
Vous avez récemment communiqué sur une tendance : des lieux historiques qui se reconvertissent pour accueillir des événements d’entreprise. Est-ce vraiment nouveau ?
Laurent Gabard – Non, pas vraiment. Personnellement, je travaillais autrefois chez un opérateur qui, à Lyon avec l’Hôtel-Dieu, ou à Marseille, allait chercher des lieux patrimoniaux emblématiques pour en faire des hôtels complètement hors normes au cœur de la ville. Donc cette tendance n’est pas forcément nouvelle. Mais ce qui est certain, c’est qu’en ce moment, beaucoup de lieux sont en train d’être transformés. L’exemple type, c’est la Cité du cinéma, qui accueille désormais de façon officielle séminaires et journées d’études avec une offre très sophistiquée.
Comment expliquez-vous cet engouement ?
Laurent Gabard – Il y a selon moi deux facteurs qui se combinent. D’un côté, des mairies, des entreprises locales qui veulent faire revivre des monuments ou des lieux tombés à l’abandon, et recréer de l’emploi local. De l’autre, une demande événementielle de plus en plus locale. Dans le cadre de la RSE, les entreprises se rapprochent de plus en plus de leurs sites. On fait moins monter les gens à Paris, on organise davantage de choses en local. Mais surtout, c’est une tendance sociétale profonde. Les Français sont très sensibles à la réhabilitation des lieux et à la préservation du patrimoine. Selon un sondage Odoxa, 90 % des Français jugent le patrimoine de proximité important, et 54 % estiment que certains monuments locaux sont menacés. Le fait qu’une entreprise organise un événement dans ces lieux, c’est aussi contribuer à la vie locale et montrer à ses salariés qu’on se préoccupe de ce patrimoine.

Quels sont les critères qui font qu’un lieu reconverti fonctionne bien pour l’événementiel d’entreprise ?
Laurent Gabard – La proximité du centre-ville, évidemment, l’accessibilité et la modularité, cette capacité à adapter les espaces, à créer des sous-espaces pour des événements plus larges. Les capacités audiovisuelles comptent aussi : on a de plus en plus besoin de grands écrans, de scénographies évoluées, parfois avec de l’IA. Et ces lieux offrent en général de grandes capacités. La Cité du cinéma, par exemple, peut accueillir jusqu’à six mille personnes — c’est incomparable avec un hôtel en centre-ville.
Ces lieux ont pourtant une histoire qui implique des contraintes, notamment logistiques…
Laurent Gabard – Oui, mais ce n’est pas un problème en soi. C’est surtout une question de budget. Aujourd’hui, les architectes savent très bien réaliser ces transformations en intégrant les contraintes dès la conception. C’est plus simple quand on pense à la polyvalence et au MICE dès le départ du projet. Et puis, dans beaucoup de ces projets, les instances locales sont très impliquées — mairies, conseils départementaux, offices du tourisme. Ce sont des signatures locales, une façon de promouvoir la destination. Ça apporte une vraie valeur ajoutée pour l’exploitant du lieu.

Ces lieux s’adressent-ils donc plutôt à des événements institutionnels ?
Laurent Gabard – Pas nécessairement. On fait beaucoup d’événements pour des entreprises locales, dans des lieux locaux. Les chefs d’entreprise en France sont souvent très impliqués dans les CCI et les instances locales — et ces lieux sont naturellement des leviers pour eux. En général, on est plutôt sur des événements à partir d’une centaine de personnes. Ce ne sont pas des petites journées d’études, sauf si le lieu dispose de salles parfaitement adaptées.
Les lieux anciens impliquent-ils un tarif plus élevé ?
Laurent Gabard – Non, pas nécessairement. Mais ces lieux sont souvent choisis pour des événements à plus forte valeur ajoutée, avec davantage de scénographie et de moyens techniques. Cela a un coût. Mais pour un séminaire classique, on est souvent au même niveau tarifaire que dans d’autres types de lieux.
Comment est-ce que Rejolt s’adapte à cette tendance ?
Laurent Gabard – C’est avant tout une réponse aux attentes de nos clients. Nous assurons une veille constante sur toutes les ouvertures à venir. Quand un prescripteur se connecte à notre plateforme, il trouve directement, sur la page d’accueil, toutes les prochaines ouvertures filtrées par région et par type de lieu — hôtel, lieu événementiel, animation team building. Nous avons des ouvertures référencées jusqu’en février 2027. La nouveauté est un élément clé dans le choix d’un lieu, notamment pour les départements communication, les grands séminaires commerciaux ou les lancements de produits.

Cette tendance se retrouve-t-elle aussi à l’échelle européenne ?
Laurent Gabard – Oui, tout à fait. On retrouve ça en Angleterre, en Allemagne… Les lieux emblématiques sont très utilisés. Je lisais récemment quelque chose sur la Bourse d’Anvers, par exemple, très sollicitée pour l’événementiel. Les musées, les théâtres s’ouvrent de plus en plus à l’événementiel, avec des contraintes spécifiques mais une vraie dynamique. C’est partout pareil en Europe. Nous sommes d’ailleurs présents sur dix-sept pays avec plus de cinq mille prestataires référencés.
Un dernier mot sur le contexte international actuel et son impact sur le MICE ?
Laurent Gabard – Je voudrais pouvoir dire que je sais exactement où on va… Nous ne mesurons pas encore l’impact réel de la crise actuelle. Pour l’instant, nous ne constatons pas d’annulations. Les entreprises ont fait leurs budgets et organisent leurs événements jusqu’en juin. Mais je pense que la situation va finir par impacter les budgets. Le premier indicateur qui sera scruté, c’est le panier moyen par participant — c’était déjà le cas l’an dernier. L’impact est pour l’instant beaucoup plus immédiat sur les voyages individuels que sur l’événementiel, parce que les entreprises ont toujours besoin de rassembler leurs collaborateurs.


















