Quels sont les principaux défis de la GBTA en 2012 ?
Paul Tilstone – Cela fait un an environ que la GBTA a changé de forme, passant de la NBTA, dédiée aux Etats-Unis, à la GBTA, en intégrant la notion « globale ». Il ne s’agit pas d’un simple changement de nom, mais bien d’une nouvelle approche. L’association a réalisé que pour fournir une plus forte valeur ajoutée à ses membres, il lui fallait avoir une activité dans d’autres régions du monde, mais aussi mieux comprendre ces autres marchés, pour proposer davantage de ressources à ses membres. L’autre challenge revient à trouver un équilibre entre ce développement à l’international et les impératifs financiers, dans un monde où de nombreuses régions doivent faire face à des difficultés économiques. Il nous faut nous assurer que les nouvelles opérations que nous mettons en place sont viables, entrer sur les bons marchés et y adapter nos ressources.
Qu’en est-il de votre implantation en France ?
P. T. – Il était important pour nous de lancer une antenne française de la GBTA qui soit dirigée par des professionnels locaux, qui comprennent le marché, plutôt que de prendre des décisions depuis le Royaume-Uni. Il s’agit aussi pour nous de fournir des outils pratiques et des conseils aux acheteurs voyages en France. Nous avons réalisé qu’il nous fallait traduire les ressources mises à disposition en ligne, ou du moins une partie de ces ressources, en français, pour les nombreux interlocuteurs qui préfèrent y accéder dans leur propre langue.
Nous souhaitons également nous adresser à la communauté francophone dans son ensemble : mettre en relation les professionnels du voyage en France et leurs homologues au Canada, en Afrique du Nord ou ailleurs, et les intégrer au réseau des professionnels anglophones.
L’année 2012 a commencé avec un important développement au Brésil. Quelles sont les prochaines étapes de cette mondialisation de la GBTA ?
P. T. – Le Brésil est l’un des marchés dont la croissance est la plus dynamique, mais nous nous sommes également implantés en Asie cette année, avec des ressources dédiées, et en s’axant logiquement sur la Chine et l’Inde. Nous avons aussi comme projet de nous développer en Russie, plus tard cette année ou en 2013. L’ouverture sur ces quatre marchés – Brésil, Chine, Inde, et Russie – est particulièrement intéressante car elle permet un partage d’expérience entre des professionnels issus de marchés qui s’inscrivent dans une même dynamique de développement très rapide. Ils ont besoin que les infrastructures liées au travel management suivent le rythme, et il est important qu’ils apprennent les uns des autres. Nous nous sommes également lancés en Afrique il y a cinq ou six semaines. 2012 a donc été une année de développement très rapide pour la GBTA, et 2013 sera davantage axée sur le fait de consolider cette croissance, pas forcément de se tourner vers de nouveaux marchés, mais se focaliser sur les marchés que nous venons de pénétrer et nous assurer que nous y faisons les choses sérieusement, y compris en France.
Quel regard portez-vous sur le marché français du voyage d’affaires ?
P. T. – Je ne suis pas certain que tout le monde se rende bien compte à quel point la France est importante au sein du marché européen du voyage d’affaires. Il s’agit du troisième marché le plus important en termes de dépenses. Bien sûr la croissance est faible en 2012, mais les dépenses devraient repartir à la hausse dès 2013, à hauteur de 3% environ, principalement grâce au voyage domestique. Les échanges internationaux enregistrent le plus gros recul en ce moment en France, et en 2013, il ne progressera que très légèrement. Mais la puissance de son marché domestique protège la France d’une certaine façon. La France partage aussi des problématiques avec le reste de l’Europe : maintenir un contrôle sur la politique voyage alors que les voyageurs ont accès plus important à davantage de canaux directs de réservation via l’utilisation de smartphones, par exemple. C’est pourquoi il est important de mettre en contact les professionnels français avec leurs homologues d’autres pays.
Malgré la crise qui semble concentrer l’attention générale, parvenez-vous à vous projeter à plus long terme pour anticiper sur les enjeux de demain pour le voyage d’affaires ?
P. T. – Nous observons des tendances plus ou moins évidentes en termes de travel management. L’une d’entre elles concerne le besoin d’évaluer le retour sur investissement d’une réunion en « face to face ». Ikea par exemple est une entreprise très douée pour décider si les circonstances exigent d’envoyer quelqu’un sur place pour une réunion d’affaires, ou s’il est plus adapté d’utiliser l’alternative des nouvelles technologies. Cette bonne perception conditionne l’efficacité des négociations, et engendre de la croissance, car le voyage représente un gros investissement. Il ne s’agit pas simplement d’une question de coût financier du voyage à proprement parler. Cela concerne aussi et surtout le coût lié au temps consacré par les collaborateurs de l’entreprise à leurs interlocuteurs. Trouver le bon format de communication pour chaque dossier est particulièrement important, et devient de plus crucial avec le développement des nouvelles technologies au sein de l’entreprise.
Le dossier de la distribution constitue également d’après moi l’un des enjeux de demain. Le contrôle des coûts est d’autant plus décisif dans le contexte actuel, et il s’agit d’un dossier sur lequel il nous faudra travailler au cours des cinq prochaines années, pour aboutir à un système de distribution beaucoup plus efficace, adapté aux attentes des utilisateurs, et qui permette une gestion bien plus efficace du « travel management ». Ceci est lié, forcément, au comportement des voyageurs eux-mêmes, qui cherchent de plus en plus à contrôler directement leur environnement. Un voyageur d’affaire d’une entreprise donnée n’a pas les mêmes besoins que son homologue d’une autre société. Il nous faut donc créer des programmes adaptés, ajustés aux besoins de chacun, mais c’est très difficile quand vous cherchez à contrôler la politique voyages via des process standardisés. C’est un équilibre difficile à trouver, et ce sera l’un des défis de demain.
Etes-vous confiant quant à la capacité du secteur à relever ces défis ?
P. T. – Oui, le marché du voyage d’affaires est très créatif. Il a survécu à de nombreuses crises, au 11 Septembre, à des guerres, à des ralentissements économiques. Le secteur a su s’adapter et innover quand il était sous pression. Je suis donc très confiant pour l’avenir.
Que pensez-vous des différentes études qui pointent le caractère contre-productif d’une politique voyages ?
P. T. – Les partisans de l’idée selon laquelle toute politique voyage est mauvaise ont tort, comme ceux qui considèrent que c’est la réponse à tous les problèmes. Tout dépend du marché concerné, de la culture de l’entreprise, des régions du monde dans lesquelles elle se développe, de la démographie de ses équipes. Dans une entreprise comme Google, par exemple, dans laquelle les salariés vivent et respirent Google, et sont très au point sur les nouvelles technologies, accorder une grande autonomie aux voyageurs d’affaires est probablement la meilleure chose à faire. A l’inverse, une autre société aura besoin de contrôler de très près la politique voyage, sous peine d’aller droit dans le mur.
Où en est le dossier « trusted traveller program » ?
P. T. – C’est l’un des grands thèmes portés par la GBTA : nous aimerions que le «
trusted traveller program » soit développé à l’échelle internationale. Nous travaillons sur ce dossier avec IATA, et nous partageons des objectifs très proches à ce sujet, en vue de la mise en place dans les aéroports internationaux à travers le monde d’un programme de profilage volontaire des voyageurs fréquents, avec un passage simplifiée et accéléré aux contrôles de sécurité. Nous allons mettre l’accent sur ce dossier au cours des prochains mois.
Quel rapport entretient la GBTA avec le secteur MICE, dont l’intégration au sein de la politique voyages commence à s’installer dans les habitudes européennes ?
P. T. – Il est important pour chaque entreprise d’adopter une bonne vision stratégique sur ce secteur, c’est à dire bien déterminer la meilleure façon d’interagir avec ses interlocuteurs, aussi bien en interne qu’en externe. J’ai le sentiment que la limite entre le domaine du MICE et celui du travel management s’efface peu à peu. Nous avons conscience au sein de la GBTA que la gestion stratégique du secteur évènementiel constitue l’une des attentes de nos membres, et un volet de notre programme de formation y est d’ailleurs consacré. Mais nous allons approfondir ce dossier : nous sommes en train de développer notre offre concernant le secteur du MICE, et nous nous apprêtons à officialiser une démarche dans ce sens au cours des prochains mois.
Quel est votre point de vue sur le programme européen d’échange des quotas d’émission (ETS) ?
P. T. – La GBTA comprend le but de l’ETS, qui est bon principe en soi. Il doit y avoir un coût chiffré pour les émissions de carbone liées à l’aviation. Mais nous pensons qu’il devrait s’agir d’un programme global. D’autant que lancer un tel programme en Europe, étant donnée la situation économique actuelle, n’est probablement pas la décision la plus raisonnable. Sur ce point également, nous partageons le même
point de vue que IATA : il faudrait mettre en place un programme global.
Quel regard portez-vous sur les nouvelles technologies, et sur leur compatibilité parfois problématique avec une politique voyages encadrée ?
P. T. – Tout peut être très positif pour le voyage d’affaires si le bon outil est utilisé par la bonne entreprise. A l’inverse, cela peut être particulièrement néfaste et nuire au voyage d’affaires si l’on ne cerne pas la culture propre à chaque marché, si l’on implémente le mauvais outil simplement parce que les autres le font. Il s’agit aussi d’être flexible face à la mosaïque de choix en termes de technologies : d’une année sur l’autre, les outils, les partenaires les mieux adaptés évoluent. Il y a une forme de consolidation qui s’opère actuellement, les différents acteurs nouent des partenariats pour proposer une offre plus complète, mais il y aura toujours une mosaïque de produits, et l’entreprise devra toujours faire les bons choix pour le voyage d’affaires, être en mesure de déterminer les outils les mieux adaptés à son marché.
Les voyageurs d’affaires quant à eux veulent pouvoir accéder, dès leur départ pour l’aéroport, à toutes les informations sur leur trajet depuis un seul appareil mobile. C’est ce qui rend l’expérience du voyage d’affaires bien moins contraignante, et permet aux professionnels d’être beaucoup plus efficaces. Le voyage d’affaires du futur doit aller dans cette direction : être aussi rapide et efficace que possible, et les professionnels sont prêts à payer pour ça, car cette optimisation du temps a une importance déterminante pour les affaires.