Une maladie du surbooking chez les compagnies américaines ?

La mésaventure subie par un passager de la compagnie United Airlines, emmené manu militari par des officiers de sécurité lors d’un vol Chicago-Louisville a fait le buzz. Mais aussi donné une image faussée des pratiques de surbooking, qui, selon les statistiques officielles de l’aviation civile américaine, resteraient pourtant assez rares…
United Airlines
La peur du siège vide pousse les compagnies à pratiquer le surbooking

La pratique du surbooking s’est développée en parallèle de l’instauration du yield management chez les compagnies aériennes. Le calcul de la rentabilité d’un vol explique le phénomène, pour pouvoir obtenir le meilleur ratio recette / passager. Et l’optimisation de la recette force les compagnies aériennes à intégrer dans le calcul de remplissage de leurs avions un quotient de passagers qui finalement ne prendront leur appareil. Ce que l’on appelle en langage professionnel un « no-show ». Généralement cela tient à une annulation de dernière minute, ou le plus souvent à une correspondance ratée. Un siège vide étant un siège perdu, les compagnies ont donc pris l’habitude de vendre plus de sièges que ce que l’avion peut en réalité contenir.

Généralement, des programmes particulièrement sophistiquées vont maximiser tous les éléments du vol, intégrant le nombre de billets vendus sur chaque tarif, les incidents ponctuels liés au vol particulier (no-show, retard, etc), la période de l’année et la recette. Le tout va permettre de fixer le nombre de sièges qui pourront être vendus en surbooking.

Lorsque ce dernier se produit, les compagnies vont alors demander à des passagers volontaires de changer de vol, moyennant une compensation généralement fixée par les autorités de l’aviation civile. En cas d’absence de postulants, elles vont alors elles-mêmes designer des « volontaires ». Souvent, cela va concerner les passagers payant le tarif le plus bas.

United Airlines
Le Pdg de United Airlines s’est personnellement excusé après l’incident du vol 3411

Le cas de violence rapporté sur United Airlines est extrêmement rare – fort heureusement. Comme d’ailleurs il est en fait plutôt rare d’être débarqué pour cause de surbooking – les logiciels travaillant sur la maximisation de la recette unitaire étant plutôt efficaces !

Selon le rapport du Département Américain des Transports pour la période allant de janvier à septembre 2016, le nombre de passagers qui ont été empêchés de monter dans un avion sur les lignes domestiques de la compagnie ont été au nombre de 359,376 sur les neuf premiers mois de l’an dernier. Le chiffre peut sembler énorme, mais il est à rapporter aux 495,1 millions de passagers transportés durant la même période, soit un ratio de 0,64%, en baisse d’un dixième de point sur la même période de 2015.

Si l’on se réfère à la seule United Airlines, son résultat est même meilleur que la moyenne : 50 000 passagers ont été débarqués volontairement ou involontairement entre janvier et septembre 2016, soit un ratio de 0,45 sur les 64,4 millions de passagers ayant volé sur la compagnie. Ce résultat s’inscrit même en baisse par rapport à la même période de 2015, durant laquelle le ratio s’élevait à 0,79.

L’ensemble des compagnies aériennes US affiche de meilleurs résultats d’une année sur l’autre en général, à l’exception de Jetblue dont le ratio de passagers débarqués est passé de 0,02 à 0,82 entre 2015 et 2016.