Pacte pour une industrie propre : un coup de pouce aux carburants durables

La Commission Européenne a présenté son pacte pour une industrie propre, soutenant notamment la production de carburants durables attendus par l'aérien. Un coup de pouce, mais peut mieux faire selon les observateurs du secteur.
De gauche à droite, lors de la présentation du pacte pour une industrie propre : Teresa Ribera, vice-présidente exécutive chargée d’une transition propre, juste et compétitive, Stéphane Séjourné, vice-président exécutif chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle, et Wopke Hoekstra, commissaire au climat, à la neutralité carbone et à la croissance propre.
De gauche à droite, lors de la présentation du pacte pour une industrie propre : Teresa Ribera, vice-présidente exécutive chargée d’une transition propre, juste et compétitive, Stéphane Séjourné, vice-président exécutif chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle, et Wopke Hoekstra, commissaire au climat, à la neutralité carbone et à la croissance propre.

Faire de la décarbonation un puissant moteur de croissance pour les entreprises européennes : en prolongation des ambitions de son Green Deal, le Pacte pour une industrie propre, présenté le 26 février par la Commission Européenne, décline différents moyens pour inciter l’industrie de l’UE à verdir sa production et, en parallèle, améliorer sa compétitivité sur fond de rivalité avec les Etats-Unis ou la Chine. Que ce soit une banque pour le financement de la décarbonation industrielle, des critères de durabilité dans les marchés publics destinés à accroître la demande de produits « Made in Europe » ou un paquet de simplifications réglementaires, diversement apprécié par les ONG environnementales. « Nous sommes conscients que nos entreprises européennes se heurtent encore à bien trop d’obstacles, qu’il s’agisse d’exigences réglementaires excessives ou des prix élevés de l’énergie« , a déclaré Ursula van der Leyen, la présidente de la Commission.

Le Pacte pour une industrie propre est en effet principalement axé sur deux secteurs étroitement liés : les industries à forte intensité énergétique et les technologies propres. Si cette ambition d’une énergie propre et abordable vise à limiter la dépendance de l’UE aux combustibles fossiles importés, elle entend aussi accélérer la transition durable des industries particulièrement gourmandes en énergie, que ce soit l’automobile, la chimie, la sidérurgie ou, plus près du domaine du voyage, l’aéronautique. Un secteur qui, avec le transport maritime, attend avec impatience de voir passer la production de carburant durable à l’échelle industrielle.

Agir maintenant pour les carburants durables

En amont du dévoilement du Clean Industrial Deal, de nombreux acteurs de ces deux secteurs étaient montés au créneau ces dernières semaines pour plaider leur cause, notamment Airlines for Europe et European Shipowners, en compagnie de l’association Transport & Environnement (T&E ). « Les compagnies aériennes et les armateurs se réunissent pour transmettre un message simple : nous avons besoin dès maintenant de carburants renouvelables et de technologies innovantes pour aider nos industries à se décarboner« , avait ainsi déclaré Ourania Georgoutsakou, directrice générale d’A4E. William Todts, directeur exécutif de T&E, avait en parallèle souligné que l’Europe avait de l’argent, le savoir-faire et des objectifs durables : « Ce qui lui manque, ce sont des instruments financiers intelligents pour lancer la fabrication et l’adoption de carburants à base d’hydrogène. Nous devons agir maintenant pour construire les industries du futur« .

Dans le même temps, 75 dirigeants, dont ceux d’Airbus, Boeing, Air France-KLM et ADP, avaient adressé une lettre à Ursula van der Leyen et au commissaire européen en charge du tourisme et du transport durable Apostolos Tzitzikostas. Avec, comme demandes principales, l’inclusion du e-SAF comme une priorité stratégique dans le Pacte industriel propre, mais aussi des mécanismes de financement et des certitudes à long terme sur les mandats de e-SAF. Une initiative soutenue par T&E, qui avait organisé en parallèle l’événement « From the Green Deal to the Clean Industrial Deal » le 18 février, auquel participait Apostolos Tzitzikostas.

Le commissaire européen avait à cette occasion dessiné les contours de ce pacte pour une industrie propre en passe d’être présenté : « Il préparera le terrain pour une industrie européenne durable, robuste et compétitive. Et il ouvrira la voie à un plan d’investissement dans les transports durables, car c’est d’investissements dont nous avons désespérément besoin pour accélérer l’utilisation de carburants plus propres« .

Un pas dans la bonne direction, avant d’aller plus loin

Maintenant dévoilé, comment le Pacte pour une industrie propre a-t-il été reçu par le secteur ? Avec des satisfecit, notamment celui de voir l’aviation mentionnée dans le Clean Industrial Act, mais aussi des bémols. Pour les partenaires de l’alliance Destination 2050, regroupant les principales associations représentatives des compagnies aériennes et des aéroports telles Airlines for Europe et ACI Europe, « C’est un premier pas, mais un plan plus audacieux est nécessaire pour défendre la compétitivité de l’aviation européenne, ont-ils commenté dans un communiqué. Le Clean Industrial Deal est une nouvelle reconnaissance de la nécessité de soutenir les carburants à faible teneur en carbone et les infrastructures de recharge pour l’aviation. Mais une aviation compétitive ne se résume pas seulement aux carburants. »

Dans l’attente du dévoilement du plan d’investissement pour un transport durable qui devrait intervenir plus tard dans l’année, l’alliance réitère son appel à la Commission européenne pour qu’elle aille au-delà, notamment en « reconnaissant l’importance stratégique de l’aviation en tant que moteur essentiel de la croissance économique européenne », en plus de mesures concrètes concernant le financement ou le soutien à la recherche pour les nouvelles générations d’avion et de systèmes de gestion du trafic aérien.

De son côté, l’association Transport & Environnement a salué le « coup de pouce » aux carburants alternatifs dérivés de l’hydrogène donné par le Clean Industry Deal. « Un pas dans la bonne direction« , selon Fanny Pointet, responsable du transport maritime chez T&E France, pour qui il manque néanmoins « des détails essentiels sur la manière dont l’UE va combler l’écart de prix entre les combustibles fossiles et les alternatives plus vertes« . « Le plan d’investissement en faveur du transport durable doit combler ces lacunes, faute de quoi les carburants alternatifs ne décolleront pas« , estime-t-elle.

En parallèle, le report de la proposition d’un objectif de baisse des émissions pour 2040, contrairement à ce qui avait été prévu, est un « signal inquiétant » selon T&E, qui prévient que « tout recul par rapport à l’objectif attendu de -90 % priverait les constructeurs automobiles, les compagnies aériennes, comme celles de transport maritime, de la certitude nécessaire en matière d’investissement pour les technologies propres« .

De son côté, le ministre de l’Industrie Marc Ferracci est revenu sur ce pacte pour une industrie propre avec le journal Les Échos, déclarant que « la France n’appliquera pas les objectifs » de réduction des émissions de 90% en 2040 « si l’Europe ne revoit pas sa copie« , le Clean Industrial Deal ne proposant pas assez de mesures pour accompagner le secteur dans la réussite des objectifs climatiques européens.