Voyageurs d’affaires LGBTQ+ : la sécurité, enjeu majeur des déplacements professionnels

Les entreprises doivent désormais évaluer les risques d'un déplacement professionnel pour les hommes et femmes d'affaires LGBTQ+ indiquent deux enquêtes de Booking.com et Riskline.
(Carte Riskline des pays à risques pour des voyageurs LGBTQ+)

Juin étant désormais reconnu comme le mois des fiertés, Booking.com et Riskline ont analysé quelles étaient les destinations à risques des populations LGBTQ+ ainsi que le challenge que peuvent constituer les déplacements professionnels…

Dans un marché mondial du voyage d’affaires en croissance exponentielle, puisqu’il devrait générer d’ici 2031 2 400 milliards de dollars, les entreprises doivent de fait garantir la sécurité et l’inclusion de tous leurs collaborateurs en déplacement.

Deux études publiées par Booking.com et Riskline montrent que les voyageurs LGBTQ+ demeurent particulièrement exposés à des risques juridiques, sociaux et professionnels, selon leur destination.

Voyage d’affaires et identité LGBTQ+ : mission impossible? 

Une première enquête internationale menée par Booking.com auprès de plus de 13 000 voyageurs LGBTQ+ dans 19 pays révèle une confiance encore fragile. Seule une personne sur deux déclare se sentir détendue lorsqu’elle voyage pour le travail, tandis que près d’un quart des répondants se disent anxieux avant ou pendant leurs déplacements professionnels.

Cette inquiétude repose sur des réalités concrètes, analyse le rapport de Booking.com. Près de 45 % des voyageurs interrogés affirment avoir déjà caché leur identité ou leur orientation sexuelle lors d’un déplacement professionnel afin d’éviter des situations potentiellement problématiques. Plus préoccupant encore, seuls 54 % estiment recevoir suffisamment d’informations sur les législations locales concernant les droits LGBTQ+ avant leur départ.

Pour les entreprises, ces préoccupations vont au-delà de la simple question du bien-être. Elles ont désormais des conséquences directes sur l’attractivité des employeurs et sur les carrières. Selon Booking.com, 42 % des salariés LGBTQ+ ont déjà refusé une opportunité professionnelle intéressante en raison de préoccupations liées à leur sécurité ou à l’absence de soutien de leur entreprise. Par ailleurs, 44 % déclarent avoir renoncé à postuler dans certaines sociétés faute de garanties suffisantes concernant les voyages professionnels.

(Tableaux: Booking.com)

80 pays seulement avec des risques minimes pour les personnes LGBTQ+

Cette problématique prend une dimension encore plus stratégique à la lumière de la nouvelle carte mondiale des risques LGBTQ+ publiée par Riskline. L’entreprise spécialisée dans l’intelligence voyage classe désormais 91 pays dans la catégorie la plus élevée pour des risques potentiels pour les voyageurs LGBTQ+; 62 pays présentent un niveau de « vigilance renforcé ». Seules 80 destinations dans la catégorie de préoccupation normale.

Selon l’analyse de Riskline, l’Europe occidentale demeure aujourd’hui la région la plus sûre pour les voyageurs LGBTQ+, tous les pays y étant classés en risque normal. À l’inverse, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord concentrent la majorité des destinations à haut risque. L’Afrique subsaharienne présente également un niveau d’exposition particulièrement élevé, avec près de 80 % des pays considérés comme à forte préoccupation.

« Avec 67 pays qui continuent de criminaliser les relations entre personnes de même sexe, les politiques voyages doivent refléter cette réalité », souligne Lorena Peña, responsable de l’équipe Travel Intelligence chez Riskline. « Pour les voyageurs LGBTQ+, qu’ils voyagent pour affaires ou pour loisirs, ces chiffres se traduisent par des risques juridiques, culturels et parfois physiques bien réels. »

L’année 2026 marque d’ailleurs un recul notable dans plusieurs régions du monde. Parmi les évolutions les plus préoccupantes figurent la criminalisation de l’homosexualité au Burkina Faso, le durcissement des sanctions au Sénégal, l’adoption de nouvelles restrictions en Slovaquie, la législation anti-« propagande LGBTQ+ » en Biélorussie ou encore les nouvelles contraintes imposées aux personnes transgenres en Inde. Aux États-Unis, la Cour suprême a validé la suppression du marqueur de genre « X » sur les passeports fédéraux.

Quelques avancées subsistent néanmoins. Sainte-Lucie a supprimé les dispositions pénalisant les relations homosexuelles masculines, tandis que le Botswana a définitivement retiré de son code pénal les articles criminalisant les relations entre personnes du même sexe.

Pour les gestionnaires voyages et les responsables de la mobilité internationale, ces évolutions soulignent l’importance croissante du « sens du devoir en entreprise », ce que l’anglais traduit par « duty of care« .

Les experts de Riskline estiment que les politiques standardisées ne suffisent plus à répondre à la diversité des profils de voyageurs. Les entreprises doivent donc intégrer des évaluations dynamiques des risques, tenant compte non seulement de la destination mais aussi du profil du voyageur, de l’évolution rapide des législations locales et des conditions sociales sur le terrain.

Les résultats de Booking.com vont dans le même sens. Plus de la moitié des répondants (58 %) affirment que l’existence de protections spécifiques pour les voyageurs LGBTQ+ influencerait leur choix d’employeur. Une communication plus transparente sur les risques, des ressources adaptées et une meilleure préparation avant le départ apparaissent désormais comme des facteurs essentiels pour instaurer la confiance.

Les politiques d’inclusion des entreprises deviennent ainsi un enjeu stratégique de gestion des talents autant qu’une responsabilité de sécurité. Pour les entreprises mondiales, garantir un environnement de voyage sûr et respectueux pour les collaborateurs LGBTQ+ s’apparente donc plus qu’à une simple question d’image.