MICE : Regards croisés sur la destination Saint-Etienne

Accueil des événements, atouts de la ville, attractivité des Verts et concurrence avec Lyon : Fleurine Buriane, responsable du Convention Bureau, et Mikaël Henriot, directeur général de Saint-Étienne Events partagent leurs points de vue sur la destination « Sainté ».

Quels sont les principaux organisateurs d’événements à Saint-Etienne ?

Fleurine Buriane (Convention Bureau) (c) Magali Stora
Fleurine Buriane (Convention Bureau) (c) Magali Stora

Fleurine Buriane (Convention Bureau de Saint Etienne) : Des fédérations et de grandes associations nationales, de même que de nombreux congrès médicaux, et des séminaires d’ampleur plus régionales. Rien qu’en mai, nous avons accueilli trois congrès de 500, 700 et 900 participants respectivement. Le CHU a une renommée importante et ses professionnels de santé veulent porter des rencontres sur des sujets tels que la transplantation et la dialyse, la chirurgie de l’obésité, l’accompagnement à la fin de vie. Les filières d’excellence du territoire vont aussi attirer des événements. Je pense au design bien sûr, mais aussi aux medtechs, avec sur le territoire de grands noms du textile médical comme Thuasne et Sigvaris, ou encore Dessintey, une entreprise spécialisée dans la rééducation après un AVC, qui travaille au quotidien avec des designers pour créer des machines hyper spécifiques au plus près des besoins des patients, des médecins et des accompagnants.

Mikaël Henriot (Saint-Étienne Events) : Il y a de vrais savoir-faire sur le territoire. On parle souvent du passé, mais il y a de très belles réussites, souvent peu connues. Au mois de juin, nous allons accueillir une conférence internationale à la Platine, dans la Cité du Design. Organisée par le laboratoire Hubert Curien de l’Université Jean-Monnet, elle va accueillir sur trois jours, pour une centaine de participants. Un événement qui montre que, sur des sujets très ciblés, on peut attirer des manifestations d’envergure européenne ou internationale. Pour autant, Saint-Etienne reste globalement sur des événements régionaux ou nationaux. Concernant ces derniers, on peut aller plus loin, plus fort et plus haut et on y travaille. Avec la transformation et l’agrandissement du parc des expositions qui s’étend aujourd’hui sur 16 000 m², nous pouvons nous positionner sur des événements nationaux qu’on n’allait pas chercher avant.

Quelle est la taille idéale pour un événement à Saint-Etienne ?

Fleurine Buriane : La jauge idéale se situe autour d’événements de 800 à 900 personnes. On a l’offre qui convient pour cela, les équipements qui correspondent avec 800 personnes pour la salle plénière du centre des congrès et un total de 2000 chambres sur la métropole, dont 1000 à Saint-Etienne. Mais on peut évidemment accueillir des événements plus grands.

Mikaël Henriot (Saint-Etienne Events) (c) Eric Viou
Mikaël Henriot (Saint-Etienne Events) (c) Eric Viou

Mikaël Henriot : Sur les grosses jauges, on ne s’interdit plus des congrès de 2000 personnes, voire des événements grand public de 4 à 5000 personnes en journée, sans besoin d’hébergement dans la ville. L’histoire, jusqu’à 2023, se limitait à des événements jusqu’à 800 personnes. Le parc des expositions a été livré en 2020, et passons sur la vague Covid arrivée par la suite. En 2023, nous avons démontré notre capacité à accueillir un congrès avec 1800 personnes dans la salle plénière. On l’a testé, ça a fonctionné et les clients étaient satisfaits. Ce qui est intéressant avec ce nouveau parc, c’est qu’il nous permet non seulement de faire du congrès, mais aussi du salon, des événements d’entreprises en grand format. Le tout à 10 minutes à pied de la gare, un élément qui contribue à conclure les signatures.

Quand on évoque Saint-Etienne, on pense immédiatement aux Verts, son équipe de football. Son aura rejaillit-elle sur les événements ?

Fleurine Buriane : Ca joue énormément. Qu’on suive ou non le foot, tout le monde a entendu parler des Verts, de l’ambiance du « chaudron ». Les organisateurs de congrès veulent souvent faire une soirée au stade Geoffroy Guichard. Hors des jours de matchs où tout est privatisé par le club et les entreprises, c’est tout à fait possible. Mais, même lorsque le stade est pris,. Par exemple, un congrès consacré à la chirurgie de l’obésité ne fera pas d’événement au stade, mais par contre, un tournoi de foot aura lieu juste à côté la veille de l’événement, sur le terrain d’entrainement des féminines. En décembre dernier, nous avons accueilli la chambre syndicale des déménageurs, venus de toute la France. Parce que Geoffroy Guichard n’était pas disponible à cette date, ils ont organisé leur soirée à la Verrière, mais en reconstituant le lieu comme un petit « chaudron » avec des ballons, du faux gazon.

Mikaël Henriot : En effet, ce thème leur tenait à cœur pour la soirée de gala. On a travaillé pour leur organiser un événement entièrement aux couleurs des Verts. Ca reste un très bon souvenir pour le client et cela montre aussi les possibilités que nous pouvons offrir. Ce congrès ne nécessitait que 500 places pour la plénière, mais avait en parallèle besoin de surface pour les expositions. Plenière, exposition, ateliers, restauration : tout s’est fait au parc expo, dans une unité de lieux, avant cette soirée finale à la Verrière. Pour les plus anciens qui ont toujours les Verts en tête, l’image de Saint-Etienne y est étroitement liée, mais nous commençons à avoir des décideurs en face à nous qui n’ont pas connu cette époque et qui y sont donc moins sensible. Pour avoir connu d’autres territoires, il y a un point marquant parmi les acteurs du tourisme à Saint-Etienne, c’est-à-dire un vrai sens du collectif, qui est aussi l’ADN des verts, une solidarité très forte qui fait qu’on avance tous ensemble. Et cela se ressent chez nos clients. Ce que je retiens des remerciements que nous recevons, c’est qu’ils se sont sentis accueillis, attendus. Leurs congrès n’étaient pas un événement lambda au milieu d’une grande ville. Ca fait la différence.

Auditorium de la Platine, à la Cité du design. (c) Saint-Etienne Tourisme & Congrès / Disybeltran

Pour continuer sur ce lien entre football et événementiel, la rivalité entre Saint-Etienne et Lyon est légendaire. Est-ce aussi le cas sur le terrain du MICE entre ces deux métropoles voisines ?

Mikaël Henriot : Non, ce n’est pas du tout comme au foot. Prenez le groupe GL Events, d’envergure mondiale et d’origine lyonnaise : Olivier Ginon, son président, est très attaché à Saint-Etienne. Notre directeur général délégué, Olivier Ferraton, a grandi ici. Par-delà ces éléments internes, la destination a tous les atouts que Lyon n’a pas, à commencer par la verdure tout autour de nous, à 5 minutes de voiture, un cadre de vie incroyable. Si nous aimons bien accueillir un événement dans son intégralité dans nos lieux événementiels, quand les clients le demandent, nous avons la capacité à les amener à Saint-Victor pour les gorges de la Loire, dans les monts du Pilat. C’est juste à côté. La proximité de Lyon, je la vois comme une opportunité. D’autant qu’il y a une forme de saturation à Lyon pour le tourisme d’affaires. Nous travaillons d’ailleurs avec les équipes GL Events de Lyon pour organiser des reports s’ils n’ont pas de disponibilités.

Fleurine Buriane : Lyon va à la fois nous prendre et nous donner. Il y a beaucoup d’entreprises lyonnaises qui ont tendance à venir à Saint-Etienne parce qu’elles peuvent se mettre au vert, parce que c’est moins cher aussi. Pour les entreprises ou associations qui ont leur siège à Lyon, ça leur permet aussi de faire tourner leurs événements et de ne pas les organiser qu’à Lyon. Alors, il est vrai que Lyon a une image de ville plus touristique, de grande métropole. Par contre, les prix ne sont pas les mêmes et il y a tant de choses à découvrir à Saint-Etienne.