Booking.com recalé par la justice européenne sur l’acquisition de Etraveli

La justice européenne, par le biais du Tribunal de l'Union Européenne, a rejeté l'acquisition par Booking Holdings d'Etraveli, qui aurait à donné au premier une possibilité de proposer la réservation de vols et d'un hébergement sur un site unique. Au détriment de la concurrence.
L'acquisition refusée par l'UE d'Etraveli aurait permis à Booking.com d'intégrer directement la réservation de vols à celle d'hôtels (Capture d'écran site booking.com)

Un projet de rachat d’Etraveli par Booking Holdings, maison mère de Booking.com, vient de subir un sérieux revers à Bruxelles.

Le Tribunal de l’Union européenne a confirmé le 9 septembre la décision de la Commission européenne de bloquer cette opération de 1,63 milliard d’euros, estimant qu’elle aurait pu renforcer la position dominante de Booking Holdings sur le marché de la réservation hôtelière en ligne en intégrant un volet aviation.

L’acquisition devait permettre à Booking.com d’intégrer davantage la réservation de vols à son écosystème. Si l’entreprise suédoise Etraveli n’est guère connue du grand public, en revanche les voyageurs sont nombreux à utiliser les plateformes Gotogate et Mytrip pour réserver des vols. L’entreprise fournit également des technologies de distribution de contenus aériens avec TripStack.

Pour les autorités européennes de la concurrence, l’enjeu dépassait néanmoins largement le cadre du marché aérien. Leur crainte portait sur la capacité de Booking.com à utiliser l’activité vols d’Etraveli pour consolider sa puissance dans l’hôtellerie.

Le tribunal a de fait validé cette analyse. Il estime notamment que Booking Holdings aurait pu attirer de nouveaux clients grâce aux réservations aériennes, puis les orienter vers ses offres hôtelières. Cette mécanique aurait renforcer la domination de l’opérateur et créer de nouvelles barrières commerciales à l’entrée et à l’expansion des plateformes concurrentes de réservation d’hôtels.

La juridiction européenne a également retenu le principe de « reverse leveraging ». Dans ce scénario, Booking n’aurait pas utilisé sa position dominante dans l’hôtellerie pour entrer sur le marché aérien, mais aurait acquis une activité dans les vols afin de renforcer sa position initiale dans l’hôtellerie.

Pour sa défense, Booking Holdings avait plaidé que l’acquisition comportait de nombreux bénéfices pour les voyageurs, en proposant une offre de voyage plus intégrée, favorisant la réservation simultanée de vols et d’hôtels sur une plateforme unique. L’argument n’a visiblement pas fait mouche chez les juges.

Booking Holdings s’est ainsi déclaré « incroyablement déçu » par cette décision et affirme que l’analyse européenne est erronée sur le fond comme sur le droit. L’entreprise réfléchit désormais à saisir la juridiction au dessus du Tribunal de l’Union Européenne, en l’occurrence la Cour de justice de l’Union européenne, compétente pour examiner un éventuel recours sur des questions de droit. Le feuilleton n’est donc pas encore terminé…