
TotalEnergies vient de lancer sa carte Mobility Corporate, une carte de paiement destinée non plus seulement à l’univers du carburant et de la voiture comme la carte Fleet, mais à l’ensemble des dépenses voyages. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de cette évolution ?
Philippe Callejon – Ce lancement est une étape de plus qui va nous permettre de toucher tous ces collaborateurs qui voyagent pour leur entreprise et utilisent tous les modes de mobilité. La carte Mobility Corporate vient ainsi enrichir notre portefeuille d’offres à destination de nos clients professionnels en déclinant aux différents domaines du voyage d’affaires ce qu’on offrait sur la partie véhicules de société avec la carte Fleet. Le tout, dans une logique de simplification de la gestion des notes de frais, mais aussi de contrôle sur les dépenses. Avec la carte Mobility Corporate, le collaborateur ne pourra régler que ce que son entreprise l’a autorisé à faire. Par exemple, en fonction du choix de l’entreprise et du profil de collaborateur, les domaines d’achats peuvent être limités, les pays où la carte est utilisée aussi. Le plafond de dépenses peut aussi être modulé au jour, à la semaine ou au mois.
Comptez-vous sur le basculement d’un certain nombre d’utilisateurs de la carte Fleet vers la carte Mobility Coporate ?
P. C. – La carte Fleet de TotalEnergies s’était déjà enrichie au fur et à mesure d’un certain nombre de services – les parkings, les péages notamment – , jusqu’à évoluer récemment vers le multiénergies. Avec cette nouvelle, en plus de nous adresser à toute une population que nous ne touchions pas auparavant, nous estimons que nous allons y convertir entre 15 % et 20 % des porteurs actuels de la carte Fleet. C’est-à-dire ceux qui ont un véhicule de société et sont amenés à se déplacer régulièrement, à dîner au restaurant et à résider à l’hôtel, à prendre de temps en temps les transports en commun ou un billet de train.
Ce qui différencie avant tout la carte Mobility Corporate, c’est son débit sur le compte de l’entreprise, à l’image de ce que faisait déjà la carte Fleet.
Comment votre offre se positionne-t-elle sur le marché de la carte corporate face à la concurrence ?
P. C. – Par rapport aux cartes corporate classiques émises par les banques, nous sommes déjà plutôt moins cher en prix. Mais ce qui différencie avant tout la carte Mobility Corporate, c’est son débit sur le compte de l’entreprise, à l’image de ce que faisait déjà la carte Fleet. Ainsi les entreprises n’ont pas à alimenter le compte du voyageur au préalable ou à demander à leurs collaborateurs de faire des avances de frais. Par ailleurs, nous sommes les seuls à permettre de contrôler la typologie de dépenses. C’est aussi un élément de différentiation.
Quels sont les utilisateurs cibles de cette carte ?
P. C. – Les commerciaux à n’en pas douter, mais aussi tous les voyageurs qui ont à faire des notes de frais, quelle que soit la taille de la société. La logique de la carte Mobility Corporate est de supprimer le recours aux notes de frais de la part du collaborateur.
En ce qui concerne la typologie d’entreprise, cette carte est-elle plutôt destinée aux PME ou aux grandes sociétés ?
P. C. – Les premiers échanges que nous avons avec nos clients montrent une appétence autant du côté des PME que des grandes entreprises. Et ce, pour des raisons différentes. Une PME va trouver grâce à elle une solution pour simplifier son quotidien, son suivi comptable, avec un seul compte débité et une seule facture. En outre, une carte corporate est le meilleur outil pour faciliter la récupération de la TVA, avoir les pièces nécessaires pour les déclarations d’URSSAF sur les déplacements.
Et quels en sont les avantages aux yeux des grandes entreprises ?
P. C. – Une grande entreprise est plus dans une logique d’économie sur ses frais de structure, avec des notes de frais dont le coût de traitement est extrêmement important, de l’ordre de 50 euros selon différentes études. Or, les gens ont tendance à faire une note de frais à chaque dépense, d’où une accumulation de notes de frais de faible montant faites fréquemment. Au final, ce coût n’est pas neutre du tout pour l’entreprise.
Destinée à régler les principales dépenses lors des déplacements professionnels, votre carte est-elle complémentaire avec les autres solutions de paiement voyages du type carte logée ou carte virtuelle ?
P. C. – Bien sûr. Elle n’a pas vocation à remplacer dans les grandes entreprises les cartes logées qui vont traiter massivement les déplacements en avion ou en train. Ce sont deux logiques différentes. La nôtre est de supprimer la note de frais et les avances faites par le collaborateur.
La force de votre Carte Fleet joue bien sûr sur le réseau de stations TotalEnergies en France et en Europe, mais aussi sur un certain nombre de partenaires avec qui vous offrez des tarifs préférentiels à vos clients. Cette logique de partenariat sera-t-elle aussi être le cas avec la carte Mobility Corporate ?
P. C. – C’est sur notre feuille de route. Au fil du temps, la carte Mobility Corporate va s’enrichir. Elle permettra d’une part d’aller chez tous les commerçants dans le domaine de la mobilité acceptant Mastecard. Mais, à l’intérieur de ça, nous aurons un réseau privilégié d’acteurs attractifs pour nos clients, dans chacun des grands domaines de la mobilité, qui leur offriront des avantages.
Vous venez d’annoncer un partenariat avec Uber visant à accélérer le déploiement de stations de recharge pour les véhicules électriques. Uber pourrait-il par exemple faire partie de ces partenaires à terme ?
P. C. – En effet, Uber pourrait tout à fait faire partie de cette liste un jour. C’est ce type de trajectoire et d’évolution que nous voulons avoir. Après, les partenariats prennent toujours un peu de temps. On a décidé de ne pas nous axer là-dessus au départ. Cela viendra au fil de l’eau.
Aller d’une carte carburant vers une carte voyages, n’est-ce pas aussi, pour vous, s’inscrire dans cette évolution vers une gestion plus globale de la mobilité, avec non plus d’un côté les voyages d’affaires et de l’autre les flottes automobiles ?
P. C. – Cette tendance commence à s’amorcer avec des entreprises qui utilisent des véhicules d’autopartage ou donnent des facilités à leurs collaborateurs pour se déplacer avec d’autres modes de transport que la voiture. On est au début d’une tendance de fond qui va transformer la manière de se déplacer dans les années à venir.
Mobilité, transition énergétique : votre groupe a récemment matérialiser son évolution par son changement de nom en TotalEnergies. Est-ce qu’à terme, votre carte Mobility Corporate pourrait suivre ce chemin pour devenir une solution de paiement « verte » ?
P. C. – Cela se pourrait, mais il faudrait d’abord résoudre un certain nombre d’éléments techniques. Notre sélection de domaines de dépenses est basée sur les codes marchands du commerce. Or aujourd’hui, il n’y a pas d’identification de codes marchands liée à la mobilité durable ou à la dimension écoresponsable de tel ou tel mode de transport. Cela passera d’abord par une évolution à ce niveau-là. Il y a des réflexions en cours, mais ce n’est pas simple à mettre en oeuvre, notamment dans un cadre international. Bien des étapes sont encore à franchir, mais on sent bien qu’il y a une évolution en ce sens. Combien de temps cela prendra-t-il ? Je n’en sais rien.




















