
Quel est l’impact à l’augmentation récente de la taxe de solidarité entrée en vigueur le 1er mars dernier ?
Réginald Otten – C’est encore tôt pour juger l’impact de cette taxe parce qu’elle vient tout juste d’entrer en vigueur. Nous ne sommes pas contents, on est contre, on a été très critique du risque qu’elle comporte pour le passager, pour le pouvoir d’achat français, pour la démocratisation de l’aérien et pour la connectivité des territoires parce que les prix vont augmenter automatiquement. Nous-mêmes avons augmenté le prix d’un vol de plus de 5 € en raison de la taxe.

Quel est l’impact à l’augmentation récente de la taxe de solidarité entrée en vigueur le 1er mars dernier ?
Réginald Otten – C’est encore tôt pour juger l’impact de cette taxe parce qu’elle vient tout juste d’entrer en vigueur. Nous ne sommes pas contents, on est contre, on a été très critique du risque qu’elle comporte pour le passager, pour le pouvoir d’achat français, pour la démocratisation de l’aérien et pour la connectivité des territoires parce que les prix vont augmenter automatiquement. Nous-mêmes avons augmenté le prix d’un vol de plus de 5 € en raison de la taxe.

Cela dit, il faut que l’on suive ce qui va se passer dans les prochaines semaines. Les réservations pour avril sont déjà bien avancées. Donc même avec l’arrivée des vacances de Pâques, on aura du mal à sentir un quelconque impact. En revanche, la saison été va être clé, car c’est la période la plus importante pour une compagnie aérienne. On devrait ressentir l’impact de cette taxe avec les vacances. En effet les familles qui partent à 4 ou 5 voyageurs se prennent un triplement de cette taxe sur leur prix du billet. C’est puissant et ça va faire mal.
L’augmentation de la taxe a-t-elle remis en question votre expansion en France ?
Réginald Otten – L’élément qui nous inquiète le plus, c’est l’impact de la taxe sur les lignes intérieures. En effet, sur le domestique, on a double taxation, sur l’aller et le retour. Ce qui affecte potentiellement les voyageurs d’affaires. De plus, les voyageurs d’affaires réservent généralement très tard. C’est un coût supplémentaire sur le prix des billets. On pourra juger de l’évolution de la demande à la rentrée de septembre quand les entreprises préparent leur budget voyages. Enfin, un autre marché qui sera impacté est celui des touristes venant en France. Ils risquent de faire des choix de destination de pays européens où les taxes sont moindres, ou même inexistantes.
Appelle-t-elle ainsi à une prudence stratégique vis-à-vis du marché français ?
Réginald Otten – Si la demande n’est plus là, cela aura bien sûr des conséquences sur le nombre de fréquences, le réseau ainsi que les connectivités offertes. En tant que compagnie low-cost leader en Europe, nous avons la possibilité d’aller nous développer dans d’autres villes ou d’autres pays européens, parce qu’on a la taille et les moyens de le faire.
Pensez-vous profiter des effets d’annonce de Ryanair qui veut réduire son activité en France ?
Réginald Otten – On regarde ce que fait la concurrence, notamment si Ryanair s’en va. On est déjà très bien implanté en France. Nous sommes de fait la deuxième compagnie derrière le groupe Air France et même la première compagnie en région. On a par exemple très vite réagi après le départ de Ryanair à Bordeaux. Nous sommes déjà la première compagnie en volume sur cet aéroport. On a augmenté l’offre et annoncé de nombreuses nouveautés, là où Ryanair n’était plus présent. Nous avons six nouvelles lignes cet été. Avec Edimbourg, mais aussi Rabat et Rome-Fiumicino, exploitées précédemment par Ryanair. On a aussi renforcé les lignes existantes, comme Marrakech et Bordeaux-Marseille, où on a près de 50% de voyageurs d’affaires sur certains jours. Néanmoins, les décisions de Ryanair ne sont pas non plus un élément clé de notre stratégie. On ne s’installe pas systématiquement dans les aéroports que Ryanair quitte. Même si un départ de Ryanair ouvre des opportunités.
Comment se profile cette saison d’été 2025 au global ?
Réginald Otten – Pour l’été 2025, on est stable au global après avoir fortement augmenté notre offre cet hiver avec 5% de capacités supplémentaires. Nous nous sommes concentrés en effet sur la saison hiver, afin notamment de réduire les pertes. Cela a marché : nous avons annoncé dans nos résultats du premier trimestre avoir baissé de 50% les pertes sur la saison hivernale.

Comment s’annonce la saison été pour les aéroports français ?
Réginald Otten – Notre stratégie en France reste notre renforcement sur les lignes domestiques afin d’offrir un produit intéressant aux voyageurs d’affaires. Lorsque je parle de stabilité de l’offre, il y a malgré tout quelques « poches de croissance » dans l’Hexagone. A Lyon et Nantes, on augmente notre trafic, en basant un avion de plus dans chacune de ces villes. Lyon aura ainsi 7 avions basés et Nantes 4, et la croissance devrait être au rendez-vous ! On a aussi Orly qui se développe, puisqu’on y a récupéré des créneaux horaires et nous y baserons un septième avion. On ouvre cet été un Orly-Skopje en Macédoine du Nord et développons Orly-Sofia. Notre plus grosse base en France reste cependant celle de Roissy CDG avec 9 avions. De fait, nous sommes la deuxième plus importante compagnie aérienne à Paris.
Parlons un peu du marché d’affaires. Quelles perspectives en 2025 ?
Réginald Otten – C’est un marché important pour easyJet. Sur l’ensemble de notre réseau, le segment affaires représente 14%. Mais en France, il monte à 20%. Avec sur certaines lignes des chiffres encore supérieurs. Sur Bordeaux-Marseille, le trafic affaires représente 43% en moyenne. Sur Lyon-Toulouse, on atteint presque 50%. C’est d’autant plus remarquable que nous avons besoin de cette clientèle, qui souvent réserve tard, a besoin de flexibilité et paye plus cher, pour rentabiliser ces lignes. Le voyageur d’affaires reste ainsi un élément clé dans notre stratégie, notamment sur les lignes domestiques France avec nos navettes. Orly-Nice c’est 8 vols par jour et 11 à 12 vols quotidiens au total avec Roissy sur certains jours en été. Lyon-Bordeaux par exemple, c’est de 4 à 5 vols quotidiens…
La régularité du voyageur d’affaires nous conforte dans notre désir de réduire nos pertes en hiver. Et pour attirer cette clientèle, il est nécessaire d’offrir des vols entre des villes qui sont des capitales européennes ou des métropoles économiques. EasyJet est la compagnie qui permet la connectivité des régions et des territoires français. On s’est par exemple récemment réimplanté à Strasbourg avec 100 000 sièges sur une demi-douzaine de destinations. Et des voyages d’affaires qui représentent une moyenne de 14% sur l’ensemble du trafic !
Quels sont les marchés d’affaires les plus porteurs depuis la France pour easyJet ?
Réginald Otten – Hors marché domestique, la demande affaires depuis la France est importante sur Londres mais aussi vers Glasgow et Manchester. Sinon, on a une forte proportion de voyageurs d’affaires avec la Suisse, notamment sur Bâle-Mulhouse et Genève ainsi que sur Barcelone, Milan, Venise et Berlin. Sur l’axe Paris-Berlin, on constate par exemple 16% de trafic affaires.
Quels produits pour attirer la clientèle affaires française ?
Réginald Otten – Avant tout, je veux parler de la régularité de l’offre avec de bons horaires et de nombreuses fréquences depuis les principaux aéroports. C’est un axe clé car il correspond à ce qu’attend le voyageur d’affaires. Côté produit, pour fidéliser les clients, on a retravaillé l’offre easyJet Plus. Notamment sur la partie business travel. Elle est disponible sur un site dédié refait avec une offre easyJet Plus Pro business qui permet d’acheter jusqu’à 250 abonnements pour les salariés d’une entreprise. On a aussi une page dédiée à la gestion de ces abonnements et une offre en cours de 1 carte gratuite pour 10 achetées pour les entreprises. Le produit lui-même inclut de nombreux services easyJet, comme le 2eme bagage cabine classique inclus, le siège réservé, le coupe-fil dans 50 aéroports ou l’embarquement et dépôt de bagage prioritaires. Ou encore changer de vol en dernière minute. L’abonnement de 298 € se rentabilise très vite, généralement après cinq vols. Avec le départ d’Air France du domestique, ce type de produit est important pour les hommes d’affaires.
Quid de salons sur les aéroports en France ?
Réginald Otten – On travaille toujours à l’amélioration de easyjet Plus. On a déjà des promotions sur les locations de voiture et les hôtels qui sont disponibles sur easyjet Plus. Concernant les salons, on a un accord au Royaume-Uni avec un partenaire sur sept aéroports, incluant un très grand lounge à Gatwick, notre base aérienne numéro 1. On étudie ce type d’offre pour le reste de l’Europe…

















