
Pour vivre heureux, vivons cachés. C’est la politique de certains voyageurs d’affaires VIP – patrons, cadres dirigeants ou professionnels de la mode ou du design – qui préfèrent l’intimité de petits hôtels de caractère aux grands noms du luxe, Four Seasons, Mandarin et consorts. Des adresses peut-être moins statutaires, mais qui rivalisent d’excellence à l’image du Nine Orchard à New York ou du JK Place à Paris par exemple, récompensés de deux Clefs Michelin au même titre que des Royal Monceau ou Peninsula à Paris ou du Fouquet’s Barrière à New York.
A l’écart du cœur de Manhattan ou du Triangle d’Or parisien, ces boutique-hôtels bien dans leur temps sont aussi bien dans leur ville. Situé dans le Lower East Side, à la frontière du Chinatown de New York, la clientèle du Nine Orchard est constituée pour moitié de voyageurs d’affaires qui « ne cherchent pas à séjourner à Midtown, un quartier où les gens ne vivent pas vraiment », explique Simone Hanscom, directrice ventes et marketing de l’établissement rencontrée lors du salon Crème de la Crème, dédié aux voyages de luxe.
Quant au JK Place, c’est une certaine idée du luxe Rive gauche qu’il diffuse à travers son côté arty, son architecture d’intérieur signée Michele Bönan et des services privilégiés tels sa piscine intérieure ou sa table italienne Casa Tua. « Plus une maison qu’un hôtel » : ce pied-à-terre germanopratin correspond à une évolution des attentes, selon son directeur général Guillaume Bourniquel, comparant l’expérience proposée à celle d’un couturier face au prêt-à-porter des grands palaces : « Nos clients recherchent des lieux plus informels où pouvoir s’installer comme chez eux, se poser tranquillement sur un canapé avec leur ordinateur ».
Mais ce qui séduit, sans doute, avant tout les résidents de ces établissements, c’est une personnalisation poussée à l’extrême. Avec un nombre de clés limité, 29 au total, chaque client du JK Place est connu par son nom, « contrairement aux établissements de 200 chambres où il est physiquement impossible pour son directeur de tous les connaître », explique Guillaume Bourniquel, passé par le Peninsula et, plus récemment, par l’Hôtel SAX, premier établissement de luxe du groupe Hilton dans Paris. Non sans souligner qu’une partie de la clientèle recherche aussi « cette distance plus formelle » propre aux palaces.
Michael Voigt, directeur général du Goring à Londres, seul cinq étoiles indépendant au cœur de la capitale britannique, se prend lui aussi au jeu de sept différences : « Vous pouvez avoir 10 ou 15 arrivées par jour, voire 25 lors d’une journée chargée. C’est très différent d’un grand hôtel ». Situé dans le quartier de Belgravia, cet hôtel de 69 chambres est conduit, depuis son ouverture en 1910, par la même famille, depuis quatre générations, et pratique un service sur-mesure. « Tous les matins, nous tenons un briefing de 15 minutes sur les clients attendus. Chacun a son profil et nous savons si M. Smith aime ses tomates grillées d’un seul côté ou des deux côtés, ou si Mme Smart préfère son dry martini avec une olive », explique Michael Voigt. « Nous savons tout sur tout. C’en est parfois un peu effrayant… », remarque-t-il.
Parmi tous les clients de ce boutique-hôtel, un tiers réside au Goring pour affaires, des cadres supérieurs des secteurs pharmaceutique, sidérurgique et financier notamment, Michael Voigt expliquant avoir quelques comptes corporate générant de 30 à 50 nuitées par mois. Rénové au cours de ces dernières années, tout ce qu’il y a de plus british avec ses papiers colorés peints à la main et son atmosphère cosy, le Goring se veut aussi un lieu exclusif pour les rencontres professionnelles avec trois salles de réunion pouvant accueillir respectivement 6, 12 et 40 personnes. En plus d’un espace vert pour de beaux événements quand le temps le permet, grand comme quatre pelouses de football. « Le plus grand jardin privé au cœur de Londres après celui de Buckingham », remarque Michael Voigt avec fierté.
Sans avoir la dimension « olympique » de ce coin de verdure urbain, le Nine Orchard de New York a tout, lui aussi, pour accueillir régulièrement des événements professionnels, que ce soit des dîners de cabinets d’avocats et des séminaires de grandes banques comme des lancements de produits. Etabli dans une ancienne banque datant des années 1910 reconvertie à l’hospitalité en 2022, l’immeuble du boutique-hôtel est surmonté par un espace événementiel en rooftop, baptisé The Greenhouse, pour des dîners de 70 personnes ou des cocktails de plus de 200 personnes. « Un espace événementiel parmi les plus premium de tout New York », selon Simone Hanscom. Brooklyn d’un côté, Manhattan de l’autre : où tout voir sans être vu.




















