
Fuyant les persécutions religieuses, les communautés shakers ont inscrit leur stricte piété dans la nature accueillante de la Nouvelle-Angle terre. Ici une grange typique, près de Canterbury Village.
Nul ne sait ce qu’il est advenu du Mayflower, le vrai, le bateau qui accosta dans la baie de Plymouth un beau jour de décembre 1620 après une folle épopée transatlantique; mais sa réplique exacte est amarrée sur un quai de la petite ville du Massachusetts. On l’imaginait plus grand, plus majestueux, ce vaisseau devenu mythique pour avoir transporté les 102 premiers colons des futurs États-Unis. Comment ont-ils pu affronter l’océan, deux mois durant, sur un tel bâtiment? Parmi eux figuraient les Pilgrim Fathers, protestants dissidents de l’Église anglicane.
À peu de distance du bateau-musée, la Plimoth Plantation reconstitue le village de leurs débuts, avant qu’ils ne se dispersent pour fonder d’autres colonies. On y retrouve nos pèlerins, en chair, en os et en costumes d’époque, incarnés par de formidables comédiens. Ils racontent leur vie, leurs croyances, leurs relations avec les Indiens… Aucune “disneyisation”, la rencontre est passionnante. Dans le cadre d’une opération corporate, on peut partager avec eux un repas aux saveurs d’antan ou encore, et en toute saison, un menu de Thanksgiving, cette fête ayant été célébrée ici pour la toute première fois. Le sait-on? Franklin D. Roosevelt, Orson Welles, Humphrey Bogart, Marilyn Monroe, Hugh Hefner et George W. Bush sont tous des descendants des passagers du Mayflower. Preuve que l’ADN d’ancêtres austères peut produire des destins variés.

Plus grande ville du Maine, Portland est une destination prisée par les stars d’Hollywood.
Point de transition entre l’Amérique des débuts et les États-Unis d’aujourd’hui, Boston conserve le souvenir des premiers jours de l’Indépendance, la Old State House notamment.

À Plimoth Plantation, des comédiens campent les premiers colons arrivés sur le Mayflower. George W. Bush ou Clint Eastwood y reconnaîtront peutêtre les sosies de leurs ancêtres.
Nouvelle terre promise
Dans le sillage du Mayflower, des dizaines de bateaux ont transporté vers les Amériques des hommes et des femmes en quête d’une nouvelle terre promise. Beaucoup sont des puritains fuyant les persécutions religieuses de l’Angleterre d’alors. Ils fondent Salem, ainsi nommée en hommage au nom de Jérusalem dans la Genèse, puis Boston, la “cité sur la colline”, référence au Sermon sur la Montagne des Évangiles ; deux cités modèles d’une société moralement irréprochable promettant l’avènement d’un monde meilleur. À voir, car quelques années plus tard, leur radicalisation se traduira notamment par un retentissant procès en sorcellerie intenté à de jeunes filles de la région de Salem.
Nos puritains, qui se révèlent aussi d’habiles commerçants, développent une économie florissante sur fond d’échanges maritimes, commerce triangulaire inclus. À Salem, à Boston, à Portsmouth, seul grand port du New Hampshire, ou encore à Portland, plus grande ville du Maine, comme dans la moindre bourgade de la région d’ailleurs, de magnifiques demeures coloniales témoignent de cette prospérité. Certaines sont en bois peint, blanc le plus souvent, d’autres sont en brique et l’ensemble a un chic fou. Associée aux églises omniprésentes, qui sont elles aussi généralement d’une blancheur immaculée, cette architecture sobre et élégante incarne l’esprit de la Nouvelle- Angleterre, symbole de l’Amérique “WASP”.
“Boston est l’une des toutes premières destinations événementielles aux États-Unis. Avec un mix de charme colonial et de sophistication urbaine, la ville est historiquement très riche, mais aussi très active culturellement, y compris dans le domaine de la gastronomie. Par ailleurs, Boston est particulièrement bien équipée pour les conventions, autant en matière de salles que d’hôtellerie. À moins de deux heures, on peut apprécier les charmes des six États qui composent la Nouvelle-Angleterre.”
Stéphanie Pappas, directrice des ventes à l’international, Boston Convention Bureau.

La nature sauvage de la Nouvelle-Angleterre propose une succession de lacs, de rivières et au milieu des ponts couverts comme ici à Fryeburg, première ville implantée dans le cadre verdoyant des White Mountains.
Vieille Europe
Fondamentalement réfractaire à l’autorité anglaise, Boston a été le berceau de l’indépendance américaine et un Freedom Trail, ou chemin de la Liberté, perpétue cette mémoire. Il serpente entre les gratte-ciel de Downtown, s’arrête devant la Old State House, du balcon de laquelle la déclaration d’Indépendance fut lue pour la première fois, puis file jusqu’au North End, le quartier des immigrants italiens et irlandais, pour rendre hommage à Paul Revere, qui chevaucha toute une nuit afin d’avertir les patriotes de l’arrivée des troupes britanniques… Une balade à vivre avec un guide historien pour comprendre la mentalité de cette ville intello, étonnante fusion d’Amérique et de vieille Europe, dont les quartiers huppés semblent droits sortis d’un roman de Henry James.
L’indépendance acquise, d’autres communautés religieuses prennent le chemin du Nouveau Monde. Particulièrement originale, celle des Shakers – c’est-à-dire les “agités” – doit son surnom à des rituels de prières extatiques. Se désignant comme la “Société unie des croyants en la seconde apparition du Christ”, cette église sectaire fondée dans la seconde moitié du XVIIIe siècle par Anne Lee, une ouvrière de Manchester, connut un certain succès en Amérique avant de décliner inexorablement. Il faut dire qu’outre la confession et la mise en commun de leurs biens, les Shakers prônent le célibat, ce qui ne favorise guère l’accroissement naturel des troupes…

Avec leurs maisons d’inspiration victorienne, les rues des quartiers chics de Boston ont des petits airs très “vieille” Angleterre.
Les mains pour fabriquer, la tête pour prier : leur éthique stricte a donné naissance à un style décoratif dépouillé aujourd’hui très en vogue. Blotti dans les forêts du New Hampshire, le village shaker de Canterbury se compose d’une trentaine de bâtiments d’une remarquable sobriété. Dortoirs, salles communes, infirmerie, écuries, moulin, ruches et ateliers sont restés dans l’état où les ont laissés les derniers habitants. Quelques panneaux pédagogiques et des cordons de sécurité rappellent la vocation désormais muséale du lieu. Mais, pour le reste, c’est une fascinante plongée dans l’esthétique minimaliste de ces infatigables travailleurs qui réprouvaient tout décorum superflu. Chaises, tables, dressings, boîtes ovales en bois, carafes et autres torchons à carreaux ne dépareraient pas dans l’intérieur d’un féru de design! Plus datés, des meubles de couturière, des séchoirs et des formes pour modeler d’étranges chapeaux rappellent que les Shakers furent aussi de grands inventeurs. En mode incentive, ne pas hésiter à prévoir un workshop pour apprendre à fabriquer un balai ou à distiller une liqueur à base d’herbes, avant de déjeuner à la table du village.
Jolis ponts de bois
L’autoroute file à travers des forêts où vivent ours et élans. De-ci de-là, de grands lacs reflètent le ciel immense; les montagnes de granit de la chaîne des Appalaches se rapprochent peu à peu jusqu’à former un corridor dans la région de Franconia, où de pittoresques ponts couverts, datant pour la plupart de la fin du XIXe siècle, enjambent les rivières. On ne sait pas très bien d’ailleurs pourquoi ils le sont, couverts. Certains assurent que les chevaux se sentaient rassurés par la présence d’un toit, d’autres que la route était ainsi protégée des abondantes chutes de neige hivernales. Une chose est sûre: le passage était payant et les ponts étaient des sources de revenus confortables pour leurs propriétaires. Le succès du film Sur la route de Madison de Clint Eastwood – encore un descendant du Mayflower! – les a remis à la mode et le New Hampshire leur consacre même un dépliant touristique. Des ouvrages d’art rouges, vernis, longs, courts, délabrés, rénovés… La sélection témoigne de leur diversité.
Le même document permet de dénicher les cascades les plus spectaculaires de cette région appréciée des randonneurs. De ponts en cascades, nous voici au Shaker Museum d’Enfield, qui a transformé son imposant dortoir en auberge, une étape originale réservée aux petits groupes puisqu’elle ne compte que 20 chambres; six autres sont disponibles à la Shaker Farm, de l’autre côté du lac, mais, si la solide bâtisse est du plus pur style shaker, les chambres o¡rent un confort douillet pas tout à fait conforme à la morale de nos drôles de paroissiens…

Shaker Design
Les Shakers ont défini leur habitat selon la stricte observance de principes de vie rigides – les “lois millénaires” –, créant un style ordonné et épuré évoquant la simplicité du Paradis. À l’époque déjà, la réputation des artisans de la secte dépassait largement le giron des communautés et la vente de meubles de grande qualité aux lignes rectilignes leur rapportait de fructueux revenus. Aujourd’hui, ils sont très recherchés par les férus de design.

Plus qu’un phare, un vrai monument historique. Commandé par George Washington, le Portland Head Light termine le cap Elizabeth et guide les bateaux depuis 1791. Battu par les vents au bout de cette avancée sauvage et pittoresque, le premier phare des États-Unis est aussi l’un des plus photographiés au monde.

L’histoire de Portland est tout entière tournée vers la mer, et la richesse de la Nouvelle-Angleterre s’est longtemps appuyée sur la puissance commerciale de ses ports, dédiés notamment à la pêche à la baleine. Au sud du Massachusetts, New Bedford est d’ailleurs le point de départ fictif du Pequod, parti à la poursuite de Moby Dick.
Rencontres au sommet
Sur la route du Maine, à la rencontre des derniers Shakers, impossible de faire l’impasse sur le mont Washington et Bretton Woods, “hub” touristique du New Hampshire, au coeur du parc national des White Mountains. Point culminant du nord-est des États-Unis, le sommet tabulaire de la montagne accueille un observatoire qui enregistre les caprices d’une météo réputée compter parmi les pires de la planète. On y accède à pied – compter quatre heures et des capacités pulmonaires à leur meilleur – ou en empruntant un petit train à crémaillère qui gravit la pente en une heure: avec des participants sportifs, pourquoi ne pas envisager un mix? De là-haut, la vue à 360° est splendide, portant jusqu’au Québec par grand beau temps. L’hiver, les amateurs de sensations fortes peuvent passer la nuit sur place en compagnie des scientifiques en résidence.
Au pied du Mount Washington, l’hôtel du même nom, de style néo-renaissance espagnole, est le seul rescapé de la vingtaine de palaces érigés ici au tournant du XXe siècle. En 1944, il accueillit la fameuse conférence de Bretton Woods, qui s’est conclue par la signature des accords économiques éponymes, à l’origine de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. La salle où les grands de ce monde ont décidé de son nouvel ordre a été laissée dans son jus et un groupe d’entreprise ayant un lien quelconque avec la finance la visitera avec déférence avant de se réunir dans la “ball room” attenante.

Des cascades dévalent par centaine les “montagnes blanches” du New Hampshire. Parmi les plus spectaculaires, la gorge de Flume, au sein du parc national de Franconia Notch.
Dans chaque village ou presque de la Nouvelle-Angleterre rurale, de pimpantes petites églises en bois, toutes habillées de blanc et flanquées d’élégants clochers, témoignent de la ferveur des habitants aux XVIIIe et XIXe siècles..
Dégringolant des White Mountains, une route bucolique mène au Sabbathday Shaker Village, dans une région mi sylvestre, mi agreste du Maine. La découverte est plus solennelle que dans les autres lieux de mémoire de l’utopie shaker, car c’est la dernière communauté encore en activité, constituée d’un homme et de deux femmes très âgées qui se partagent un dortoir construit pour plus d’une centaine de personnes.
Malheureusement, ce ne sont pas eux qui conduisent les visites, cependant un groupe de voyageurs motivés pourra caler son passage un dimanche matin afin d’assister à leur réunion cultuelle hebdomadaire, ouverte à tous. On a ici l’impression d’assister à la fin d’une histoire. À moins que… Selon une prophétie de Mother Ann – le surnom d’Anne Lee, que les Shakers mettent au même niveau que Jésus-Christ –, une renaissance adviendra lorsque le nombre d’adeptes se comptera sur les doigts d’une main.
Ce moment est-il donc venu ? Oui, d’une certaine manière : la “shakermania” s’est emparée des Américains, et il est permis de considérer que cette renaissance a déjà eu lieu, de manière symbolique. Le musée de Rockland, dans le Maine, consacre une grande exposition, première du genre, à cette secte plus connue pour son style que pour sa philosophie ; à New York, une troupe de SoHo fait un tabac en interprétant des chants et des danses de prière particulièrement spectaculaires; dans le Massachusetts, une récente vente aux enchères d’objets anciens a vu le prix s’envoler: 42000 dollars pour un meuble à coudre, acquis par le Museum of Fine Arts de Boston, 33000 pour une commode… Même un simple petit broc en bois, “so cute”, s’est échangé contre 3000 dollars. C’est donc sans trop croire à sa chance que l’on écumera les boutiques d’antiquaires alignées sur la Route 1, entre Scarborough et Kittery, dans le sud du Maine: pas moins de 50 échoppes, mais pas l’ombre d’un “antic” estampillé shaker!
On se consolera en dégustant du homard “à volonté” dans un petit port bordé d’adorables maisonnettes de bois. Ou en se laissant griser par les embruns d’un littoral déchiqueté sur lequel veillent des phares solitaires, véritables icônes du Maine et sources d’inspiration des artistes. Les fans de peinture américaine ne manqueront d’ailleurs pas le musée d’Ogunquit; les amoureux d’Edward Hopper y reconnaîtront le décor de quelques-unes de ses toiles. Pour le shopping shaker, il faudra se contenter de répliques, à l’instar de celles que propose un atelier de la banlieue de Boston.
« Le Maine étant bordé par l’océan Atlantique, beaucoup d’activités sont naturellement liées à la mer : promenade à bord de voiliers de deux ou trois mâts autour de nombreuses îles à proximité, croisières, pêche au homard, musées maritimes… L’identité de la région est très forte, tant par les paysages que l’architecture, l’art de vivre ou la gastronomie. Les nombreux ponts couverts sont un passage obligé pour se déplacer d’une région à une autre. ”
Carolann Ouellette, directrice de l’office du tourisme de l’État du Maine.

Plus vieux train à crémaillère du monde, le Mount Washington Cog escalade depuis 1869 le point culminant du Nord-Est des États-Unis, empruntant parfois des pentes à 37%.
Perdu dans la forêt, le Canterbury Village illustre le mode de vie simple des Shakers.
Le New Hampshire est parsemé de charmants villages avec leurs maisons de bois et leurs general stores, typiques magasins de campagne où l’on trouve un peu tout et n’importe quoi.
Internet aidant, il exporte dans le monde entier meubles et objets cultes. Les Scandinaves sont particulièrement friands de salles à manger, tandis que les Japonais plébiscitent les fameuses boîtes ovales qu’ils utilisent comme boîtes à bento. Métaphoriquement, la prophétie de Mother Ann s’est donc bel et bien réalisée, à l’échelle planétaire qui plus est. Une sacrée aventure, comme seule l’Amérique sait les mettre en scène.
« Le New Hampshire offre une très grande diversité de paysages. La région, la plus riche entre lacs et montagnes, est incontestablement la White Mountain Region ; il est possible de canoter sur le lac de Winnipesaukee à bord d’un navire de croisière. De nombreux villages typiques de la Nouvelle- Angleterre agrémentent tous les parcours, avec leur lot de jolies boutiques et de restaurants. ”
Lori Harnois, directrice du tourisme et du développement pour le New Hampshire.





























