Aérien : vous reprendrez bien un peu de taxes…

Le secteur aérien pourrait être impacté par une nouvelle taxe, ciblant les classes affaires et first, ainsi que les jets privés.
Une nouvelle taxe à l'étude dans le secteur aérien
Une nouvelle taxe à l'étude dans le secteur aérien (Luc Citrinot)

Les patrons des compagnies aériennes ne goûteront pas forcément le comique de répétition… A peine entrée en vigueur la hausse de la taxe de solidarité, un autre tribut est à l’étude au sein de huit pays. Cette coalition éclectique rassemble, aux côtés de la France, le Kenya, la Barbade, l’Espagne, la Somalie, le Bénin, la Sierra Leone et Antigua-et-Barbuda. Ciment de cette alliance : « la contribution des premium flyers à des transitions équitables et à la résilience », selon l’Elysée.

Cette « initiative transformatrice » a été annoncée en marge de la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement, organisée à Séville. La coalition s’est fixée pour mission, d’après le communiqué publié par l’Elysée, « d’augmenter le nombre de pays appliquant des taxes sur les billets d’avion, y compris sur les voyages premium, et de taxer les jets privés sur la base des meilleures pratiques, tout en garantissant une harmonisation vers le haut et une plus grande progressivité dans les pays qui ont déjà mis en place de telles taxes ». Les classes avant et l’aviation d’affaires sont donc explicitement dans le viseur de cette nouvelle alliance, qui mise sur le soutien technique de la Commission européenne.

Sans surprise, l’association internationale du transport aérien (IATA) a rapidement réagi à l’annonce. Ses responsables remettent notamment en question les calculs de la coalition, et surtout le montant que pourrait générer cette taxe qui serait « environ trois fois supérieur au bénéfice mondial estimé du secteur aérien ». En outre, IATA rappelle les investissements engagés par les compagnies et l’objectif d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, « un effort qui devrait coûter 4 700 milliards de dollars entre 2024 et 2050 ». Par ailleurs, les dirigeants de IATA estiment que la coalition ne tient pas compte du rôle du système CORSIA portant sur la compensation et de réduction des émissions de carbone pour l’aviation internationale.

La France compte parmi les huit pays qui planchent sur une nouvelle taxe aérienne
La France compte parmi les huit pays qui planchent sur une nouvelle taxe aérienne

Fidèle à son habitude, le patron de l’association ne s’est pas fait prier pour dégainer quelques bons mots à l’adresse des partisans d’une nouvelle taxe. « Le secteur aérien est un catalyseur économique, pas une vache à lait », assène Willie Walsh. Le directeur général de IATA poursuit : « les gouvernements suggèrent sans sourciller d’imposer aux voyageurs une taxe trois fois supérieure au bénéfice annuel du secteur aérien, sans tenir compte des répercussions concrètes pour une industrie qui est vitale pour les communautés isolées, dynamise les marchés touristiques et relie les produits locaux aux marchés mondiaux. De plus, bien que les modalités de la proposition du GSLTF (Global Solidarity Levies Task Force) ne soient pas précisées, l’histoire nous montre que ces taxes sont simplement versées au Trésor public, et que la plupart, voire la totalité, des recettes générées ne sont pas affectées à l’adaptation au changement climatique ».

Willie Walsh poursuit : « Le GSLTF affirme que ses taxes de solidarité n’augmenteront pas le coût de la vie des citoyens ordinaires et n’auront pas d’impact sur les factures des ménages. C’est faux. En fin de compte, si elles sont suivies, les recommandations du GSLTF augmenteront le coût des voyages aériens pour tous les voyageurs et feront plus de mal que de bien. Prélever des dizaines de milliards sur l’aviation paralysera sa capacité à investir pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, modifiera la dynamique des liaisons au détriment de la connectivité et privera les pays du soutien économique essentiel que leur apporte le transport aérien ».

Pour Willie Walsh, pas question pour autant de faire l’autruche en matière de développement durable : « Soyons clairs, les compagnies aériennes ne se soustraient pas à leur part de responsabilité dans l’atténuation des effets du changement climatique. Le secteur fait tout son possible pour atteindre la neutralité carbone grâce à des carburants durables pour l’aviation (SAF), à des opérations plus efficaces et à de meilleures technologies. La dernière chose dont ces efforts ont besoin, c’est d’une taxe de 90 milliards de dollars qui leur porte un coup fatal. En ce qui concerne le transport aérien, les objectifs du GSLTF pourraient être mieux réalisés en soutenant les investissements dans la production de SAF afin que les compagnies aériennes puissent assurer la prospérité en connectant les personnes et les entreprises aux opportunités mondiales », conclut M. Walsh.

Olivier Jankovec, directeur général d’ACI Europe, a également taclé le projet : « Taxer l’aviation revient à se tirer une balle dans le pied sur le plan socio-économique et constitue une mesure contre-productive tant pour le développement que pour l’action climatique. Nous ne pouvons pas mâcher nos mots pour dénoncer cette nouvelle proposition. Elle ignore le fait que ce qui distingue précisément l’aviation des autres secteurs, c’est sa capacité à soutenir une activité économique plus large et à générer un large éventail de résultats positifs pour la société, allant de la réduction de la pauvreté à l’égalité des sexes et à une éducation de qualité. Elle entravera également la progression vers notre objectif commun de zéro émission nette en détournant des fonds indispensables à ce secteur. Cibler la connectivité aérienne en traitant l’aviation comme une vache à lait est un autre symptôme du manque de vision à long terme des gouvernements ».

Hasard du calendrier, alors que ce nouveau projet de taxation était dévoilé, la Suède a pour a part décidé de supprimer sa taxe aérienne à compter de ce mois de juillet. Une décision au timing pour le moins ironique au pays de Greta Thunberg et du flygskam, et qui doit préserver la compétitivité du ciel suédois…