Résultats trimestriels : un tournant positif pour l’hôtellerie mondiale

L'hôtellerie mondiale se rapproche progressivement des niveaux pré-covid. Après quelques mois perturbés en raison du variant Omicron, les grands groupes hôteliers ont vu leurs résultats progresser en mars et en avril, revenus presque dans la lignée de ceux de 2019.
Sheraton Gateway Hotel à l'aéroport de Toronto.
Sheraton Gateway Hotel à l'aéroport de Toronto.

Il ressort des résultats trimestriels présentés par les leaders de l’hôtellerie mondiale un sentiment certain d’optimisme. Après Accor fin avril, et l’annonce d’un chiffre d’affaires en hausse de 85 % par rapport au premier trimestre 2021, les déclarations de leurs dirigeants sont unanimes. « Nous sommes de plus en plus optimistes quant au fait de voir se réduire l’écart du revenu par chambre (NDLR : RevPAR) de manière significative par rapport aux niveaux pré-pandémiques en 2022« , estime Anthony Capuano, PDG du groupe Marriott. De la même manière, Hilton a présenté des résultats « solides«  pour les trois premiers mois de l’année, permettant au groupe de redistribuer des dividendes à ses actionnaires « plus tôt que nous l’avions anticipé » remarque Christopher Nassetta, le patron de Hilton.

Bien sûr, la complète guérison du secteur n’est pas attendue avant 2023-2024, mais le mois de mars semble avoir fermement sceller son retour à des jours meilleurs. « Mars peut être vu comme un tournant définitif et le début d’une reprise solide et rapide pour l’industrie hôtelière, accompagnée d’une croissance du nombre de vols proposés par les compagnies aériennes« , estime Gabriel Escarrer Jaume, PDG de Melia Hotels International.

Le redémarrage progressif des déplacements intra- et intercontinentaux et le retour des clientèles long-courriers laissent en effet présager une amélioration continue de la fréquentation des hôtels dans les mois à venir. En mars, le groupe Marriott constatait déjà que le taux d’occupation de ses établissements au plan mondial s’établissait à 64 %, soit un peu moins que 10 points inférieur à ce qu’il était qu’en 2019. Une tendance positive qui s’est encore amplifiée en avril, un mois où les groupes hôteliers ont pour beaucoup enregistré des résultats quasiment identiques à l’époque pré-pandémique.

Ainsi, après un début d’année pénalisé par la diffusion du variant Omicron, les chiffres du groupe Melia ont connu une amélioration continue, partant d’un RevPAR à 57,2 % de ce qu’il était en 2019 en janvier, puis remonté à 83,4 % en mars, avant de retrouver en avril son niveau pré Covid. Et ce cas n’est pas unique. Marriott a vu ses hôtels d’Amérique du Nord revenir également à l’équilibre avec la période d’avant crise, tandis que chez Hyatt, le RevPAR des régions Amériques, Europe et Asie du Sud Est a dépassé le niveau de 2019 en avril.

Certes, la période de Pâques et les vacances de printemps ont joué sur ce résultat d’ensemble, remplissant les hôtels de clients loisirs, en particulier dans les destinations resorts. Mais plusieurs autres éléments expliquent aussi ce retour, à commencer par des prix orientés à la hausse depuis plusieurs mois et qui se positionnent globalement au dessus de leur niveau de 2019.

Evolution positive pour le MICE et les voyages d’affaires

En parallèle, les hôteliers se réjouissent aussi de l’évolution du voyage d’affaires et du segment MICE. “Nous continuons à observer un retour des voyages d’affaires et de groupe, ce qui contribue à l’amélioration des RevPAR sur bon nombre de nos marchés urbains clés« , a déclaré Keith Barr, PDG du groupe IHG Hotels & Resorts. De son côté, Gabriel Escarrer Jaume s’est dit « heureux de constater une reprise progressive des voyages d’affaires et même un retour à la croissance dans le segment MICE vers la fin de l’année« .

Pour le second semestre, Melia s’attend déjà à « une augmentation de l’activité dans les segments MICE et voyages d’affaires grâce à l’assouplissement des restrictions et à la confirmation d’événements. » Le groupe espagnol s’attendant à ce que ses hôtels des métropoles continent à se rapprocher des niveaux pré-covid en s’appuyant sur la croissance des réservations des clientèles américaine et britannique et sur le retour des congrès et événements d’ampleur internationale. En Allemagne, où l’hôtellerie est dépendante de la tenue des déplacements professionnels et des grands salons et congrès, Melia s’attend à une amélioration de ce côté au second semestre.

Les résultats trimestriels présentés par Accor à la fin du mois dernier montraient les dynamiques en cours de par le monde avec une région Moyen-Orient revenue à des niveaux pré-covid, tirée par l’activité de Dubaï et, plus récemment, par la reprise des pèlerinages en Arabie Saoudite, une embellie du côté de l’Amérique du Sud grâce à « la reprise de la demande liée à la clientèle d’affaires » selon Accor ou encore le redémarrage attendu dans la région Pacifique suite à l’ouverture des frontières en Australie, longtemps restées fermées.

En revanche, la Chine, parmi les premiers pays à voir son hôtellerie redémarrer, est engluée depuis quelque temps dans sa stratégie Zero Covid et subit la comparaison avec les autres parties du monde. Alors que Marriott enregistre par exemple un RevPAR en hausse de 11% dans la zone Moyen-Orient-Afrique, la région Grande Chine est à la traîne avec un recul de -41,9%. “L’activité en Grande Chine continue d’être affectée par les restrictions mises en place pour contrôler l’augmentation des cas de Covid« , souligne également Keith Barr, IHG constatant un repli du RevPAR de -51% au mois de mars par rapport à 2019.

Plus globalement, l’Asie voit un redémarrage plus lent de son activité hôtelière en raison du manque de voyageurs internationaux, une clientèle importante pour de nombreux pays du sud-est du continent. Mais les mois à venir devraient connaître une amélioration sur ce plan. Alors que Melia a constaté que « la demande domestique est restée forte dans des villes comme Saigon, Yogyakarta, Makassar, Jakarta et Kuala Lumpur, avec un taux d’occupation similaire à celui de 2019« , le groupe espagnol s’attend à ce que les voyageurs internationaux « fassent un retour en force au second semestre.«