
Je partais à Genève pour quelques rendez-vous. À côté de moi, dans l’avion, s’assoit un musicien. Nous commençons une partie d’échecs… tous les musiciens jouent aux échecs ! Elle était tellement belle, cette partie… Nous l’avons continuée dans l’aéroport, tout le jour, sans manger ni boire. Nous ne nous sommes rendus à aucun de nos rendez-vous… Quand l’avion, le soir, s’est posé à Roissy, la partie finissait. Un voyage sublime !
Un autre, tout le contraire… C’était il y a une douzaine d’années. Je suis en contrat avec la marque Steinway qui fait les plus beaux pianos du monde ! Un jour, son directeur m’invite à participer à une croisière Steinway sur le Queen Elizabeth II, avec d’autres pianistes. Pendant cinq jours, musique classique, jazz… Quelques heures après le départ, le bateau commence à bouger. Du vent, force 6, puis 8, puis 9 ! Les vagues font 15 mètres. C’est la nuit. Une telle tempête ! Panique générale à bord… Oui, comme sur le Titanic ! Les quatre pianos tout neufs se sont fracassés contre les murs. Je me dis qu’on va tous mourir… Le bateau a finalement changé de cap et accosté quelques heures plus tard. Toutes les radios annonçaient “le Queen Elisabeth II en perdition !” Nos familles, nos amis nous croyaient tous disparus !
J’aime bien les croisières… J’en ai fait plusieurs sur le France, rebaptisé Norway, dans les Caraïbes. La personne qui gérait les réservations à Miami est devenue un ami. Quand j’étais fatigué, je l’appelais : “Il est où ton bateau ?” Une fois à bord, j’allais au casino! Il n’y a pas grand-chose à faire sur ces paquebots. Ah si ! se régaler. J’ai ainsi souvenir d’un maître d’hôtel qui m’avait demandé ce que nous voulions pour le dîner du lendemain : “…n’importe quoi, nous l’avons.”
J’ai la chance de loger dans des grands hôtels. L’hôtel Warwick, à New York, en est un… À 4 heures du matin, je rentre, je demande ma clé au portier. Je monte, j’ouvre, j’allume, et dans mon lit : un homme ! Il se lève d’un seul coup, met les mains en l’air et crie : “Don’t shoot !” “Nous sommes désolés, me dit-on. Nous pensions que vous étiez parti ; et maintenant l’hôtel est complet…” Cela m’a permis de loger trois semaines gratuitement dans la plus belle suite du Warwick !
Quand je voyage, bien sûr, je rencontre des gens. J’ai connu, grâce à mon métier, Barbra Streisand, une femme extraordinaire. Elle voulait faire un disque en français… Je l’ai rencontrée à New York. Elle jouait dans un spectacle à Broadway.C’est dans sa loge que nous avons commencé à travailler son disque. Dans un autre style, j’ai fait la connaissance de Fidel Castro, lors d’un grand concert à Cuba il y a une dizaine d’années. Je l’ai trouvé… grand et barbu ! Drôle aussi ! Il m’a demandé ce que je pensais de lui : “Vous êtes un grand acteur…” dis-je. “Quoi ?” me répond-il. Je me suis empressé d’ajouter : “…devant l’histoire !”
Propos recueillis par Karin Filhoulaud
Huit dates
1932 : Naissance à Bécon-les-Bruyères.
1949 : Sort du conservatoire de musique.
1954 : Columbia EMI lui commande un disque de chansons françaises qui fera de lui une vedette.
1955 Première bande originale pour “Les amants du Tage” d’Henri Verneuil.
1958 : À New York, il joue avec les grands du jazz, tel Miles Davis.
1964 : BO des “Parapluies de Cherbourg”. Il devient également chanteur.
1980 : -1990 Consacre ces années au jazz, à son trio puis à son big band.
2005 : Sortie de l’album Legrand Nougaro.




















