Claude Taittinger : gentleman Voyageur

D’abord, il faut un guide. Ou un ami vivant à l’étranger… C’est ainsi que j’ai toujours opté pour l’accompagnateur local au cours de mes voyages d’agrément. Il évite les errances, le temps perdu et irrattrapable, les portes closes des musées dont on ignore les heures d’ouverture… Il facilite le séjour parce que lui, sait la langue : je ne vois pas très bien comment on peut se promener dans les rues de Shanghai ou de Tokyo sans parler ! Il y a aussi les usages que l’on se doit de respecter, les façons de faire dont on ignore tout et qu’il vous dévoile. C’est lui qui connaît les quartiers où l’on peut aller en toute sécurité, et les autres moins fréquentables… Finalement, au bout de quatre jours, le guide devient un ami : il vous présente des gens du pays, ses connaissances… Mon meilleur guide fut sans doute ce jeune Belge qui, en Israël, dans les années 70, nous a fait rencontrer des habitants de kibboutz, des hommes d’affaires, des artistes… Les guides ont toujours été pour moi l’occasion de vraies rencontres, dont certaines, je dois dire, assez pittoresques.

L’exotisme, le vrai, c’est donc grâce à eux que je l’ai vécu. Au Brésil, par exemple, nous avons fait la connaissance, grâce à notre guide, d’indigènes qui administraient de petits villages dans la forêt amazonienne. Nous nous sommes intéressés à ces gens, et nous avons voulu investir pour eux, en leur offrant des pompes à eau. Le guide vous fait non seulement découvrir le pays et ses autochtones… mais aussi ce qui n’existe plus ! Ainsi, je garde le souvenir d’un guide grec, une ancienne comédienne, une vraie tragédienne, qui faisait visiter les monuments antiques… et les ressuscitait avec un immense talent ! Théâtres, stades, palais, à force de mimes et de récits, elle faisait oublier le réel et vivre l’imaginaire. Par le biais des ambassades, j’ai pu faire d’autres rencontres, mais cela débouchait presque fatalement sur des relations d’affaires ; des hôteliers, par exemple, dont les établissements, de luxe bien sûr, sont susceptibles d’accueillir notre marque de champagne. J’apprécie les hôtels silencieux et parfaitement protégés de la lumière ; ceux qui permettent de se reposer en plein jour et de récupérer du décalage horaire.

Pour mes voyages touristiques, je m’adapte à n’importe quel genre d’hôtellerie. Ma chambre idéale… “cela dépend de la personne avec laquelle vous la partagez”, comme le dit si bien Paul Morand. L’exigence de confort change aussi avec l’âge. Quand on est dans la première partie de sa vie, on privilégie la découverte et le dépaysement. En revanche, pour le senior, il n’est guère question de sacrifier le confort. J’aime aussi les voyages cousus main ; ceux qui débutent à l’agence, deux mois avant le départ… Un moment tellement agréable. C’est un peu comme dans une rencontre sentimentale, ce sont les dix premières minutes qui sont les plus séduisantes !

Six dates

1927 : Naissance de Claude Taittinger, fils de Pierre Taittinger, fondateur de la maison de champagne.

1949 : À 22 ans, il entre dans l’entreprise familiale.

1960 : Claude Taittinger devient directeur général de la société.

1965 : Il crée le Prix culinaire international Pierre Taittinger pour défendre la cuisine française et l’art culinaire.

1969 : Claude Taittinger devient président-directeur général du Champagne Taittinger et président du groupe Taittinger (hôtellerie, cristal, parfums).

1996 : Il publie son quatrième livre, “Champagne par Taittinger”.