Récompenses de milliardaires

Le luxe s’affiche plus que jamais comme une récompense valorisante, aussi bien pour les entreprises que pour les bénéficiaires. Dans ce domaine, la France tient la dragée haute au reste du monde !

“ Les opérations incentive très haut de gamme sont dans l ’air du temps. Exclusivité, originalité, découverte d’un certain art de vivre et savoir-faire en sont les principales composantes”, dit Maryann Ingar, cofondatrice de l’agence Paris Privé. Ainsi le luxe, “cette chose si nécessaire”, comme l’écrivait Voltaire, reste une industrie florissante, une valeur sûre. Le Comité Colbert, qui réunit 69 maisons de luxe françaises, souligne de son côté que “sur les 240 marques mondiales de luxe, qui génèrent 138 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 130 sont françaises et pèsent 48 milliards d’euros”. Veuve Cliquot, Hermès, Chanel, Vuitton, Baccarat, Paul Bocuse, Château Margaux, Moët & Chandon, Palais Garnier, château de Versailles, Ritz, Plaza Athénée, Martinez… autant de noms véhicules de qualité et d’un certain art de vivre à la française ; et autant de marques à contribuer au rayonnement de la France.

Cadeaux de marque

À Paris, les grandes maisons ont investi deux beaux quartiers principalement. Ainsi la place Vendôme concentre à elle seule toute la grande joaillerie française, Van Cleef & Arpels, Boucheron et tous les autres… À deux pas de là, le fameux “triangle d’or”, qui englobe l’avenue Montaigne, les Champs-Élysées, la rue François Ier et l’avenue George V, accueille les salons feutrés des plus grands noms de la mode : Cartier, Chanel, Christian Dior, Givenchy, Nina Ricci, Hermès, Guerlain, Montblanc, Vuitton… Adresses mythiques qui attirent de plus en plus les catégories sociales moyennes car, comme l’explique le sociologue et philosophe Gilles Lipovetsky dans son livre Le Bonheur paradoxal, “le luxe n’est plus la part maudite, mais la part du rêve, de l’excellence et du superlatif dont l’homme a besoin”.

Du coup, les récompenses haut de gamme sont considérées comme des valeurs sûres ; qu’elles prennent la forme de cadeaux, de soirées ou de séjours. Par exemple, l’explosion du marché du cadeau d’affaires de luxe dont “le chiffre d’affaires annuel est estimé à 756 millions d ’euros”, indique Antony Ledanseur, directeur général d’Omyagué, salon du cadeau d’affaires et de stimulation haut de gamme qui précise que “65 % sont des cadeaux VIP et 35 % de l’incentive. Car en offrant une marque ou un séjour haut de gamme, l’entreprise est sûre de faire plaisir et de marquer les esprits. Cette évolution des demandes amène la plupart des maisons de luxe à créer un département affaires”.

“Ce service existe depuis plus de quinze ans chez Hermès, remarque Christine Picot, responsable du département cadeaux et affaires. Nous répondons sur mesure aux demandes des sociétés. Cela va de la vente directe de nos articles, à la personnalisation des emballages, la livraison et aussi, dans le cas de petites opérations incentive, à la visite privée de nos ateliers.” Pour la Compagnie française de chocolaterie et confiserie qui commercialise diverses marques en épicerie fine, dont La marquise de Sévigné, le gros de la demande se fait en fin d’année. “Les entreprises offrent principalement des coffrets de chocolats car c’est une friandise qui se partage entre collègues ou collaborateurs”, précise Olivier Monsenegro, directeur commercial du département produits personnalisés et cadeaux d’affaires. Jean-Claude Bronner, vice-président d’Hédiard, indique que “le panier moyen se situe entre 35 euros et 1500 euros et se compose essentiellement d’alcools et vins”.

En matière d’incentive, Sébastien More, directeur clients nationaux et B to B chez Moët & Chandon, souligne l’importance de l’emballage dans ce type de récompense. “Nos champagnes sont présentés dans des bonbonnes en forme de fleur ou encore des coffrets isothermes transformables en sacs à main”. Avis que partage Bénédicte Barraqué, responsable du département incentive et promotion de Villeroy & Boch : “Le packaging dans ce secteur est tellement important que nous développons nos propres emballages.”

Pour les opérations incentive, Émilie Piau, directrice du département cadeaux d’affaires de Montblanc, a lancé un site Internet et un nouveau programme. “C’est à la fois un outil de présentation de l’univers Montblanc et une aide pour les organisateurs de challenges, car nous leur proposons des fiches produits par gamme de prix. Ce qui permet au bénéficiaire de choisir librement l’article qu’il désire.” Éric Mérand, directeur de Faber- Castell France, note “qu’un très beau stylo au nom du récompensé remporte un vif succès”. Pour sa part, l’agence Prodelia propose aux entreprises d’adhérer au Ciné Business Club. “C’est le premier club au monde permettant aux dirigeants d’inviter des collaborateurs ou partenaires à des avant-premières de films dans des conditions VIP. Par exemple, en février, nous projetterons La Môme, film retraçant la vie d ’Édith Piaf. Un acteur, certainement Marion Cotillard, sera présent et répondra aux questions des invités”, explique Thierry Bigaignon, directeur associé.

Le privilège, l’agence Paris Vendôme en a fait sa raison d’être. “Nous utilisons notre carnet d’adresses pour ouvrir les portes hyper fermées du monde du luxe”, affirme Isabelle Dubern, directrice associée. Que ce soient des petits groupes de banquiers, d’industriels ou d’avocats internationaux, la demande reste la même : l’exclusivité des prestations et l’accès aux grandes maisons de la mode et des arts, avec un spécialiste. “En partenariat avec le Bon Marché, nous proposons aux invités un shopping privé en compagnie d’une styliste de renom. Ces derniers sont reçus dans un salon particulier, ont des pauses gourmandes, et reçoivent des conseils personnalisés pour les guider dans leurs achats. Cet accueil sur mesure est généralement réservé aux gens de cinéma, aux icônes de la mode et des médias. Sur ce même principe VIP, nous organisons des dîners chez des collectionneurs particuliers d’art contemporain, des visites d’ateliers de mode, comme ceux de Boucheron, ou des commandes spéciales chez Louis Vuitton”, déclare Isabelle Dubern. Afin de compléter son offre, l’agence propose à Paris les services du très sélect Kuintessentially, premier club de conciergerie de luxe au monde. Sur ce registre d’accès privilégié, Paris Privé joue également sur son relationnel. “Notre concept est de proposer à notre clientèle l’accès à tous les lieux prestigieux de la capitale, en dehors des heures d’ouverture au public : musées, galeries d’art, ateliers d’artisans du luxe, théâtres, Hôtel de Ville… et même le château de Versailles que nous privatisons à partir d’une personne pour environ 7000 euros !”, explique Maryann Ingar.

Réceptions VIP

Face à cette demande croissante, bon nombre de grandes maisons du luxe ont créé un département spécialisé en tourisme d’affaires et incentive. C’est le cas de la maison Baccarat. Nichée dans l’ancien hôtel particulier de Marie-Laure de Noailles, elle privatise exceptionnellement ses salons pour des soirées ultrasélectes, comme le confirme Solène Van Wittenbergh, responsable événementiel. “Les sociétés peuvent réserver au choix la salle de bal, le musée ou l’ensemble de l’hôtel avec notre restaurant, le Cristal Room.” Il faut compter entre 15000 euros pour une privatisation partielle et 25000 euros pour l’ensemble du site, animation et restauration non comprises.
Au Palais Garnier et à l’Opéra Bastille, les sociétés peuvent adhérer au Club des entreprises. Adhésion permettant aux membres d’assister à des spectacles agrémentés d’un cocktail. “Elles peuvent aussi opter pour les Formules Entreprises, soit la réservation par représentation d’une à six places en première catégorie, avec coupe de champagne à l’entracte ou soirée à la carte, comprenant accueil VIP, cocktail servi dans un salon privé et dîner dans un restaurant partenaire comme, par exemple, le Café de la Paix”, souligne Maïlis Renouard, responsable entreprises à l’Arop*.

Moments de rêve

Chez Maxim’s, Guersende de Sabran offre aux groupes de 10 à 350 personnes la possibilité de privatiser le lieu. “Cocktail dînatoire, dîner, déjeuner ou soirée… le choix est large ! Une visite privée guidée du musée Maxim’s est même proposée.” L’opération revient à environ 175 euros par personne pour un dîner et dix euros supplémentaires pour l’entrée au musée. Parmi les adresses parisiennes mythiques, les hôtels Crillon ou Four Seasons George V reçoivent régulièrement des demandes de la clientèle incentive. “Elles sont souvent d’origine américaine ou anglaise mais les demandes de pays émergents comme la Chine commencent à venir”, remarque Jean-Pierre Soustric, directeur marketing France du groupe Four Seasons. Le manager ajoute que “malgré la concurrence de challengers comme Rome, Londres ou New York, le luxe parisien fait toujours rêver”.
Ce luxe peut prendre plusieurs visages. Ainsi chiner aux Puces, guidé par un accompagnateur spécialisé en achat d’antiquités, plaît énormément aux Américains. Ce qui a donné l’idée à certains professionnels de lancer l’association Antiques Markets Accompaniment. Mais si “Paris est une fête”, comme le disait Hemingway, le luxe s’exporte bien au-delà des frontières de l’Hexagone. Et les milliardaires parcourent le monde, comme le confirme Frédéric Bedin, directeur de l’agence Le Public System. “Le marché du luxe est fondamentalement international, et donc lié au voyage. Des opérations événementielles haut de gamme ont lieu partout dans le monde. Mais à la différence d’incentives classiques, le niveau de qualité est incroyablement supérieur. Et cela, dans les moindres détails !” Transferts en limousines, en jets privés ou en trains de rêve comme l’Orient-Express… Rien n’est trop beau. “Sur les 500 passagers incentive que nous accueillons en France, près de 200 sont des opérations très haut de gamme, dit Yann Guezennec, directeur commercial et marketing France de la Compagnie Orient-Express Trains & Cruises. Que ce soit à bord de nos trains ou de nos bateaux, tous attendent de vivre un moment exceptionnel pimenté par une touche d ’authenticité et d’aventure.” Avis partagé par Béatrice Frantz-Clavier, responsable incentive des voiliers Star Clippers : “Les passagers viennent pour le côté intimiste, traditionnel et hors des sentiers battus.”
Et côté hors des sentiers battus, on sera réellement servi aux alentours de 2020, quand les plus riches que riches s’offriront pour la bagatelle de 20 millions d’euros un séjour de trois jours dans l’espace. Pour les opérations incentive, il faudra sans doute attendre encore un peu.
* Association pour le rayonnement de l’opéra.