Interview : Marc Rochet, Président du directoire d’Air Caraïbes

Air Caraïbes a présenté son nouvel appareil le 1er mars : le premier A350 aux couleurs d'une compagnie française. Marc Rochet, Président du directoire d'Air Caraïbes, explique l'importance de l'événement, et affiche ses ambitions pour Air Caraïbes et pour sa compagnie soeur French Blue, la low-cost long-courrier. Propos recueillis par Florian Guillemin
Air Caraïbes
Marc Rochet, assis à bord de la classe Madras (business) du nouvel A350 d'Air Caraïbes

Que change l’arrivée de cet A350 aux couleurs d’Air Caraïbes pour le passager ?

Marc Rochet – Pour les clients d’Air Caraïbes, cela garantit un niveau de confort lié à la technologie de cet appareil : l’A350 est beaucoup plus silencieux, la pressurisation cabine est moins fatigante, le renouvellement de l’air cabine plus important. Cela se ressent sur un vol longue durée. Le système de divertissement, déjà exceptionnel, sera renforcé d’ici quelques semaines par la connectivité en vol.

Et pour le personnel Air Caraïbes ?

Marc Rochet – Quand l’avion est moins fatigant, moins bruyant, les équipages commerciaux peuvent proposer un meilleur service. Dans le cockpit, les pilotes sont aussi dotés des meilleurs outils de navigation.

Quel impact en attendez-vous pour l’entreprise ?

Marc Rochet – Il y a tout d’abord l’aspect citoyen, avec une réduction de l’empreinte carbone. L’appareil consomme 20% de moins, il fait moins de bruit au décollage, les nuisances pour les riverains sont ainsi réduites. Air Caraïbes attend donc des résultats brillants de cet A350, notamment en termes d’économies. C’est aussi l’occasion pour la compagnie d’engendrer de la croissance, qui se traduit par le recrutement de plus de 160 navigants, ainsi que des gens au sol.

Je n’achète pas des avions pour faire peur à la concurrence

Etre la première compagnie française à faire voler cet A350 : est-ce un argument marketing auprès des voyageurs, ou un pied de nez à Air France… ?

Marc Rochet – Ce qui nous intéresse, ce n’est pas tellement notre place vis-à-vis de nos concurrents, même si bien sûr nous en tenons compte dans notre management, c’est surtout notre positionnement par rapport à nos clients. Est-ce que Air Caraïbes est capable de remplir ses avions ? La réponse est oui. Est-ce que les clients sont globalement satisfaits ? Oui. Gagnons-nous de l’argent avec nos appareils ? Nous l’avons montré avec l’A330, nous le montrerons avec l’A350. Je n’achète pas des avions pour faire peur à la concurrence, ni pour lui faire plaisir, d’ailleurs. Nous cherchons juste à faire le meilleur boulot possible.

On sent néanmoins une certaine fierté d’être « pionniers » sur l’A350…

Marc Rochet – Oui, cela montre symboliquement que nous sommes sortis de cette phase durant laquelle le transport aérien était dominé par Air France.

A350
« Je n’achète pas des avions pour faire peur à la concurrence, ni pour lui faire plaisir, d’ailleurs » souligne M. Rochet (Photo FG)

N’allez-vous pas être à l’étroit à Orly avec l’arrivée de ces nouveaux appareils ?

Marc Rochet – Orly est un très bel aéroport. Nous avons obtenu nos créneaux pour assurer nos vols : c’est suffisant.

Préparez-vous de nouvelles destinations, pour Air Caraïbes ou pour French Blue ?

Marc Rochet – Chez Air Caraïbes, nous poursuivons le développement du réseau actuel. Nous avons lancé nos vols vers Cuba récemment, nous intensifions notre desserte de la Havane, nous allons renforcer la liaison vers la Guyane. Quant à French Blue, ce sera la Réunion à partir de cet été, également avec des A350.

le vrai décollage de French Blue aura lieu cet été à la Réunion

Pouvez-vous déjà tirer un premier bilan quelques mois après le lancement de French Blue ?

Marc Rochet – Tout se passe bien. Nous sommes partis d’une feuille blanche pour créer une compagnie low-cost long-courrier. A l’époque, de nombreuses personnes s’interrogeaient. Maintenant, tout le monde commence à réaliser que c’est une réalité sur le marché. La partie opérationnelle, économique a été rodée. Le rodage commercial est en cours sur Punta Cana, et le vrai décollage de French Blue aura lieu cet été à la Réunion.

Pensez-vous à lancer French Blue vers des destinatinons plus mixtes en termes de clientèles, à la fois loisirs et business, comme les Etats-Unis par exemple ?

Marc Rochet – Pas à court terme. On verra plus tard. Pour l’instant, nous restons concentrés sur ce que nous savons faire. Et nous allons le faire encore mieux.

Quel regard portez-vous sur le projet Boost d’Air France ?

Marc Rochet – Bonne chance à eux…

Que représente l’acheminement des passagers de province et de Belgique via TGV Air ?

Marc Rochet – Nous en sommes satisfaits. Au total, 17 destinations sont concernées. A Orly, il y aura à moyen terme l’implantation d’une connexion TGV. C’est important pour nous. Nous pensons aussi qu’il y aura, à un moment donné, une ouverture un peu plus intense du réseau français métropolitain, avec easyJet, Air France et d’autres. Nous pourrons alors bénéficier de connexions qui seront plus du « self-connect » que de la connectivité classique. Avant, il fallait que les compagnies aériennes se mêlent de tout. Maintenant, le passager peut se débrouiller : il achète un Toulouse-Paris, puis un Paris-Point-à-Pitre, il sait le faire.