Interview : Alvaro Delgado, Directeur général d’Iberia en France

La Chambre de Commerce d’Espagne en France vient de conclure un partenariat avec Iberia, accordant des avantages tarifaires et des privilèges VIP à ses membres : l’occasion pour Alvaro Delgado, directeur général d'Iberia en France, de dresser un état des lieux du marché, de revenir sur l’actualité chargée de la compagnie - notamment la nouvelle classe Business Plus long courrier - et ses ambitions françaises, européennes, et latino-américaines.

On comprend aisément l’intérêt d’un partenariat entre la Chambre de Commerce d’Espagne et Iberia. Finalement, pourquoi avoir tant attendu avant de lancer cette démarche ?

Alvaro Delgado : Effectivement, la chambre de commerce existe depuis 120 ans, Iberia est présente en France depuis 65 ans environ… Mais pendant de nombreuses années, nous étions les seuls opérateurs ou presque à relier la France à l’Espagne. Nous n’avions donc pas forcément besoin de mettre en place un tel accord, ou de développer ce type de remises tarifaires. Ces dernières années, tous les réseaux des compagnies aériennes se sont développés vers Madrid, tout le monde relie Paris à Barajas avec des temps de vols et des types d’appareils équivalents. Nous avons donc jugé que c’était le bon moment de proposer une valeur ajoutée. Nous avions déjà mis en place des accords avec les grands comptes, mais la Chambre de Commerce regroupe plus de 300 entreprises, de toutes tailles, qui ont toutes un intérêt ciblé sur l’Espagne. Nous n’aurions pas été en mesure de parvenir à des accords spécifiques avec autant de petites entreprises. C’est donc le bon moment de faciliter l’accès à l’Espagne étant donné la conjoncture économique en Europe et le contexte fortement concurrentiel.

Quelles sont les autres démarches initiées par Iberia à destination de cette clientèle affaires ?

A.D. : Nous sommes en train de transformer depuis le mois de février toute notre flotte long-courrier, avec un investissement de 2 milliards d’euros sur trois ans qui porte notamment sur les sièges en classe affaires, et plus généralement tout l’intérieur des appareils : système de divertissement, offre gastronomique, et bientôt wi-fi à bord dans les prochaines semaines. Nous sommes en train de faire sortir nos plus petits appareils de la flotte long-courrier qui ne sont pas assez performants en termes de consommation de carburant, et nous attendons huit nouveaux A330 d’ici la fin de l’année. Avec la mise en place des nouvelles classes Business Plus et Economie long-courrier, la transformation est incroyable.

Comment se porte Iberia à Paris et sur le marché français ?

A. D. : Nous avons amélioré en 2012 notre part de marché en France par rapport à 2011 +7% de croissance, en particulier au départ de province. La concurrence est très dure au départ de Paris, alors que nous luttons tous avec les mêmes armes ailleurs sur les autres aéroports français. Nous avons parfois 80% de parts de marché sur certaines plateformes de province. D’ailleurs, 55% du chiffre d’affaires d’Iberia en France vient de province, contre 45% pour Paris.

Iberia a traversé une période difficile, avec des mouvements sociaux à répétition. Etes-vous sorti de cette zone de turbulence ?

A. D. : Heureusement, ces grèves sont désormais dernière nous. Les affaires reprennent, et nous espérons récupérer ce que l’on a pu perdre pendant ces trois mois perturbés. Toutes les compagnies doivent se transformer. La crise économique, l’arrivée des compagnies low-costs, le TGV qui dessert beaucoup de destinations domestiques et européennes sont autant de facteurs qui nous obligent à nous transformer. Nous n’avons pas seulement ajusté nos effectifs : nous améliorons notre produit. Notre vocation est d’arriver à augmenter notre chiffre d’affaires, c’est pourquoi nous avons investi autant dans l’amélioration de notre offre.

Qu’en est-il du marché latino-américain, où les positions pourraient changer avec la fusion donnant naissance à LATAM ?

A. D. : Il faut attendre et voir ce qu’il va se passer. Pour nous, il est stratégique de parvenir à un accord avec LATAM. Nous avons déjà un partenariat avec LAN Chile : nous partageons les recettes sur certaines destinations d’Amérique latine. Notre stratégie consiste à maintenir cet accord. Nous verrons ce que ce nouveau groupe décidera en interne pour la suite. Nous espérons parvenir à un type d’accord équivalent au Brésil.

Comment envisagez-vous l’année 2013 ?

A. D. : Notre chiffre d’affaires en France devrait reculer légèrement, car nous avons retiré certaines destinations balnéaires, comme la Havane et Saint Domingue. Mais si l’on excepte ces destinations, le chiffre d’affaires restera globalement le même cette année.