
Comment se comporte actuellement le trafic de La Compagnie entre la France et les États-Unis ?
Christian Vernet – Nos résultats diffèrent quelque peu d’autres transporteurs puisque notre exercice fiscal court de novembre à octobre. Sur l’exercice 2024-2025, nous avons démarré très fort, avec une croissance importante des ventes et d’excellentes prévisions de trafic. Mais la situation s’est ensuite compliquée, avec l’élection du président Trump. Les campagnes anti-immigration et les difficultés liées aux visas ont jeté un froid. Beaucoup de voyageurs ont été dissuadés, avec des réseaux sociaux qui ont amplifié ces perceptions négatives.
Pourtant, le dollar plus faible aurait dû stimuler le tourisme français vers les États-Unis ?
Christian Vernet – En théorie, oui. Mais la réalité a été différente. À partir de mars-avril, on a constaté une baisse notable des réservations loisirs, environ -25 % selon le CETO. L’attractivité du pays reste certes forte. Mais les images de fouilles aux aéroports, les problèmes d’immigration ou simplement le climat politique ont découragé une partie des voyageurs européens.
Qu’en est-il du marché affaires français ?
Christian Vernet – A peu près un tiers de nos passagers sont actuellement corporate. Pour ce segment, il est clair que nous avons subi deux effets majeurs. Il y a eu ce fameux Liberation Day le 2 avril, qui a porté un signal un peu alarmant pour pratiquement tous les marchés d’affaires. Les annonces d’augmentations drastiques des droits de douane – qui ont, in fine, été multipliés par trois – ont créé une double incertitude : non seulement sur le plan des coûts pour faire du business, mais aussi sur la stabilité même du cadre économique. On se souvient sans doute des effets d’annonce « yo-yo » sur les droits de douane observés au printemps – en avril, mai, juin – avant que la situation ne se stabilise début juillet.
Les entreprises se montrent-elles alors plus réservées sur un voyage aux Etats-Unis ?
Christian Vernet – De toute évidence, les entreprises françaises qui travaillent avec les États-Unis, un marché de 350 millions d’habitants au pouvoir d’achat supérieur au nôtre, ont ralenti leurs activités. Face à un contexte aussi flou, les dirigeants préfèrent ainsi temporiser. Certains secteurs, comme l’automobile allemande, se sont même interrogés sur l’opportunité d’implanter des usines aux États-Unis pour contourner les hausses tarifaires. Ce climat d’incertitude génère logiquement un effet d’attentisme : les entreprises ont reporté leurs investissements, leurs projets, et, par conséquent, leurs déplacements professionnels. L’investissement et le voyage d’affaires sont très étroitement corrélés. Nous avons donc constaté une baisse notable des volumes sur le segment affaires, tant du côté européen qu’américain.
Et du côté américain, comment évolue votre clientèle ?
Christian Vernet – Environ 70 % des passagers de La Compagnie sont de fait Américains. Sur le segment premium – notre cœur de marché –, la demande reste solide. Cette clientèle est de fait moins sensible aux prix et continue de venir en Europe, notamment sur la Côte d’Azur. En revanche, sur le loisir, on sent un léger ralentissement.
Le contexte géopolitique (Ukraine, Moyen-Orient…) n’inquiète-t-il pas vos clients américains ?
Christian Vernet – Pas vraiment. Les Américains ont une perception géographique particulière. Et je ne suis pas sûr qu’il y ait un rapprochement entre ce qui se passe en Ukraine et Paris, qui reste malgré tout loin des zones de tension. C’est heureux à ce stade qu’il n ‘y ait pas de sentiment d’insécurité. De fait il y a peut-être plus d’insécurité aux États-Unis aujourd’hui que chez nous en Europe.
Qu’en est-il de vos résultats économiques ?
Christian Vernet – Malgré une légère baisse du nombre de passagers, notre chiffre d’affaires reste bon, grâce à des tarifs moyens plus élevés et à des prix du carburant stables. Nous devrions dépasser à nouveau les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Quel a été l’impact des difficultés constatées sur l’aéroport de Newark?
Christian Vernet – Au printemps, des incidents techniques du contrôle aérien ont perturbé le trafic et créé un effet de report vers JFK. Cela nous a pénalisés, mais la situation est depuis revenue à la normale.
Comment préparez-vous 2026 ?
Christian Vernet – Nous restons concentrés sur nos lignes principales : Paris–New York, Milan–New York et Nice–New York. Nous étudions ainsi une possible augmentation de capacité depuis Paris et Milan. Un troisième Airbus A321neo arrivera fin 2026 avec quelques mois de retard. Et nous envisageons déjà un quatrième appareil pour 2028, probablement un A321XLR. Cela ouvrira la porte à de nouvelles destinations européennes ou plus lointaines, comme l’océan Indien par exemple.
Pas de projets vers le Canada ou le Golfe ?
Christian Vernet – Pas dans l’immédiat. Ce sont des marchés déjà très disputés par les grands acteurs. Mais avec l’arrivée du XLR, tout devient possible. Nous regardons aussi des destinations européennes génératrices de trafic car forte économiquement. L’ajout de nouvelles destinations sera une étape de développement ultérieure.
Vous évoquez souvent le confort à bord. Des nouveautés prévues ?
Christian Vernet – Oui, sur les prochains avions : nouvelles cabines Airspace, coffres à bagages plus grands, écrans individuels plus larges avec Bluetooth, ports USB-C, et tablettes de siège repensées. Ce sont des améliorations qui comptent beaucoup pour nos clients premium.

















