A. Bernet (American Express) : « Des déplacements, mais pas à n’importe quel prix »

Arnaud Bernet, directeur de l'entité Entreprises, American Express France, revient sur les enseignements de la deuxième édition de l'enquête sur les déplacements professionnels réalisée avec Viavoice.
Arnaud Bernet, directeur de l'entité Entreprises, American Express France.
Arnaud Bernet, directeur de l'entité Entreprises, American Express France.

Le voyage d’affaires est-il un investissement toujours aussi stratégique aux yeux des entreprises ?

Arnaud Bernet – Plus que jamais, au vu des chiffres. Notre étude publiée en 2024 le montrait déjà, et celle de cette année le confirme d’autant plus : 96 % des entreprises nous disent réaliser des voyages d’affaires, soit 3 points de plus que l’année dernière. Plus de la moitié des dirigeants – 54 % pour être précis – estiment qu’il est impossible pour leur entreprise de se développer sans se déplacer. Pour les sociétés de plus de 500 employés, ce chiffre monte même à 69 %.

Quels sont les besoins qui motivent autant ces déplacements ?

A. B. – Il ressort de cette étude trois raisons principales. La première, c’est la nécessité pour les entreprises d’être présentes et actives sur leur marché. 65 % des dirigeants estiment qu’être visible, par exemple sur les événements sectoriels à l’image des salons, est essentiel pour leur développement. Le second motif, selon 64 % des dirigeants, est le besoin de rencontrer des prospects, pour leur développement commercial. Enfin et surtout, troisième cause, pour 68 % des dirigeants, il est toujours essentiel d’aller à la rencontre de ses clients existants, pour les fidéliser.

On parle souvent de déplacements plus longs, par exemple un seul voyage long-courrier, contre plusieurs allers-retours auparavant. Le constatez-vous ?

A. B. – C’est une tendance forte que nous notons en effet. Les allers-retours dans la journée restent encore majoritaires, mais sont en baisse par rapport à 2024. De 61 % l’an dernier, ce chiffre est descendu à 55 %. Alors qu’à l’inverse, les voyages de plusieurs jours – mais moins d’une semaine – sont, eux, en progression, en hausse de 4 pts, à 30 %. Cela pourrait traduire la volonté des entreprises de rendre chacun de leurs déplacements plus efficaces. Faire l’aller-retour sur la journée peut avoir son intérêt, mais il vaut parfois mieux regrouper plusieurs rendez-vous sur deux ou trois jours.

Vous observez une croissance importante des déplacements à l’international. Est-ce le cas pour tous les types d’entreprises ?

A. B. – Leur forte progression m’a beaucoup surpris. L’année dernière, 9 % des entreprises interrogées déclaraient faire des voyages à l’international. Cette année, on passe à 21 %. Soit une hausse assez impressionnante de 12 points. On a interrogé des entreprises de toutes tailles et cette dynamique est encore plus soutenue chez les PME, avec un chiffre qui s’élève à 36 %, contre 12 % en 2024 pour ces entreprises là. Si l’Europe est globalement majoritaire dans ces déplacements, une bonne part s’oriente aussi vers l’Américaine du Nord. Par exemple, en ce qui concerne les PME de 50 à 99 salariés, 37 % des voyages d’affaires concernent cette partie du monde et l’Asie dans 19% des cas.

Le climat économique et géopolitique incertain ne semble donc pas peser sur l’envie de voyager ?

A. B. – D’après les résultats de notre étude, on observe que les entreprises françaises continuent de se déplacer et cette tendance a progressé depuis un an. Les entreprises investissent dans les déplacements professionnels parce qu’elles ont compris l’impact qu’ils peuvent avoir sur la performance de leur organisation.

Pour autant, face à la croissance des voyages d’affaires, les entreprises évoquent comme principal défi la gestion des coûts et le suivi des dépenses.

A. B. – Le message principal, c’est « les déplacements, oui, mais pas à n’importe quel prix ». La maîtrise des coûts est, comme l’année dernière, le premier défi des entreprises, mais de façon encore plus marquée. L’aspect budgétaire a pris beaucoup plus d’importance aux yeux des dirigeants, passant de 35 % à 49 % des réponses, soit une progression de 14 points. Et, de façon logique, ce défi monte à 65 % pour les grandes entreprises, qui ont des organisations plus complexes. Le défi, pour ces sociétés et leurs travel managers, est de concilier un double objectif : participer à la croissance de l’entreprise en voyageant davantage, et d’autre part, maîtriser et contrôler le coût des déplacements.

Quelles solutions les entreprises ont-elles à leur disposition pour relever ce défi ?

A. B. – Les entreprises ont plusieurs solutions, mais elles peuvent surtout s’appuyer sur des experts et des partenaires. Pour les entreprises de plus de 250 salariés, 66 % sont équipées d’outil de gestion des notes de frais, 49% d’outils de réservation et 36 % s’appuient sur une agence de voyages. Quant à la mise en place d’un programme de cartes de paiement professionnelles, individuelles ou centralisées, elle est effective dans 59 % des grandes entreprises de plus de 500 salariés et dans 50% des ETI de 250 à 499 salariés.

Pour donner de la visibilité aux dépenses, les outils de gestion des notes de frais ou la digitalisation des processus de réservation sont des solutions clés. Un programme de cartes de paiement l’est-il tout autant ?

A. B. – Un programme de cartes professionnelles, individuelles ou centralisées, est jugé efficace par 94% des entreprises qui l’ont mis en place. Ce n’est pas anodin. Notre objectif est d’accompagner les entreprises pour les aider à piloter de manière globale et structurée ces déplacements. Pour cela, les entreprises ont besoin de visibilité sur leurs dépenses. Ce qui n’est pas aussi simple puisque beaucoup de dépenses peuvent sortir du circuit habituel d’approbation, comme par exemple des paiements faits via des cartes personnelles. Notre rôle est de fournir aux entreprises un programme clé en main pour une visibilité totale de toutes leurs dépenses. A partir de là, vous avez une meilleure vue sur le respect de la politique voyages de votre entreprise. Si certains voyageurs ne la respectent pas, cela veut dire, soit qu’il y a une meilleure communication à faire, soit que la politique voyage doit être adaptée en fonction de besoins qui n’auraient pas été identifiés auparavant.

Les reportings offerts par les moyens de paiement sont donc les plus complets ?

A. B. – Nos rapports peuvent intégrer l’ensemble des dépenses effectuées auprès des acteurs du voyage d’affaires, que ce soit l’aérien, le ferroviaire, l’hôtellerie ou la location de voiture…. Avec notre seul reporting, l’entreprise a une visibilité exhaustive sur l’ensemble des dépenses de voyages. Avec comme avantage, de meilleurs leviers de négociation. Je prends un exemple : si aujourd’hui, seulement 50% des réservations hôtelières sont effectuées selon la politique voyage de l’entreprise, elle ne va pas avoir une visibilité totale. Alors que si elle dispose de tous les éléments sur ses dépenses auprès d’un groupe hôtelier en général ou un établissement en particulier, sa marge de manœuvre pour négocier est plus forte. La dernière chose intéressante, avec le grand nombre de clients qui utilisent nos cartes, nous pouvons donner aux entreprises, de manière anonymisée évidemment, une vision des bonnes pratiques du marché, comme savoir par exemple si le tarif proposé sur les vols Paris-New York est compétitif par rapport à des entreprises de même taille, et qui font à peu près le même nombre de voyages. Ce qui va permettre au travel manager d’évaluer les performances d’achat et, en fonction, avoir des leviers de négociation auprès de son fournisseur.

Enquête American Express-Viavoice

Comment évolue le côté paiement du voyage d’affaires ?

A. B. – L’univers du voyage d’affaires est composé de multiples intervenants, avec chacun sa spécificité. Chaque fournisseur a une expertise qui lui est propre. Certains sont très techno, d’autres plus orientés sur la partie financement ou le reporting. De ce fait, l’interopérabilité entre tous les acteurs est clé. Il est essentiel, pour une entreprise, de s’assurer que les fournisseurs qu’elle va choisir pour chacune de ces étapes vont pouvoir interagir tous ensemble, avec des flux de data bien connectés.

Comment travaillez-vous sur ce sujet de l’interopérabilité ?

A. B. – Nous avons une équipe partenariats, dont la mission principale est de travailler avec l’ensemble des acteurs du marché. Que ce soient les compagnies aériennes, les loueurs de voitures et les groupes hôteliers, les agences de voyage et celles spécialisées dans l’hôtellerie, mais aussi les outils de réservation et de gestion des notes de frais. On s’assure aussi que les nouveaux entrants sur le marché soient connectés à nos outils, que nous puissions bien recevoir leurs flux de données et leur envoyer les nôtres, tout en respectant la RGPD, qui est un sujet très important pour nous aujourd’hui.

On parle de la visibilité sur les dépenses. Il y a un domaine que toutes les entreprises essaient d’optimiser, c’est le MICE. Quelle est votre réponse à ces attentes ?

A. B. – Le contexte du MICE est particulier. C’est une activité qui est non récurrente, avec des besoins spécifiques. On n’achète pas de la même manière une convention regroupant 2 000 personnes et une réunion de 50 collaborateurs. Au sein de l’entreprise, ce n’est pas toujours simple d’intégrer dans un ERP des fournisseurs qui peuvent être utilisés une seule fois par an, voire une seule fois tout court. Ça coûte du temps et de l’argent. Chez American Express, nous avons des cartes dédiées au MICE. Soit des cartes physiques plutôt destinées aux événements de taille réduite, soit des cartes virtuelles plus adaptées aux événements de taille importante. Nous accompagnons nos clients sur les dimensions de trésorerie et de reporting, ce qui est intéressant tant pour l’agence événementielle, qui a la garantie d’être payée en quelques jours, que pour nos clients qui sont vont bénéficier d’un délai de paiement allant jusqu’à 60 jours.

Face aux atouts des moyens de paiement, devez-vous encore convaincre les entreprises ?

A. B. – Aujourd’hui, American Express est accepté chez 160 millions de commerçants dans le monde et nous avons 146 millions de cartes en circulation (particuliers et entreprises confondus). Les acteurs de l’univers du voyage acceptent la carte American Express. Mon enjeu est de réussir à convaincre plus d’entreprises d’utiliser nos moyens de paiement. Notre rôle est d’expliquer la valeur des solutions American Express pour optimiser les dépenses liées aux déplacements professionnels et soutenir la performance économique des organisations. Par ailleurs, beaucoup de collaborateurs utilisent encore leur carte personnelle pour régler leurs frais professionnels, et subissent ainsi un décalage entre le paiement, l’envoi de la note de frais et le remboursement par l’entreprise. Alors qu’avec nos cartes, ils seront débités le mois d’après, laissant ainsi le temps nécessaire au processus d’établissement de note de frais puis de remboursement, de se dérouler.