Écologie : la nouvelle jungle urbaine

Initiatives publiques ou projets privés, New York devient toujours plus verte et consciente des enjeux de la planète.

central-park
Si Central Park constitue l’emblématique poumon vert de New York depuis sa création au milieu du XIXe siècle, la dernière décennie a vu les espaces arborés se multiplier dans la ville, de Meatpacking District à Brooklyn ou au bord de l’Hudson.

New York fait depuis longtemps figure d’ovni dans le paysage écologique des villes américaines. Possédant deux fois moins de voitures que le reste de leurs compatriotes, les New-Yorkais ont une empreinte carbone par tête comptant parmi les plus basses au monde. Et plus encore depuis qu’ils bénéficient d’espaces verts toujours plus nombreux. En effet, outre les 350 hectares de Central Park, 220 nouveaux hectares de jardins se sont récemment ajoutés grâce à l’aménagement des berges de l’Hudson et à la création de l’Hudson River Park, qui se déploie sur plus de sept kilomètres. Même chose du côté de Brooklyn avec le Brooklyn Bridge Park et ses 34 hectares de verdure foisonnant le long de l’East River. Petit à petit, en particulier depuis l’ouverture en 2011 de la High Line, parc suspendu courant sur 2,3 kilomètres d’anciennes voies ferrées, New York s’est herborisée. Elle verdoie, elle respire à pleins poumons.

Tout a vraiment commencé en 2007, lorsque le maire de l’époque, Michael Bloomberg, fait sa proposition de plan écologique pour 2030, le fameux “PlaNYC”, dont l’un des objectifs les plus radicaux était de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 30 %. Depuis l’arrivée de Bill de Blasio à la tête de la ville en 2013, le plan est certes devenu GrowNYC et son horizon repoussé à 2050, mais les objectifs sont restés globalement les mêmes, les gaz à effets de serre devant être réduits de 35 % en 2025. “Nous nous engageons à faire de New York la ville la plus durable au monde, explique Mark Chambers, directeur du développement durable à la mairie de New York. Des initiatives telles que la réduction des déchets alimentaires, l’électrification de notre système de transports en commun ou l’amélioration de l’efficacité énergétique de nos immeubles sont nécessaires pour le futur de notre économie, de notre ville et de notre planète. Nous sommes fiers du travail que nous avons déjà accompli pour créer une ville plus verte, mais nous savons qu’il reste encore beaucoup à faire.” Parmi les nouveaux objectifs : atteindre d’ici 2025 une forte capacité de production d’électricité via l’énergie solaire.

L’Assemblage, un centre de coworking aux tons très actuels.

Repenser l’écosystème urbain

Mais, depuis les ravages provoqués par le passage de l’ouragan Sandy en 2012, New York vise aussi à prévenir les catastrophes écologiques, en particulier les inondations, en solidifiant ses berges et en prévoyant des moyens de retenir les eaux de pluie. C’est ainsi que certains bâtiments ont été totalement repensés et se transforment en véritables écosystèmes urbains.

C’est le cas du Jacob Javits Center, le centre de conventions signé I.M. Pei, situé sur la 11e avenue et la 34e rue, en surplomb de l’Hudson. En 2014, ce bâtiment des années 70 a été entièrement rénové pour devenir un lieu tout en verre et, surtout, doté d’un toit végétalisé conçu pour capter les eaux de pluie du quartier. “Nous sommes désormais 96 % plus efficaces énergétiquement que nous l’étions auparavant et certifiés LEED Silver”, explique Tony Sclafani, porte-parole du Javits Center. Mais le plus étonnant est la présence, sur le toit, de plusieurs espèces d’oiseaux ainsi que des ruches offrant non seulement la possibilité de prendre des cours d’apiculture, mais aussi de déguster du miel made in Manhattan. “Nous avons également installé une station climatique, en collaboration avec une université de Philadelphie”, poursuit Tony Sclafani, qui précise que ces aménagements ont coûté 463 millions de dollars et ont été financés par le tourisme grâce aux taxes hôtelières.

Et justement, l’hôtellerie pourrait bien devenir le prochain moteur des avancées écologiques de la ville. C’est d’ailleurs un ancien hôtelier, le Français Hervé Houdre, ayant dirigé le Plaza, l’InterContinental Barclay et bien d’autres, qui est devenu “monsieur  développement durable” auprès de NYC & Company, l’office de tourisme et des congrès de New York. Son objectif : aider les entreprises du secteur touristique – hôtels, restaurants, transports, théâtres, musées ou boutiques… – à développer une politique écologique. “Il faut faire comprendre aux hôteliers et autres acteurs du tourisme que l’on peut aider la planète tout en continuant à faire du profit. Et que c’est même en faisant du profit que l’on sera le mieux à même de contribuer aux avancées”, explique Hervé Houdre. Ainsi guide-t-il ces professionnels vers la plateforme des Objectifs de Développement Durable des Nations Unies tout en les aidant à obtenir leurs certifications.

New York reste à la pointe des tendances, surtout quand elles sont vertes. En novembre dernier, à deux pas du célèbre Flat Iron Building, s’est ouvert un tout nouvel espace de coworking, The Assemblage, dont la caractéristique est d’être axé sur le bien-être et la “biophilia”, principe selon lequel l’homme doit rester connecté à la nature. On y travaille devant un immense mur végétalisé ou dans des bureaux très zen. “Nos membres peuvent profiter de repas ayurvédiques, de cours de méditation, d’un bar à jus bio”, explique Carla Burke, porte-parole du lieu. Le concept a fait florès, puisqu’un autre Assemblage, avec mini hôtel intégré, vient d’ouvrir dans le quartier de Wall Street. Il faut aller voir ça d’urgence, mais il faut y aller en CitiBike, l’un de ces 12 000 vélos bleus qui concurrencent lentement les fameux taxis jaunes.

Nicolas J. Davis, fondateur de GridMarket

L’énergie verte n’est plus un produit de luxe

Pourquoi avez-vous lancé GridMarket ?
Nicolas J. Davis – Nous avons lancé GridMarket au sein de notre think tank Agrion, basé à Paris, dans le but d’accélérer la transition vers un système de distribution d’énergie propre. Des investisseurs new-yorkais, notamment la ville et l’État de New York, nous ont contactés afin de créer un groupe de réflexion et un outil digital permettant aux fournisseurs et aux consommateurs de s’informer sur les bénéfices d’un stockage de batteries et de solutions liées à des mini-réseaux d’électricité propre. Notre plateforme permet de réaliser des projets liés à l’énergie propre, avec des algorithmes et des méthodes adaptées à chaque technologie et à chaque marché.

Comment voyez-vous le futur ?
N. J. D. – Aujourd’hui, l’énergie verte n’est plus considérée comme un produit de luxe. À New York, en particulier, l’énergie propre, notamment solaire ou par pile à combustible, est substantiellement moins chère que celle du réseau traditionnel. Nous allons donc continuer notre expansion mondiale et fournir en énergie aussi bien des quartiers défavorisés de Brooklyn que des îles de Micronésie ou encore un centre commercial de Tokyo. Les opportunités sont innombrables.