyager ensemble s’ils sont réservés sur un même vol ou de convenir d’une rencontre à l’aéroport s’ils sont en correspondance. Cette idée d’utiliser le temps d’attente à l’aéroport pour enrichir son réseau professionnel est également partagée par Aéroports de Paris. Dans le cadre de l’ouverture début 2015 de son salon Business à Paris Orly, l’opérateur aéroportuaire donne la possibilité aux voyageurs d’affaires d’étoffer leurs contacts via l’application My Airport. À travers celui-ci, les passagers enregistrés dans l’espace digital peuvent contacter des clients potentiels ou des fournisseurs voyageant en même temps. Une façon habile de tuer le temps tout en gagnant de l’argent.