Waldorf Astoria Rabat-Salé : l’épicentre des rencontres qui comptent

Longtemps réduite à son statut de capitale administrative, Rabat s'impose comme une destination d'affaires à part entière. Au sommet de la tour Mohammed VI, le Waldorf Astoria Rabat-Salé en est la vitrine avec ses 55 suites et le plus grand centre de conférences du Maroc. Rencontre avec son directeur général, Guy Bertaud.

Avant de nous pencher sur la luxueuse offre du nouveau Waldorf Astoria et du rôle que votre hôtel va jouer dans l’accueil des grands événements, parlez-nous d’abord de Rabat. La capitale du Maroc reste encore en retrait de Casablanca ou de Marrakech. Pourquoi ?

Guy Bertaud – Quand on parle du Maroc, on pense en effet d’abord à Marrakech et à Casablanca. Or Rabat mérite vraiment d’être découverte. On la perçoit comme une destination administrative, mais ce n’est pas que cela : c’est une ville qui combine à la fois l’administration, le voyage d’affaires et les loisirs. Une destination en ligne avec la tendance bleisure. C’est la ville du roi, celle des ambassades, mais l’activité économique y est considérable, en lien avec le gouvernement marocain. Toute grande décision passe par le palais royal et les ministres en charge de l’économie ou de l’industrie. Un vrai pôle économique est d’ailleurs en train de se développer autour de Rabat. Pour vous donner un exemple, le premier fabricant de batteries électriques au monde, le groupe chinois Gotion High-Tech, investit 10,5 milliards de dirhams – environ 1,5 milliard d’euros – pour le lancement prochain d’une gigafactory entre Rabat et Kénitra, une ville située à une heure de route au nord de la capitale.

Venons-en à votre hôtel et à son offre événementielle, qui semble exceptionnelle.

Guy Bertaud, DG du Waldorf-Astoria Rabat-Salé
Guy Bertaud, DG du Waldorf-Astoria Rabat-Salé

G. B. – Nous disposons en effet du plus grand centre de conférences du Maroc avec notre Grand Salon. De 1 293 m² précisément, il peut accueillir jusqu’à 900 personnes en format théâtre et recevoir des dîners de 580 convives. Et, ce qui est important, dans un espace sans le moindre pilier, sous une hauteur de 7 m sous plafond. En plus de cela, nous ajoutons une salle de réunion mitoyenne, très utile pour des réunions VIP en marge des conférences, par exemple pour des ministres ayant besoin de s’isoler pour des échanges privés. Et le Grand Salon nous offre une agilité qui nous permet d’accueillir autant des conférences internationales que des conventions d’entreprise ou des lancements de produits, comme nous l’avons fait pour une marque automobile française. Voilà pour l’offre située au rez-de-chaussée de la tour. Mais nous avons aussi 4 boardrooms au sommet de la tour, au 29e étage, celui juste en dessous de l’accueil de l’hôtel.

Votre hôtel a été inauguré mi-avril. Cette offre événementielle de premier plan rencontre-t-elle déjà son public ?

G. B. – Depuis notre ouverture, nous avons déjà accueilli une vingtaine d’événements et cinq autres sont attendus à la fin juin, dont deux le même jour dans le Grand Salon : un en journée, puis un dîner de gala. Nous travaillons étroitement avec les grandes entreprises marocaines et les ministères, car beaucoup d’activités sont liées à l’administration. Nous avons par exemple organisé un événement en partenariat avec le ministère de l’Économie et des Finances, d’autres avec le ministère de la Transition numérique comme des Transports. Mais nous avons aussi accueilli des événements d’entreprise ou un événement littéraire consacré à la littérature et à la poésie dans le monde arabe, organisé par un client émirati. L’activité très diversifiée.

La tour Mohammed VI, à Rabat, héberge un hôtel Waldorf Astoria. (c) Besix
La tour Mohammed VI, à Rabat, héberge l’hôtel Waldorf Astoria. (c) Besix

Comment expliquez-vous une demande aussi forte, si peu de temps après les débuts du Waldorf Astoria Rabat Salé ?

G. B. – Il y a deux choses. Tout d’abord, une taille unique qui permet d’accueillir des événements qui avaient lieu jusque-là à Casablanca, ne pouvant se tenir à Rabat. Mais surtout, il y a l’attirance de la tour en elle-même, la plus grande du Maroc avec ses 250 mètres de haut et sa ligne inspirée de la fusée Apollo. C’est le seul bâtiment du pays à porter le nom de Sa Majesté Mohammed VI. Ce qui donne aux événements qui s’y déroulent une importance presque statutaire, au-delà de leur rôle mercantile. Il ne s’agit pas seulement de vendre tel produit ou tel projet, il est aussi question d’image. Dans le même ordre d’idée, alors que la tour fait cohabiter un hôtel, des appartements de grand standing et des bureaux, pour toutes les entreprises qui occuperont ces derniers – et la demande est forte ! -, être placé au sein de la tour phare du pays, c’est aussi entrer dans un esprit de dialogue avec le gouvernement marocain.

Peut-on parler de la tour Mohammed VI comme d’un « Burj Al Arab » marocain ?

G. B. – Je ne sais pas si l’on peut en parler comme du Burj Al Arab de Rabat, mais la volonté du royaume était de faire rayonner le Maroc et sa capitale par le biais de la tour Mohammed VI. Elle figure d’ailleurs déjà sur les billets de 200 dirhams. Et notre rôle, à travers l’hôtel, est de contribuer à ce rayonnement.

De par la stature de votre hôtel, le Waldorf Astoria se destine-t-il à être le point de chute des chefs d’État et de passage ?

G. B. – Il existe à Rabat un palais pour les invités de marque du royaume. Aussi, je ne sais pas si nous serons l’hôtel officiel des chefs d’État, mais nous sommes disponibles pour cela. Nous disposons notamment d’une suite hautement sécurisée, avec portes pare-balles, capable d’accueillir des personnalités exigeant un très haut niveau de sécurité.

Pour entrer dans le détail de votre hôtel, combien de chambres compte-t-il ? Et, point important pour la clientèle française en particulier, que propose-t-il en matière de restauration ?

G. B. – Notre hôtel, conçu par l’architecte d’intérieur Pierre-Yves Rochon, offre 55 chambres. Ce sont principalement des suites, s’échelonnant de 60 à 900 m², quand 17 chambres sont connectées à une suite, ce qui permet aussi de créer des suites de deux chambres. En ce qui concerne la restauration, nous aurons à terme quatre restaurants, avec deux chefs partenaires. Et non des moindres puisque notre restaurant signature au 33e étage, Aldabaran, est signé Alain Ducasse. Pour la brasserie Magnolia, situé au rez-de-chaussée de la tour, nous avons imaginé un voyage culinaire du Maroc au Levant avec le chef marocain Lahcen Hafid, anciennement par le Ritz à Paris. La carte longe le sud de la Méditerranée avec de fortes influences marocaines, mais aussi libanaises et grecques.

Nous avons ensuite un lieu de restauration plus traditionnel, dans un esprit palace, avec notre lounge Peacock Alley. Et un quatrième restaurant, asiatique celui-là, viendra s’ajouter en fin d’année. Un lieu festif, ouvert de 18h à 2h, avec de la musique, de l’ambiance, où l’on inverse les codes, la nourriture venant accompagner les boissons plutôt que l’inverse. Cette diversité fait du Waldorf Astoria, comme de la tour Mohammed VI, une destination dans la destination à Rabat.

En parallèle, l’offre bien-être de l’hôtel est aussi un de ses points forts.

G. B. – En plus d’une salle de sport, nous disposons en effet d’un espace bien-être sur deux niveaux, avec des cabines de soins d’une part et de l’autre une piscine intérieure au 31e étage, avec une vue spectaculaire. Mais nous avons aussi une piscine en extérieur entourée de chaises longues. On retrouve cette logique du bleisure en proposant à la fois des lieux de réunion uniques et des suites avec des espaces bureaux, en plus d’un environnement bien-être dont le volume est peu commun pour un hôtel de seulement 55 chambres.

Comment conjuguez-vous cette disparité entre votre Grand Salon, qui est la plus salle événementielle du Maroc, et ce nombre de chambres limité ?

G. B. – Tout d’abord, notre vocation première est d’accueillir les clients VIP qui participent aux événements et recherchent ce type d’offres de suites. Depuis notre ouverture, nous avons systématiquement hébergé une dizaine de participants. En parallèle, nous avons aussi une demande de privatisation pour un séminaire résidentiel. Mais au-delà de ça, selon le nombre de chambres nécessaires, nous pouvons nous rapprocher d’autres hôtels pour l’hébergement des participants, à commencer par le Conrad Rabat Arzana, qui fait partie comme nous du groupe Hilton, ou d’autres hôtels comme le Fairmont, qui est situé à proximité de la tour.

Salle de réunion dans les derniers étages de la tour Mohammed VI.
Des salles de réunion dans les derniers étages de la tour Mohammed VI.

Comment le Waldorf Astoria vient-il s’inscrire dans le paysage des hôtels de luxe à Rabat ?

G. B. – En termes de positionnement et de prix, le Waldorf Astoria est le numéro un, devant le Four Seasons et le Ritz-Carlton. Suit un groupe d’établissements aux prix comparables avec le Fairmont, le Sofitel et le Conrad. Cette strate est complétée par des hôtels indépendants comme la Villa Mandarine ou le Story. Mais il reste de la place pour de nouveaux acteurs. Un Royal Mansour est actuellement en construction et ouvrira en 2028. Que ce soit dans le luxe ou non, de nombreux groupes hôteliers réfléchissent à se développer à Rabat. Dans le cadre de ses quinze projets visant à tripler sa présence au Maroc, Hilton attend notamment deux hôtels dans la capitale, sous deux marques différentes (NDLR : un Waldorf Astoria verra aussi le jour à Tanger). Rabat devient vraiment un pôle d’intérêt en plein développement.

Alors que l’aéroport de Rabat sera bientôt doté d’un nouveau terminal, l’aérien joue-t-il un rôle dans cette attractivité ?

G. B. – Pour l’hôtellerie, le trafic aérien est la clé. Quand une ville améliore ses dessertes, elle attire toujours plus de clients internationaux. Le nouvel aéroport de Rabat ouvrira au dernier trimestre 2026 et portera la capacité de 1,5 million à 5 millions de passagers par an, ce qui est considérable. Jusqu’ici, Rabat était un petit aéroport, j’allais dire « de province » sans vouloir être péjoratif. Dans les années 1990, il n’y avait que deux vols par jour vers la France, un d’Air France et un de la Royal Air Maroc. Et, bientôt, nous pourrions probablement passer à une trentaine de vols quotidiens depuis Paris, Bordeaux, Lyon Marseille et Nice. En parallèle, l’aéroport de Rabat vient de signer avec une compagnie saoudienne pour un vol direct Jeddah-Rabat à partir de début juillet, et Emirates va également revenir. Et cela, sans compter la clientèle que peut nous apporter les vols transcontinentaux arrivant à Casablanca, que ce soit depuis les États-Unis, le Moyen-Orient ou la Chine. La Royal Air Maroc relie Pékin à Casablanca depuis 2025 et vient par ailleurs de lancer une liaison directe vers Los Angeles.

La ville de Rabat, vue depuis le Waldorf Astoria
La ville de Rabat, vue depuis le Waldorf Astoria

La proximité de l’aéroport avec la ville ou encore toutes les liaisons possibles avec les autres grandes destinations marocaines sont-elles aussi un atout de Rabat ?

G. B. – Un atout considérable même. L’aéroport de Rabat est à un quart d’heure, au maximum, de notre hôtel alors que du centre de Casablanca, il faut compter une heure pour rejoindre l’aéroport, plus encore à l’heure de pointe. Mais, ce qui va aussi changer la donne pour les voyageurs, c’est la ligne TGV qui reliera les aéroports de Rabat et de Casablanca en vingt-cinq minutes vers fin 2028-début 2029. Que ce soit pour un voyage d’affaires ou une prolongation par un séjour loisirs, l’accessibilité de Rabat est un argument fort. Casablanca et Tanger sont à une heure ou un peu plus en TGV, Fez et Meknès à deux heures de route. Non loin de la capitale, vous avez Kenitra et ses nombreuses usines. Tanger Med, le quatrième port du monde, est à portée de TGV. Rabat est vraiment au cœur des affaires comme du tourisme au Maroc.