3 questions à Christophe Pillet, designer et architecte d’intérieur

L’hôtellerie de demain est-elle déjà en marche ?

D’une certaine manière, oui. Les hôtels se mettent en adéquation avec l’évolution de la clientèle. Avant, vous aviez deux genres d’hôtels, les établissements purement business, avec tous les services possibles pour satisfaire les voyageurs d’affaires, et ceux loisirs, très décorés et oniriques. Aujourd’hui, la frontière entre vie professionnelle et vie privée n’est aussi marquée. Dès lors un client n’acceptera pas de ne pas trouver tous les services dont il a besoin dans un hôtel, qui, parallèlement, se doit d’être dépaysant. La fusion des genres doit être complète. Les espaces publics deviennent des lieux de vie à part entière tout en s’adaptant à ceux qui veulent discuter en toute intimité ou au contraire faire la fête. De la même manière, les salles de réunions mêlent le formel et l’informel, avec des canapés pour les moments de décompression par exemple.

Quel rôle joue la technologie dans cette évolution ?

Un hôtel se doit d’être extrêmement technologique. Ca ne veut pas dire qu’il doit y avoir une pléthore de boutons, signes extérieurs d’une modernité surjouée. Il faut que tout soit simple. J’en veux pour preuve l’intuitivité des outils d’Apple ou le monde de l’automobile. Aujourd’hui, une voiture fonctionne toute seul et personne ne se demande comment ça marche. L’hôtellerie est à l’aube d’un changement d’époque. Prenons l’accueil. Vous faites la queue, les formalités, et pendant tout ce temps, vous ne profitez pas de l’expérience de l’hôtel. Or, tout ça peut être pris en charge technologiquement, à partir d’une gestion de back office complexe, mais qui offrirait une efficacité absolue.

Par delà les technologies, qu’en est-il du design ?

Un hôtel doit avoir du caractère. C’est comme dans la mode. On choisit une marque – Gucci ou Gap – en fonction de nos inspirations, parce qu’elles renvoient à un univers. Avant, les hôtels jouaient sur le plus petit dénominateur commun pour toucher le plus grand nombre de clients. Or aujourd’hui, il faut des choses fortes, qui ne plaisent peut-être pas à tout le monde, mais qui offrent des moments qui ne sont pas neutres. Ce travail sur l’expérience est sans fin. Le design y participe, mais ne doit pas avoir qu’une dimension visuelle, l’effet wow. Il doit être fonctionnel, ou créer une relation intime, sensuelle, à travers des matières, les couleurs. Il faut peut-être moins de design, mais mieux de design.