
C’est une sorte de valise idéale, en forme de fiche cartonnée. J’ai fait une liste de tout ce qu’elle devait contenir, cette valise : deux robes de soirée pour éviter de remettre la même, des médicaments rangés dans de toutes petites boîtes pour ne pas être encombrée, des ciseaux et mon petit couteau dont je ne pourrais me passer, du papier à lettres, un bonnet de douche, mes indispensables livres… et même une machine à café et une petite bouilloire pour les tournages ! Il faut tout prévoir : les festivités, le chaud, le froid, l’humidité… j’oubliais le K-way, j’en emporte toujours un ou deux de ma collection !
Cette liste est le fruit d’une très longue expérience. Je la perfectionne, je l’actualise, voyage après voyage. Contrairement à ce que l’on pense souvent, je crois qu’en voyage, on a encore plus besoin de confort que lorsqu’on est chez soi. Dans une maison de campagne, la cuisine, finalement, ne doit-elle pas être deux fois plus perfectionnée qu’à la maison ? C’est là que l’on passe du temps à faire les choses et que l’on se fait plaisir, non ?
Le plaisir de voyager… il change au cours de la vie. Pour les jeunes, le goût du voyage est essentiel : ils doivent s’affranchir de tous ces lieux qui leur semblent impossibles, si lointains. Mais ensuite… J’ai plutôt tendance, aujourd’hui, à cultiver mon jardin dans le Gers ! Je n’ai plus cette fringale de voyages, cette envie d’aller voir ce que je n’ai pas encore découvert ! Il faut dire que j’ai beaucoup, beaucoup voyagé… Et pas comme un paquet postal : j’ai ouvert grands mes yeux et mes oreilles, j’ai humé, parlé avec les gens… Maintenant, j’ai l’impression que je rumine toutes les saveurs, les couleurs, les sensations de mes voyages. J’en ai fait mon univers.
Le tourisme pur, la visite seule, me barbent : partir juste pour regarder les gens… ça fait un peu zoo. Je préfère aller m’offrir aux autres, partager mes connaissances et ma culture, échanger. Au Cambodge, j’ai été décontenancée : je n’avais plus aucune référence devant cette culture pour moi inédite. Mes rencontres sont aussi parfois gourmandes : des mets, des aliments, une façon de cuisiner… J’ai été bouleversée par la nourriture cambodgienne – encore ! –, par la vietnamienne aussi, et la thaïlandaise bien sûr. La marocaine évidemment, car je suis née au Maroc.
Les festivals sont également un creuset de rencontres ! J’y vais pour me confronter aux autres cinémas, pour découvrir des artistes… À celui de Rio, qui n’existe plus, je me rappelle avoir été entraînée par Michel Legrand, encore peu connu, dans des caves, de vrais bouges, et y avoir passé des nuits entières à écouter des jazzmen incroyables ! Le Festival de Moscou, au début de ma carrière, m’a profondément marquée : je suis née de parents russes, mais je ne m’étais jamais rendue dans ce pays. J’ai découvert la Russie, d’un seul coup, et surtout, telle que je ne l’avais pas du tout imaginée… Dans la rue, je voyais des jeunes filles qui me ressemblaient : mon petit côté exceptionnel ne l’était, ici, plus du tout ! Je passais inaperçue ! De l’humilité, c’est avec cela qu’il faut partir en voyage… beaucoup d’humilité.
Huit dates
1940 : Naissance à Rabat, au Maroc.
1960 : Débuts au cinéma dans “Main chaude”, de Gérard Oury. “Une femme mariée” de Jean-Luc Godard (1964), lui vaudra un prix à Venise.
1968 : Tourne “Belle de jour” de Luis Buñuel.
1969 : Épouse un cinéaste italien et s’installe à Rome, où elle réalise une quinzaine de films.
1980 : De retour en France, elle tourne dans “Les Uns et les Autres” de Lelouch.
1982 : Son roman “La Star” paraît chez Grasset.
2000 : Commence une tournée mondiale avec un spectacle sur George Sand.
2004 : Publie deux romans : “Si je vous disais” et “Les mots des hommes”.




















