
Congrès, colloques, visites préopératoires de patients… Ce sont des mots qui, pour moi, riment avec voyage. Pas très divertissant a priori ! Mon métier, cependant, m’a permis de voyager comme je n’aurais sans doute pas pu le faire à titre privé. Grâce à mes travaux, à partir de 1974- 1975, j’ai été invité partout dans le monde. Je fréquentais alors assidument les aéroports, un univers de prime abord déroutant où je me suis, au fil du temps, senti de plus en plus à l’aise. Prendre l’avion est devenu pour moi un vrai plaisir, précisément à l’instant, après le décollage, où l’on passe au-dessus des nuages. Une sensation de libération unique ! Une plénitude que l’on n’éprouve que dans la cabine d’un avion. J’ai d’ailleurs toujours demandé des sièges près du hublot ; pour ne rien perdre du spectacle. Cela a été particulièrement payant le jour où mon avion est passé au-dessus du Groenland, lorsque soudain, dans une trouée de nuages, j’ai découvert un extraordinaire paysage de glace !
Un autre jour, j’ai interrompu mon travail pour interroger mon voisin : “Je crois que vous êtes Philippe Noiret…” “Et vous, le professeur Cabrol !”, m’a-t-il répondu. Nous avons longuement discuté jusqu’à nous apercevoir que nous avions sans doute joué au football ensemble, lorsque, bien plus jeunes, nous étions, lui chez les Oratoriens, et moi chez les Maristes !
Des rencontres, j’en ai fait beaucoup, mais surtout avec les jeunes Tahitiens que je voyais chez eux avant de les faire venir à Paris pour les opérer. J’arrivais à 6 heures du matin et, souvent, tout en m’étant promis de me coucher tout de suite, je me laissais directement emmener au marché, celui des poissons multicolores… J’y voyais mes anciens patients : dans presque tous les villages, j’avais opéré quelqu’un. Un samedi soir, on m’annonça qu’un jeune motard “en bringue”, comme on dit là-bas, était entré dans un cocotier : rupture de l’aorte. Impossible de l’envoyer en Australie ou en Nouvelle-Zélande ; il serait mort dans l’avion. J’ai dormi deux heures avant de me lancer dans une opération qui s’est bien passée.
Parmi mes voyages éclairs, Hanoï arrive sans conteste au tout premier plan. Jacques Chirac, alors maire de Paris, partait dans la région ; il tenait à visiter les hôpitaux de la capitale vietnamienne. On lui avait indiqué que je les connaissais bien. Pour le guider, j’y suis donc allé pour une seule et unique journée.
Mon implication en politique a duré plus longtemps ! Je suis d’ailleurs toujours conseiller de Paris. J’ai également été membre du Parlement européen. Autant dire que le Thalys, je connais ! Aujourd’hui, je privilégie la voiture pour me rendre dans ma maison de Bretagne ou dans celle de ma femme, en Lozère… il s’agit là de déplacements à titre privé ! Je n’en avais pas fait depuis des années. Depuis deux périples en voiture, sentimentalement forts : le premier avec mes parents, le second avec ma femme pour notre voyage de noces. Personnels, certes, mais qui ont tout de même précédé ou suivi des congrès… Toujours et encore !
Propos recueillis par Karin Filhoulaud
Six dates
1925 Naissance le 16 septembre, à Chézy-sur-Marne, dans l’Aisne.
1968 Christian Cabrol effectue la première greffe du cœur réalisée en Europe.
1982 Il conduit la première greffe du cœur et des poumons entreprise en Europe.
1986 Il réalise la première implantation d’un cœur artificiel en France.
2000 Il crée avec ses collègues l’Institut de cardiologie du groupe Pitié- Salpêtrière.
2006 Il publie un nouveau livre, “De tout cœur” (éd. Odile Jacob).




















