Royaume-Uni : le contrôle aérien sous pression

Une nouvelle panne du système de contrôle aérien au Royaume-Uni a entraîné de fortes perturbations dans le ciel britannique, provoquant la colère des compagnies et mettant sur le grill le NATS.
Tour de contrôle de l'aéroport de Londres Heathrow. (c) Heathrow Airports Limited
Tour de contrôle de l'aéroport de Londres Heathrow. (c) Heathrow Airports Limited

Les derniers jours l’ont encore montré, le transport aérien est à la merci des aléas naturels comme des défaillances technologiques ou humaines. L’éruption, en Indonésie, du volcan Anak Krakatau le dimanche 6 septembre a perturbé le ciel asiatique, certes dans une moindre qu’avait pu le faire celle du Eyjafjallajökull en Islande et les plus de 100 000 vols annulés en avril 2010 en raison du panache de cendres pouvant endommager voire arrêter les réacteurs des avions en vol. Sept aéroports indonésiens à l’arrêt, 3000 vols annulés dont plus d’une centaine de liaisons internationales, 340 000 passagers touchés : l’incident n’est pas rester sans conséquences sur les déplacements dans la région le lundi 7, avant un retour progressif à la normale le lendemain.

Deux jours de perturbations : c’est aussi ce qu’a traversé le Royaume-Uni en milieu de semaine. Non pour des raisons indépendantes de la volonté humaine, mais en raison d’un dysfonctionnement du système de contrôle aérien. Une panne survenue chez le fournisseur britannique de services de contrôle aérien NATS (National Air Traffic Services) ; en l’occurrence un problème technique sur son site de Swanwick, détecté autour de 13h30 et progressivement résolu avant le début de soirée, et qui a empêché le départ des vols sur de nombreux aéroports de Londres à Dublin, en passant par ceux de Birmingham, Edimbourg et Liverpool.

En conséquence, des centaines de milliers de passagers se sont retrouvés pris dans les perturbations, avec des passagers obligés à débarquer, des terminaux engorgés… Au total, selon Cirium, plus de 1 700 vols ont été annulés mardi dernier et au moins 400 autres le mercredi avec effet «  cascade », les avions et les équipages devant être repositionnés à la suite des perturbations de la veille, et encore quelques-uns ce jeudi.

Si British Airways a annoncé qu’environ une centaine de ses vols avaient été annulés ou déroutés, Ryanair a sans doute été la compagnie la plus touchée avec plus de 200 vols annulés et 150 000 de ses passagers affectés. De quoi faire bondir la compagnie qui n’a pas attendu longtemps avant de demander la démission de Martin Rolfe, le directeur général de NATS. « Combien d’échecs supplémentaires les passagers devront-ils encore subir avant que Martin Rolfe, le PDG raté et surpayé de NATS, n’assume la responsabilité de sa mauvaise gestion répétée et ne démissionne ? », a déclaré Neal McMahon, le Chief Operating Officer de Ryanair pour qui la chose est claire : « Il est temps qu’il s’en aille ».

Des comptes à rendre pour NATS

Sans aller aussi loin, la compagnie Wizz Air estime qu’« une réforme urgente de NATS est nécessaire au regard de l’ambition du gouvernement d’étendre les capacités aériennes au Royaume-Uni ». Car cette défaillance des services de contrôle aérien n’est pas une première. Cette dernière panne fait suite à un autre incident technique en juillet 2025 et surtout à une perturbation majeure en août 2023, là aussi en plein cœur des vacances. Avec pour effet 2 000 vols annulés et 700 000 passagers affectés.

En parallèle, l’addition pour les compagnies de cet événement s’est élevée à une centaine de millions de livres d’indemnisations, puisque ces « circonstances extraordinaires » leur laissent la charge des compensations. Un système injuste pour l’association Airlines UK, les compagnies payant de ce fait « la facture des erreurs commises par d’autres, alors que les organisations responsables n’en subissent que peu, voire aucune conséquence financière », a déclaré son président Tim Alderslade, pour qui « La responsabilité devrait incomber à ceux qui en sont chargés, et le projet de loi sur l’aviation civile (Civil Aviation Bill) offre l’occasion d’y remédier. »

« Nous tenons à réitérer nos excuses auprès de toutes les personnes touchées – passagers, compagnies aériennes et aéroports – par le problème technique survenu hier au sein de notre système » : NATS a logiquement battu sa coulpe après le désordre engendré. Mais comment maintenant éviter ces incidents à répétition ? Suite à la vaste panne de 2023, un rapport d’enquête indépendant commandé par la Civil Aviation Authority avait formulé une trentaine de recommandations pour améliorer la gestion du contrôle aérien britannique.

Même cause, mêmes effets : l’autorité britannique de l’aviation civile a demandé un rapport complet à NATS et examinera si des mesures supplémentaires sont nécessaires pour améliorer la fiabilité du contrôle aérien du pays. « Si la priorité immédiate est d’apporter un soutien aux clients, comme il ne s’agit pas de la première panne de NATS à causer une perturbation généralisée, avait déclaré dès mardi Luke Petherbridge, directeur des relations publiques de l’association ABTA, le secteur et le public voudront des réponses quant à ce qui n’a pas fonctionné, aux leçons qui en sont tirées, et à la manière dont le système sera rendu plus résilient afin d’éviter que cela ne se reproduise. »