
Début décembre dernier, au cours d’une conférence de presse, Didier Robert, président de la région Réunion, et Marie-Joseph Malé, PDG d’Air Austral, se félicitaient mutuellement d’un évènement historique : pour la première fois dans l’histoire de l’île, un vol sans escale s’apprête à relier St Denis de la Réunion à la Chine, la ville de Canton en l’occurrence, à partir du mois de février 2017. C’est en quelque sorte la concrétisation d’un rêve pour les élus locaux qui souhaitent s’ouvrir aux perspectives de croissance du géant chinois, notamment en matière de tourisme.
Concernant Air Austral, il s’agit là d’une nouvelle étape de son développement qui « passe par une coopération accrue avec les compagnies de la région », indique Marie-Joseph Malé. Car la ligne sera exploitée en partenariat avec Air Madagascar, qui mettra en service un Airbus A340-300 de 275 sièges en configuration trois classes (Affaires, Premium Eco et Economie). « En travaillant avec Air Madagascar, nous partageons les risques financiers attenant à l’ouverture d’une nouvelle ligne. Ce qui nous permet d’étendre notre réseau. D’autres accords similaires devraient suivre », précisait encore le PDG d’Air Austral. La compagnie a notamment déjà un accord avec Air Mauritius sur l’Australie.
Cette recherche de partenaires s’inscrit dans un contexte de concurrence accrue, notamment sur les lignes métropole-Réunion. L’arrivée du low cost French Blue, filiale d’Air Caraïbes, est en effet en train de rebattre les cartes du transport aérien sur l’île. Car ce sont désormais cinq compagnies qui volent entre Paris et St Denis : Air Austral, Air France, Corsair, XL Airways, et donc French Blue. Cette dernière propose des tarifs à partir de 600 euros l’aller-retour sur Paris, soit un tarif qui, s’il n’est pas systématiquement suivi par la compétition, entraîne néanmoins à la baisse le prix d’appel des billets.
Dans le cadre de cette nouvelle compétition, la stratégie d’Air Austral s’articule autour de trois idées fortes : qualité de service, expansion du réseau et synergie avec d’autres acteurs présents sur l’île. L’arrivée des nouveaux Boeing 787 Dreamliner et la reconfiguration de l’ensemble des produits de bord sur les Boeing 777-300 en constituaient la première étape, mise en œuvre l’an passé. L’expansion du réseau avec les Boeing 787 marque une deuxième phase, ces appareils assurant depuis novembre des vols sans escale sur Bangkok, ainsi qu’une troisième fréquence hebdomadaire sur Johannesbourg et une ligne sans escale entre Paris et Mayotte. En parallèle, Chennai (Madras) est également relié en propre avec un Boeing 737-800.
L’accord entre Air Austral et Air Madagascar pour la desserte de la Chine préfigure une stratégie de rapprochement avec d’autres transporteurs. L’encre de l’accord pour la ligne Tananarive-St Denis-Canton à peine séchée, Air Austral et XL Airways indiquaient mettre en commun leurs forces sur les lignes vers la métropole. Fin décembre, les deux compagnies indiquaient coopérer en coordonnant leurs horaires et en mettant en commun leurs achats de kérosène et de matériel afin de réduire ce poste de dépenses par des économies d’échelle. La coopération sur les horaires devrait également s’avérer bénéfique aux passagers. Ainsi Air Austral va mettre en place en octobre prochain deux vols hebdomadaires sur Marseille, en complément de ceux de XL Airways. De son côté, le PDG de XL Airways annonçait récemment la probable ouverture d’une ligne Toulouse-La Réunion.

L’augmentation des lignes intervient à un moment où l’aéroport de St Denis démarre une seconde phase de travaux qui devrait porter la capacité de la plate-forme à plus de trois millions de passagers annuels. Ce projet, qui s’étendra sur les trois prochaines années, va séparer les flux départs et contrôles de police tandis qu’une nouvelle zone commerciale sera créée, plus attractive et plus luxueuse. Probablement un geste vers le marché touristique chinois, accroc aux marques de prestige…

















