
Evidemment, il était difficile de faire pire. Le deuxième trimestre 2020, ravagé par les effets de la pandémie, entre autres confinements et restrictions des déplacements, avait vu les résultats des groupes hôteliers plonger à des niveaux abyssaux. Dès lors, il n’est pas étonnant de voir cette année le revenu par chambre – le RevPAR, indicateur clé de l’hôtellerie mixant la fréquentation des hôtels et le prix moyen des chambres – retrouver nettement plus de tenue sur la même période.
L’amélioration est particulièrement sensible pour les groupes...
Evidemment, il était difficile de faire pire. Le deuxième trimestre 2020, ravagé par les effets de la pandémie, entre autres confinements et restrictions des déplacements, avait vu les résultats des groupes hôteliers plonger à des niveaux abyssaux. Dès lors, il n’est pas étonnant de voir cette année le revenu par chambre – le RevPAR, indicateur clé de l’hôtellerie mixant la fréquentation des hôtels et le prix moyen des chambres – retrouver nettement plus de tenue sur la même période.
L’amélioration est particulièrement sensible pour les groupes majoritairement positionnés sur les marchés les plus dynamiques, c’est-à-dire les Etats-Unis et la Chine. Des hôteliers qui, pour la plupart, affichent des croissances à trois chiffres au deuxième trimestre 2021 avec + 102 % en Chine pour le groupe Huazhu, +110 % de par le monde pour le franchiseur américain Wyndham, +150,9 % pour IHG, et jusqu’à +233,8 % chez Hilton et +262,6 % chez Marriott. « Le taux d’occupation au plan mondial a continué de progresser, atteignant les 51 % sur le trimestre. Nous avons également constaté une forte amélioration du prix moyen, qui n’a baissé que de 17 % par rapport au deuxième trimestre de 2019« , a constaté Anthony Capuano, PDG de Marriott International, lors de l’annonce des résultats du groupe. A titre d’exemple de cette dynamique retrouvée sur certains marchés, les hôtels du groupe Marriott en Chine affichent au deuxième trimestre un résultat global au niveau de celui de 2019. Sur la même période, les établissements économiques de Wyndham ont même dépassé les performances atteintes en 2019 aux Etats-Unis.
“Nous laissons derrière nous la plus grave crise du secteur du tourisme de l’histoire récente”, estime pour sa part Ramon Aragones, PDG du groupe espagnol NH Hotel. Campagnes de vaccination et levée progressive des restrictions de déplacement, retour des touristes au plan domestique et redémarrage progressif de certains voyages d’affaires : plusieurs éléments participent à faire que cette page noire se tourne progressivement. « La reprise est nette depuis le mois de mai, a déclaré Sébastien Bazin, Président-directeur général de Accor. Avec le déploiement massif de la vaccination et la réouverture progressive des frontières, ces bonnes tendances vont se poursuivre sur l’été. » Une prévision confirmée par le constat de Keith Barr, CEO d’un autre poids lourd du secteur, le groupe britannique IHG : »La fréquentation des hôtels et les tarifs continuant à s’améliorer, près de 50 % de nos hôtels ont atteint des RevPAR supérieurs aux niveaux de 2019 en juillet. »
Pour autant, la comparaison des résultats avec ceux de l’ère pré-covid est encore largement défavorable aux hôteliers. Ainsi le groupe Accor affiche-t-il une baisse globale de -60% de son RevPAR au premier semestre 2021 par rapport à la même période en 2019. Du côté d’IHG, si le premier semestre 2021 montre une croissance du RevPAR de 20 % par rapport à 2020, il reste quand même en retrait de -43 % avec le niveau atteint en 2019. Rien qu’au deuxième semestre 2021, le taux d’occupation des hôtels d’IHG est resté de 19 points inférieur à ce qu’il avait été à la même période en 2019, tandis que les prix moyens ne sont qu’à 87 % de leur niveau d’avant covid.
Car, si les marchés chinois et nord-américains ont retrouvé leur dynamique, il n’en est pas de même partout, à commencer en Europe ou en Asie du Sud-Est. Si Accor a observé une accélération de l’activité en Europe sur la fin du deuxième trimestre 2021, la région Europe du Sud, qui intègre la France, affiche un RevPAR en baisse de -63 % comparé à 2019. Conséquence du confinement en avril, le RevPAR pour l’Hexagone affiche une baisse globale de -61 % (et de -76 % pour prendre le seul cas de Paris, un marché bien plus pénalisé que la province par l’absence de voyageurs internationaux). « Ce chiffre masque néanmoins une amélioration du RevPAR de 22 points de pourcentage entre avril et juin 2021« , souligne le groupe, la province ayant soutenu cette progression.
Résultats encore en berne en Europe et en Asie du Sud-Est
Plus encore qu’en France, le leader de l’hôtellerie européenne enregistre un recul de -74% du RevPAR en Europe du Nord, notamment de -70 % au Royaume-Uni et de -84 % en Allemagne, du fait du maintien plus tardif des restrictions et de l’absence d’événements professionnels. Etant un des acteurs hôteliers clés en Amérique du Sud, les résultats du groupe français reflète également les difficultés du sous-continent avec un RevPAR en baisse de -62 % au deuxième trimestre 2021 vs la même période en 2019. « Une amélioration de l’activité a été observée à la fin du second trimestre du fait de l’accélération de la vaccination et de la baisse du nombre de cas de contaminations, notamment au Brésil« , souligne cependant le groupe français.
A l’inverse, la région Inde, Moyen-Orient, Afrique & Turquie, soutenue notamment par une bonne activité à Dubaï, repart de l’avant avec un RevPAR en baisse de « seulement » -44 % par rapport au deuxième trimestre 2019. Enfin, en ce qui concerne la région Asie-Pacifique, la situation est contrastée avec des baisses relativement faibles en Chine (-18 %) et dans la région Pacifique (-19 %), mais une Asie du Sud-Est qui souffre largement de sa dépendance aux voyages internationaux et affiche un recul de son RevPAR de -69 %.

Variant delta et quatrième vague, rythme de reprise des voyages d’affaires et redémarrage des réunions, tenue ou non des événements et salons : plusieurs incertitudes pèsent encore sur les mois à venir. Après un été globalement de bonne tenue pour le tourisme loisirs, la réussite de l’automne repose essentiellement sur le voyage et le tourisme d’affaires. A cet égard, et en ce qui concerne les Etats-Unis, les dirigeants des groupes hôteliers se sont tous montrés confiants dans leurs commentaires des résultats quant au redémarrage des déplacements professionnels à la rentrée. L’annonce récente par plusieurs géants du report du retour au bureau de leurs employés – au 18 octobre prochain par Google et même à début 2022 par Amazon – pourrait cependant compliquer les choses.
Devant les incertitudes toujours présentes, rares sont les hôteliers à s’engager sur des objectifs précis quant à la fin de l’année. « Il est encore trop tôt pour tracer des perspectives sur la fin de l’année, mais nous sommes confiants dans notre capacité à capturer la reprise dans toutes les zones et à déployer une vision réinventée du voyage« , a précisé Sébastien Bazin au nom d’Accor. Seul Wyndham entrevoit une progression du RevPAR de 40 % sur 2021 par rapport à 2020, soit une baisse de 16 % par rapport à 2019.
Reste qu’un nouvel optimisme se dégage de la présentation en cascade des résultats des groupes hôteliers. Pour Anthony Capuano, PDG de Marriott, “bien que nous suivions de près l’évolution du Delta et des autres variants, nous sommes optimistes quant à la poursuite de la trajectoire ascendante de la reprise mondiale. Nous prévoyons que le fait qu’un plus grand nombre de travailleurs retourneront à leur bureau sur une base hybride servira de catalyseur à une augmentation significative de la demande d’affaires individuelle et de groupe à l’automne. » Et de conclure que, même si le rythme devrait varier selon les régions, « nous sommes sur la voie d’une reprise mondiale complète. » Acceptons en l’augure.




















