Aéroports parisiens (2/2) : des standards dignes d’un grand aéroport international pour Paris-Beauvais

Paris-Beauvais est l'aéroport qui connaît la plus forte croissance de France. D'où l'urgence de se transformer pour s'approcher des grands aéroports internationaux, comme le décrit Anthony Martin, Président exécutif de Bellova, la filiale gérant l'aéroport pour Egis.
Anthony Martin, Président Exécutif de Paris-Beauvais aéroport (Photo: aéroport)

Quels résultats de trafic pour 2024 et quelles sont les perspectives en 2025 ?

Anthony Martin – Paris-Beauvais se caractérise par un trafic très dynamique après les années Covid. Nous avons connu de fait une croissance de plus de 64% depuis 2019. L’an passé, Paris-Beauvais a accueilli 6,56 millions de passagers, en hausse de 16,3% par rapport à 2023. Le début de l’année confirme la poursuite de la croissance. Sur les deux premiers mois de 2025, le nombre de passagers est en augmentation de plus de 10%. Avec des taux de remplissage particulièrement élevés.

Comment gérez-vous ce développement si rapide ?

Anthony Martin – C’est vrai que cette très forte croissance génère des problèmes de capacités, notamment durant la saison d’été. Les pics de trafic en termes de mouvements se situent notamment entre 6h00 et 6h30, avec le départ des cinq avions de la base Ryanair. Intervient une seconde vague entre 8h00 et 9h00 – de fait, la plus importante de la journée. Deux autres vagues suivent, entre 17h00 et 18h00 puis entre 20h00 et 21h00 quand les avions retournent sur leur base. C’est là que l’on constate des goulets d’étranglement. On travaille donc en partenariat avec les compagnies aériennes pour étaler davantage les créneaux horaires. Ce n’est pas toujours simple, notamment pour les compagnies ayant une base à Beauvais. Elles sont en effet plus rigides car elles doivent maximiser l’usage de leurs avions.

Comment adaptez-vous vos installations ?

Anthony Martin – On a procédé à une extension avant la tenue des JO. Elle a porté sur un plus grand nombre de postes d’inspection de sécurité, désormais au nombre de six. On a également procédé à l’extension des salles d’embarquement et créé un nouveau circuit pour les arrivées avec un bâtiment dédié. Ce sont des mesures d’urgence avant le lancement d’un grand projet d’expansion qui va permettre de tripler la surface des aérogares. Elles passeront de 15,000 m² à 43,000 m². Ce projet est avant tout destiné à apporter plus de confort aux passagers.

Extension de l’aéroport de Paris Beauvais
Extension de l’aéroport de Paris Beauvais – extérieurs. (Image : Ameller Dubois)

Pouvez-vous détailler cette future expansion ?

Anthony Martin – Le design préliminaire prévoit un nouveau bâtiment qui servira de jonction entre les actuels terminaux 1 et 2. On va utiliser au maximum le bâti existant. Le nouveau bâtiment a été conçu par l’agence d’architecture Ameller-Dubois qui a créé une structure de bois et de métal, répondant à des normes environnementales élevées. Il s’étalera sur deux niveaux. Le rez-de-chaussée se composera d’un hall public et d’un hall d’enregistrement. Les filtres de sécurité seront situés au second étage. Les passagers auront alors accès à une zone commerciale, un espace duty-free et rejoindront une nouvelle jetée dédiée aux vols Schengen. Le nombre d’avions postés autour de l’aérogare devrait dans le même temps passer de 12 à 18.

Quel est le calendrier pour cet investissement ?

Anthony Martin – On espère obtenir tous les permis de construction nécessaires d’ici deux ans. Si les travaux débutent en 2027, la nouvelle structure devrait être opérationnelle en 2029. Le futur complexe aéroportuaire pourra accueillir quelque 8 millions de passagers pour 45 000 mouvements d’avion par an. Et probablement plus grâce à la mise en service d’avions plus grands.

Quelles destinations souhaiteriez-vous ajouter à votre réseau ?

Anthony Martin – On a une véritable spécificité sur l’Europe centrale avec des lignes sur des destinations qui ne sont pas desservies au départ d’Orly ou de Roissy. Ce sont des lignes de « niche » sur l’Albanie, la Moldavie, la Roumanie ou encore la Pologne. Si les conditions le permettent, nous espérons retrouver également des lignes sur l’Ukraine. Notamment vers Kharkov et Odessa outre Kiev et Lviv. Beauvais est aussi reliée à de nombreuses destinations méditerranéennes comme Trieste en Italie ou Santander en Espagne. On souhaiterait en Europe des vols sur l’Allemagne car nous n’avons rien pour le moment. Ainsi que des liaisons domestiques vers Marseille et Nice car il existe une demande réelle dans le bassin d’achalandage autour de l’aéroport. Enfin, nous travaillons à attirer des compagnies aériennes de l’Asie centrale car il existe aussi une demande.

Intérieur de la future aérogare
L’intérieur de la future aérogare (image : Ameller Dubois)

Existe-t-il des projets d’amélioration de la desserte terrestre ainsi que l’ajout de services sur le territoire de l’aéroport ?

Anthony Martin – La gare routière va être déplacée car elle va laisser place au futur bâtiment de jonction. On va également créer 2,000 places de parking supplémentaires. Mais il n’existe pas de projets pour le moment d’une desserte ferroviaire sur l’emprise aéroportuaire. Côté services, on souhaiterait voir l’addition d’une trentaine ou d’une quarantaine de chambres supplémentaires sur l’Ibis aéroport. Quant à une zone de services sur l’aéroport, nous sommes en fait à proximité d’une ZAC, la Novaparc, qui accueille de nombreuses entreprises.