Une nouvelle odyssée pour la piscine Molitor

La légendaire piscine parisienne a retrouvé son glamour d'antan, transformée en hôtel MGallery de 124 chambres. Sa rénovation met autant en valeur son passé Art déco que son côté avant-gardiste et arty.

© Alexandre Soria

Juste à temps avant que les premiers échanges n’animent le stade Roland Garros tout proche, la piscine Molitor a rouvert ses portes, transformée en hôtel haut de gamme de la marque Mgallery du groupe Accor. Molitor… Un lieu glamour dessiné par Lucien Pollet qui fut inauguré en 1929 par Johnny Weismuller, un endroit avant-gardiste où fut dévoilé le premier bikini en 1946… Un nom qui parle à des générations et des générations de Parisiens venus s’y rafraîchir aux beaux jours ou patiner en hiver, avant que la piscine ne soit fermée au public depuis 1989…

Classée et donc sauvée de la démolition par Jack Lang, la piscine Molitor a longtemps été à l’abandon, servant de lieu d’expression à l’inventivité des graffeurs. Jusqu’à ce que Bertrand Delanoé, alors maire de Paris, ne décide en 2007 de redonner une nouvelle vie à cet endroit chargé d’histoire. L’appel d’offres est remporté par un groupement constitué par Bouygues, le fonds d’investissement immobilier Colony Capital et le groupe hôtelier Accor.

Sébastien Bazin, qui, à l’époque, dirigeait Colony Capital avant de passer il y a quelques mois à la tête de Accor, est fier de voir aboutir un projet qu’il a porté depuis ses débuts. “C’est un peu comme mon bébé. J’y suis venu toutes les semaines pendant les travaux”, souligne-t-il. Pour lui, “seul un projet hôtelier pouvait rentabiliser une telle rénovation”. 75 millions d’euros ont en effet été investis pour redonner toute sa superbe à un lieu passablement délabré.

Trois ans de travaux, une surélévation de deux étages pour accueillir les 124 chambres, une armée de compagnons et d’artisans, une architecture d’intérieure signée Jean-Philippe Nuel, habitué à ressusciter en hôtel des bâtiments tels que le palais de justice de Nantes ou l’hôtel-Dieu de Marseille : l’identité Art déco du lieu a été conservée là où elle pouvait l’être, la piscine retrouvant pour l’occasion sa couleur d’origine, le jaune tango. Les vitraux du maître verrier Louis Barillet ont également été restaurés et le plafond Art déco du restaurant refait à l’identique. Mais les époques dialoguent et l’hôtel Molitor, dès son entrée, surprend par son côté industriel et street art, avec en point d’orgue une Rolls taguée par l’artiste JonOne dans le lobby.

Le nouveau chapitre de l’histoire du lieu s’écrit sur un thème “Pool Art Life”. Pool donc, la vie de l’hôtel s’articulant naturellement autour de ses deux bassins bordés de cabines de bain bleu profond, l’un extérieur de 46 m et l’autre de 33m, chauffé à 28 degres. Un spa Clarins et une vaste salle de sport complètent l’offre détente. Autant d’espaces dont les 1000 membres attendus du Club pourront profiter à loisir, contre une cotisation annuelle de 3300 euros, en plus du droit d’entrée de 1200 euros. Pour une entreprise, la cotisation corporate s’élève à 10 500 euros pour un titulaire et deux invités. Mais tous ces plaisirs sont aussi accessibles à la journée, au prix de 180 euros.

Côté Life, le restaurant de l’hôtel est supervisé par Yannick Alleno et est complété, à la belle saison, par une restauration légère sur le toit-terrasse. Un endroit paysager d’où l’on peut voir en bas les nageurs faire des longueurs dans le bassin d’été, à côté les stades Jean-Bouin et Roland Garros, au loin la tour Eiffel et les serres d’Auteuil en contrebas.

Idéale pour des cocktails, la terrasse est entièrement privatisable pour des événements, deux “salons de verdure” se prêtant à des déjeuners et dîners de 2 à 15 personnes. Les abords de la piscine extérieure peuvent accueillir des cocktails intimistes, en point d’orgue de réunions tenues dans l’une ou l’autre des boardrooms avec vue “aquatique”. Sous sa verrière reconstruite, le bassin d’hiver lui aussi se privatise pour des événements d’envergure, la piscine pouvant même être recouverte à l’occasion. En sous-sol, l’hôtel compte également quatre salles de réunions modulables. Dans cet espace de 400 m², les murs sont laissés bruts pour certains, attendant progressivement d’être recouverts par des grands noms de l’art urbain. Avec ses murs tagués, la Manufacture illustre le penchant arty de l’établissement.

On en oublierait que le lieu est aussi, et avant tout, un hôtel. Ses 104 chambres et 20 suites très contemporaines, sobres et épurées, aux tons gris clair et gris foncé, donnent quasiment toutes sur le bassin. Les fenêtres sont relativement, mais volontairement étroites afin pour ne pas rompre l’harmonie avec les cabines de la piscine. Les sept chambres qui ne profitent pas de cette vue compensent avec d’autres éléments, avec pour certaines de vastes terrasses. Le prix moyen de la chambre s’élève à 300 euros.