Cathay Pacific se remet en question

Cathay Pacific est contrainte de réévaluer sa stratégie, alors qu’elle devrait annoncer de probables pertes sur son dernier exercice fiscal. Ce sera seulement la troisième fois dans l'histoire de la compagnie.
Cathay Pacific
En difficulté, Cathay a annoncé le “plus grand exercice de restructuration de ces deux dernières décennies” (DR)

Avec Singapore Airlines, Cathay Pacific est l’un des modèles d’une aviation asiatique à succès. La compagnie de Hong Kong a accompagné l’histoire aérienne de la colonie britannique puis de la métropole financière. Le transporteur est l’un des plus anciens d’Asie ayant célébré en 2016 son 70ème anniversaire. Les deux transporteurs sont des modèles de gestion : Cathay Pacific n’a affiché de pertes que deux fois dans son histoire tandis, contre une seule fois pour SIA – en 2012/13 – sur une période de 20 ans.

Néanmoins, Cathay Pacific doit faire face à la poussée des compagnies du Moyen-Orient, très présentes à Hong Kong. On recense six transporteurs de cette région sur le hub de Cathay (Emirates, Etihad, El Al, Qatar Airways, Royal Jordanian, Saudi Arabian) auxquelles on peut rajouter Turkish Airlines, qui se bat sur le même segment de marché.

La compagnie de Hong Kong se trouve aujourd’hui à un tournant. En effet, si Cathay continue à prospérer sur les lignes long-courrier – notamment l’Europe et l’Amérique du Nord, le transporteur est en position difficile sur le régional. En 2016, elle a de fait connu une croissance de son trafic passagers de seulement 0,8%, alors que le trafic total passagers sur son hub de Hong Kong est en hausse de 2,9%. Le groupe Cathay n’a plus qu’une part de marché de 48,7% sur l’aéroport chinois.

Pour la troisième fois de son histoire, Cathay pourrait enregistrer une perte, selon les estimations des analystes financiers. Cela s’explique notamment par son choix de consolider ses achats de pétrole sur du très long terme, avec une couverture de quatre ans. Celle-ci a depuis été réduite de moitié, mais elle a fait accumuler les pertes pour la compagnie de Hong Kong avec la chute des cours du pétrole de 2014 à 1016.

Le groupe Cathay Pacific à la fin 2016 : 

  • 167 avions passagers et 21 avions cargo, dont 53 Boeing 777-300ER et 10 Airbus A350-900
  • Destinations : 70 en Asie-Pacifique ; 13 en Europe ; 8 en Amérique du Nord et 4 en Afrique/Moyen-Orient
  • 34,322 millions de passagers en 2016 (+0,8%)
  • 78 830 vols en 2016 (+0,2%)

 

De fait, la compagnie aérienne perd des points sur le réseau Asie face à la montée en puissance des compagnies low cost et hybrides. Le changement de Dragonair en Cathay Dragon va donc aider le groupe à consolider et à harmoniser réseaux intercontinentaux et régionaux, renforçant le hub de Hong Kong. Par exemple, dès le mois de mars, Cathay Pacific va transférer l’un de ses deux vols quotidiens sur Kuala Lumpur à Cathay Dragon. En attendant son retrait complet de la ligne d’ici 2018. D’autres vols régionaux devraient suivre, sous la houlette de Cathay Dragon, élément essentiel de la reconquête des marchés locaux.

Le transport low-cost grignote peu à peu des parts de marché à Hong Kong même si son influence dans l’ancienne colonie britannique reste modeste : 6% du nombre total de passagers, avec une douzaine de compagnies présentes sur la plateforme, bien loin derrière les 45% de Kuala Lumpur ou les 25% de Singapour. Mais chaque année, le low cost progresse et Cathay Pacific pourrait à moyen-terme se positionner sur ce créneau, comme le fit en son temps Singapore Airlines. La compétition pourrait gagner en vigueur une fois la troisième piste inaugurée sur l’aéroport de Hong Kong à l’horizon 2024. Avec l’expansion du Terminal 2, l’infrastructure permettra l’accueil de 30 millions de passagers supplémentaires.

le plus grand exercice de restructuration de ces deux dernières décennies

Cathay perd des passagers sur le segment premium en raison de l’intensité de la concurrence. Sa direction a donc décidé de mettre en place un plan de restructuration le 18 janvier dernier, afin de préserver sa compétitivité. La compagnie a annoncé des coupes sombres dans son personnel, et la réorganisation de sa direction générale. Le mouvement serait, selon ses responsables, le « plus grand exercice de restructuration de ces deux dernières décennies ». « 2017 sera une année de changements significatifs dans un paysage aérien de plus en plus compétitif », déclare le transporteur dans un communiqué officiel. Dans le viseur de la direction figure le marché local, alors que le trafic en correspondance stagne. D’où la probable nécessité d’offrir des prix plus compétitifs face à la concurrence low-cost.

Le transporteur veut mettre en place une structure hiérarchique plus légère, plus réactive, les premières mesures de ce changement devant intervenir en milieu d’année. Il semble que ce serait surtout dans l’administratif que les plus gros changements sont à attendre, alors que le transporteur continuera son développement en termes de réseau et de services. L’arrivée d’une douzaine de nouveaux Airbus A350 va permettre une plus grande souplesse dans la gestion du réseau avec la possibilité d’inaugurer des lignes vers des destinations secondaires. On peut penser à de nouvelles destinations dans le Pacifique (Canberra, Wellington), en Europe (Genève ou Hambourg par exemple) et sur le continent nord-américain. Outre le nouveau vol sur Barcelone, la compagnie a confirmé l’ouverture de Tel Aviv et une augmentation de capacités avec d’avantage de fréquences sur Boston, Londres-Gatwick, Manchester, Toronto et Vancouver. Le transporteur ouvre également de nouveaux salons à Hong Kong et Singapour. Si l’année en cours devrait donc se terminer par des pertes, Cathay Pacific espère bien retrouver la voie de la croissance sur son prochain exercice fiscal.

Hong Kong atteint les 70 millions de passagers en 2016

L’an passé, la plateforme de Hong Kong Chek Lap Kok a atteint pour la première fois de son histoire la barre des 70 millions de passagers. Avec exactement 70,5 millions de passagers recensés en 2016, la plate-forme a enregistré une hausse de 2.9% de son trafic. Hong Kong est de fait le premier aéroport international d’Asie en nombre de passagers, surpassant Tokyo-Haneda et Pékin, si l’on exclut donc le trafic domestique.

L’aéroport a finalement atteint l’an dernier son seuil de saturation et s’est lancé dans des travaux de construction qui prévoient une troisième piste, la maximalisation des capacités du Terminal 1, et l’extension du Terminal 2 avec un nouveau satellite conçu pour l’accueil de 30 millions de passagers supplémentaires, relié par navette automatique à l’infrastructure actuelle. La capacité totale des aérogares serait ainsi portée à 102 millions de passagers contre 70 millions actuellement. Une fréquentation qui pourrait être atteinte à l’horizon 2030.