« Rendre sa noblesse à ce lieu emblématique » : E. Mendes, Grand Hôtel Roi René

Le renouveau du Grand Hôtel Roi René vient d'être célébré à Aix-en-Provence. Rencontre avec la directrice générale de l'établissement MGallery, Elisabeth Mendes.
Elisabeth Mendes, directrice générale de du Grand Hôtel Roi René
Elisabeth Mendes, directrice générale de du Grand Hôtel Roi René

La rénovation du Grand Hôtel Roi René vient de s’achever. Quelle était la philosophie qui a guidé ce projet ?

Elisabeth Mendes – L’idée, c’était de rendre sa noblesse à ce lieu emblématique. Respecter l’architecture de l’hôtel, et surtout mettre à l’honneur la Provence. La fresque à l’entrée, la couronne du Roy René, les fontaines, la végétation… On voit des olives un peu partout dans les décorations. Il y a un fil conducteur jusqu’au parasol du patio, avec ces couleurs ocre, terracotta. C’était d’être en continuité avec la ville d’Aix-en-Provence. Quand le client arrive dans l’hôtel, il se dit : « On est vraiment à Aix-en-Provence. »

Au-delà de l’esthétique, qu’est-ce qui change dans l’usage des espaces ?

Elisabeth Mendes – On souhaitait moderniser le lieu avec des espaces de vie accessibles toute la journée. On peut coworker au bar, dans le salon s’il est libre… Le client peut s’installer à sa guise. Le bar, par exemple, est désormais ouvert sur l’entrée — ce qui n’était pas le cas avant. Et il y a des prises électriques partout. Nous avons vraiment conçu un lieu de vie. Pas besoin d’être un client hébergé pour s’y sentir chez soi. Quand on voit le patio, on se croirait dans une terrasse en plein milieu du marché d’Aix. C’est assez théâtral, vivant toute la journée. Nous-mêmes, on se fait surprendre : on se dit « tiens, le client s’installe là » et à chaque fois, on découvre un nouvel angle. Quand je viens faire des rendez-vous, je m’assois et je me dis : « Cette assise n’est pas mal, l’angle est intéressant. » Tout a été bien conçu.

Comment décrire la nouvelle esthétique de l’hôtel ?

Elisabeth Mendes – L’établissement accorde une nouvelle place à l’art, avec notamment une mise en valeur du travail des céramistes. Il y a beaucoup de matières nobles. Ce n’est pas du surfait. Ça fait toute la différence. C’est du patrimoine, fait pour durer.

La rénovation change-t-elle votre positionnement commercial ?

Elisabeth Mendes – Oui. On souhaitait changer la segmentation et attirer plus de comités de direction haut de gamme. On commence à avoir ce type de clientèle, et on en aura de plus en plus. Il s’agit de trouver le bon client — des banques, des assurances, du pharmaceutique, des marques de luxe. On parle beaucoup anglais dans cet hôtel. Et madame le Maire, lors de sa visite, m’a dit : « Je vais revenir faire mes rendez-vous ici. » Quand on réussit ça, c’est vraiment superbe.

Comment gérez-vous la saisonnalité entre clientèle loisirs et clientèle affaires ?

Elisabeth Mendes – D’avril à octobre, je privilégie la clientèle loisirs, qui a un pouvoir d’achat considérable. Et d’octobre à mars, on laisse davantage de place au MICE, puisqu’on est en basse saison, avec moins d’attractivité touristique sur la ville. Mais la météo se décale tellement en ce moment que ça nous aide…

Aix-en-Provence semble discrète par rapport à Marseille ou Nice sur l’hôtellerie et le MICE. Est-ce un choix assumé, une forme de « force tranquille » ?

Elisabeth Mendes – Tout à fait. On ne veut pas devenir Barcelone ou Rome où il y a trop de monde. Je pense que la politique d’Aix-en-Provence, c’est de préserver les habitants, le cadre de vie. Et ça se vend très bien : des Américains réservent parfois un an ou deux à l’avance, précisément parce que c’est calme et apaisant. Les marchés provençaux, les musées accessibles à pied, l’année Cézanne… On sait pourquoi on vient ici. Ce n’est pas pour les mêmes raisons que l’on irait à Marseille ou à Nice.

Que manque-t-il à Aix-en-Provence pour aller plus loin sur le MICE ?

Elisabeth Mendes – Un centre de congrès mieux exploité. Il est à huit minutes à pied, il a trois grandes salles, mais il manque un peu de modernité. C’est un sujet que l’on relève régulièrement avec le club hôtelier. Il y a quatre ou cinq gros congrès par an, mais ce n’est pas suffisant par rapport à ce que Marseille draine par exemple, même si Aix ne veut pas — et ne doit pas — avoir la même capacité. Mais une rénovation du centre des congrès serait une vraie opportunité pour toute la destination.

Un dernier mot sur la vision qui guide cet établissement ?

Elisabeth Mendes – Nous ne sommes pas dans le volume. On préfère réduire la jauge plutôt que de sacrifier la qualité — que ce soit en restauration, en événementiel ou en hébergement. Un client séminaire a accès au même buffet petit-déjeuner, à la même piscine qu’un client loisirs qui paie sa chambre 350 euros. On ne fait pas de différence. C’est ça, le luxe selon nous, et c’est très apprécié. On veut que les clients reviennent, on veut les fidéliser. C’est la stratégie, la vision de ce nouvel établissement : du haut de gamme, fait correctement, en respectant le produit et en rayonnant avec toute la ville.