Vietnam : la nostalgie, forcément la nostalgie…

Sur les écrans des aéroports, on lit Hô Chi Minh-Ville. Mais les habitants de l’énergique capitale économique du Vietnam préfèrent dire Saigon. La nostalgie de l’Indochine flotte en effet sur son cœur historique, resté dans son jus. Pour mieux l’appréhender, cette nostalgie largement évoquée par Marguerite Duras, il faudra partir au sud et voguer sur les langueurs moites du Mékong.
Près de Can Tho, dans le delta du Mékong, le charme intemporel de cette maison colo­niale bourrée d’antiquités chinoises a servi de cadre au film L’amant, lorsque le riche chinois aimé de Marguerite Duras vient voir son père assommé d’opium. La vraie maison où l’écrivain vivait ses amours adolescentes se trouve, elle, à Sadec.
Près de Can Tho, dans le delta du Mékong, le charme intemporel de cette maison colo­niale bourrée d’antiquités chinoises a servi de cadre au film L’amant, lorsque le riche chinois aimé de Marguerite Duras vient voir son père assommé d’opium. La vraie maison où l’écrivain vivait ses amours adolescentes se trouve, elle, à Sadec.

Avec un rien de ragtime, trois notes de charleston, deux pas de fox-trot et une trompette jazzy ; avec ces airs entraînants qui ont fait le bonheur des Années folles, lorsque Saïgon sa-ï-gon-nait, l’illusion serait parfaite. Tout est là, intact ou presque ; à commencer par le théâtre municipal campé sur sa place depuis 1900 et, surtout, la terrasse juste en face, en l’occurrence celle de l’hôtel Continental, l’un des monuments historiques de la ville. N’était ce revêtement incongru – du faux gazon vert grenouille –, tout y serait immaculé : les tables, les chaises, les nappes et même la marquise en surplomb qui abrite fort avantageusement les consommateurs, tantôt des déluges de la mousson, tantôt du soleil assassin des tropiques.

À vrai dire, comme en témoignent les tirages sépia accrochés aux murs du hall d’entrée, le vrai chic ne pouvait se concevoir autrement qu’en grand blanc dans l’Indochine coloniale. Blanches les robes des dames, blanches leurs capelines ; blanc les costumes des messieurs et blancs leurs chapeaux. Toujours. L’ensemble était façonné dans des cotons légers, de la soie parfois, en tout cas des tissus et des coupes permettant de supporter un tout petit peu mieux la moiteur de l’air de la ville, oscillant entre 25 et 30° toute l’année. Ce qui est évidemment encore le cas.

“Dix heures et demie du soir en été”, titrait en son temps la grande Marguerite Duras. L’accroche pourrait parfaitement fonctionner aujourd’hui, notamment sur cette terrasse qui est bondée ce soir, les consommateurs délaissant le Byrrh, le Dubonnet ou la Marie Brizard d’antan, pour un beaucoup plus contemporain cocktail multicolore, un champagne frappé, un Chablis bien frais ou plus simplement une Bia Saigon, une bière locale, forcément locale. Et comme le lieu se prête parfaitement à la réunion les soirs d’arrivée d’avion, les guides et conférenciers y tracent volontiers les grands traits d’un futur voyage merveilleusement nostalgique.

On apprend ainsi que c’était là, entre les deux guerres, le lieu de prédilection des gens du monde, des voyageurs, des aventuriers, des artistes, des écrivains et des journalistes ; entre autres Malraux, qui le mentionne dans ses Antimémoires, mais aussi le grand reporter Lucien Bodard et surtout Graham Greene qui peignit son décor dans Un Américain bien tranquille. Pendant la “guerre américaine”, le Continental est devenu le QG des journalistes et des espions qui le surnommèrent Radio Catinat, du nom de la rue qui le borde. Celle qui était jadis à Saigon ce qu’est la Canebière à Marseille, ou les Champs-Élysées à Paris, a été rebaptisée en 1954 Tu Do – c’est-à-dire “liberté” –, puis Dong Khai, la “rue du soulèvement général”, en 1975.

L’hôtel de ville de Saïgon a été critiqué par les amateurs d’architecture pour son style néo Renaissance début 1900 un peu dégoulinant
L’hôtel de ville de Saïgon a été critiqué par les amateurs d’architecture pour son style néo Renaissance début 1900 un peu dégoulinant. Est-ce la patine du temps, mais il n’est au fond pas si laid, bien plus gracieux même que la cathédrale, assez massive avec sa façade en briques rouges de Toulouse (photo ci-dessous).
La cathédrale
Cathédrale Notre-Dame de Saïgon.

Le programme ? Deux jours bien remplis qui suffiront pour s’affranchir des principaux lieux de la capitale économique du Vietnam, le quartier historique n’étant au finish pas très étendu. Allons-y alors pour un city tour en minibus, un peu en deçà de la vitesse d’un cheval au pas tant les embouteillages sont à toute heure terriblement puissants. Rien à voir avec des ralentissements provoqués par de trop nombreuses voitures, non plus que par des éboueurs œuvrant en pleine journée, voire des livreurs indélicats. Non, à Saïgon, c’est le scooter qui est roi. Et même roi des rois, puisque chaque matin ce sont huit millions de deux roues, Honda c’est plus chic, qui s’élancent à la conquête du macadam. Huit millions pour 11 millions d’habitants !

On compte à Saïgon presque autant de scooters que d’habitants – pas loin de dix millions –, un art de vivre pratiqué dès le plus jeune âge.
Le lancinant vrombissement des scooters rythme le cours de choses à Saïgon, dans un décor de maisons coloniales.
On compte à Saïgon presque autant de scooters que d’habitants – pas loin de dix millions –, un art de vivre pratiqué dès le plus jeune âge.
On compte à Saïgon presque autant de scooters que d’habitants – pas loin de dix millions –, un art de vivre pratiqué dès le plus jeune âge.

Aux heures de pointes, donc tout au long de la journée dans cette ville hyper active, le flux est si compact qu’il fait pratiquement office de mur. C’est Dante et Jérôme Bosch réunis, c’est l’enfer d’un tsunami imaginaire qui aurait pulvérisé un vrai barrage sur le Pacifique. Tout est pourtant orchestré, policé, chacun conduisant sa machine le regard fixe, droit devant. On avance à l’Asiatique, disciplinés, roue avant contre roue arrière, dans un entêtant boléro de scooters zonzonnant, masqués en vaine tentative d’échapper aux particules fines. Tout de même, quelques notes légères égayent l’affaire. Ces notes, ce sont les filles qui, comme échappées d’une serre d’avant printemps, se couvrent de la tête aux pieds d’imprimés à fle-fleurs. La botanique est partout. Sur les casques, sur les masques anti pollution, sur les gants anti bronzage – très mal vu par les élégantes, le bronzage –, sur les gilets à capuche et, tant qu’à faire, sur les espèces de jupes longues, de véritables tenues de combat qui partent de la taille de la demoiselle pour descendre jusqu’à la pointe de ses très hauts talons.

Et puis, il y a aussi ce qu’on transporte sur les porte-bagages. En croupe, des passagers bien sûr ; pas un seul passager comme il se devrait, mais deux, ou trois, quelquefois quatre, sans compter l’enfant, délicatement posé sur le plateau avant du scooter et lui aussi masqué anti-CO2. On trimballe aussi tout et n’importe quoi, du plus improbable au quasi surréaliste. Cela donne en vrac et dans le trafic ordinaire : un frigo, un palmier, des poulets en batterie, des cartons empilés jusqu’au ciel, voire une montagne de fleurs blanches qui devrait arriver à l’heure – ça, on se le demande – sur une table de noces.

Une vraie poste de carte postale

Heureusement, pour faciliter tous ces déplacements, Saïgon s’est construite à la coloniale. C’est-à-dire selon un plan rectiligne coupé de très larges avenues, trop larges sans doute, bordées de tamariniers conduisant généralement à la rivière Saïgon, là où étaient autrefois amarrés les grands paquebots blancs. Le tout est rythmé par de grandes places écrasées par la chaleur, et sur lesquelles prennent pied les monuments remarquables de la ville.

À commencer par la cathédrale Notre Dame, en fait une grosse et bien laide église de briques rouges érigée entre 1877 et 1883 dans un style s’improvisant néo roman. Son intérêt tout relatif est à vrai dire éclipsé par le bureau de poste, formidable salle des pas perdus restée dans son jus ; avec carreaux polychromes au sol, antiques guichets, cabines téléphoniques vitrées, comptoirs de bois vernis, chromos de vieilles cartes de Saïgon et du quartier de Cholon accrochées aux murs, verrière en voûte signée Gustave Eiffel, l’ensemble surveillé par un gigantesque portrait de Hô Chi Minh qui, il faut bien le dire, fait un peu pièce rapportée. Du coup, ce sera pour tout le monde une volée de cartes postales envoyées à l’ancienne, avec beaux timbres et cachet faisant foi, au départ de l’un des bureaux de poste les plus glamours du monde. Un vrai décor pour photos de mode.

La poste centrale, elle, a un charme fou avec ses ventilateurs au plafond, ses vieilles cartes du delta du Mékong aux murs, ses cabines téléphoniques d’antan et ses horloges indiquant l’heure des grandes villes du monde.
La poste centrale a un charme fou avec ses ventilateurs au plafond, ses vieilles cartes du delta du Mékong aux murs, ses cabines téléphoniques d’antan et ses horloges indiquant l’heure des grandes villes du monde.

Après une halte rafraîchissante au “café de la poste” contigu, on prendra le chemin des marchés en marquant un arrêt devant l’hôtel de ville, construit entre 1900 et 1908, puis un autre devant le lycée aujourd’hui Quy Dom, autrefois Chasseloup-Laubat que fréquenta dans les années 27-28 la jeune Marguerite Duras. Il fonctionne encore et, avec sa cour de récré et ses tamariniers, n’est pas sans rappeler les délicieuses et pas si lointaines communales. Et très vite, tout se situant à peu près dans le même périmètre – sauf Cholon que l’on verra plus tard -, ce sera le marché Ben Thanh construit en 1914 par les Français et qui servait de halle centrale pendant la coloniale. Lui aussi est toujours là qui abrite sous une coupole de 28 m les presque mêmes marchands qui écoulent les mêmes produits. En tout cas lorsqu’il s’agit de fruits et de légumes, de thé ou de café en vrac ou bien encore de plats cuisinés à l’exemple de ces somptueuses feuilles de bananiers enveloppant du riz gluant à la noix de coco, des beignets de banane ou de soupes au vermicelle d’une incroyable légèreté…

Pour le reste, et comme maintenant dans presque tout le Sud-Est asiatique, le marché Ben Thanh est le paradis de la contrefaçon plus ou moins réussie d’à peu près toutes les marques. Du t-shirt au sac à main, du ceinturon aux chemises en lin, des escarpins au survêtement à trois bandes. On pourrait presque appeler cela “au bonheur des douanes”, si celles-ci ne préféraient, et de loin, s’intéresser aux objets anciens, souvent vrais mais parfois tout aussi faux, entassés dans les vitrines des magasins d’antiquités de la rue Le Cong Kieu toute proche. Attention aux douaniers intraitables !

Mais le marché, la légende, le mythe colonial, c’est à Cholon, la ville chinoise, une ville dans la ville et plus que ça encore, qu’il faut aller le chercher. Cholon, où l’adolescente Duras situe la garçonnière de son amant. C’était alors les nuits de Chine fantasmées, les Tonkinoises à jupes fendues haut la cuisse, les tripots, les maisons closes, les fumeries d’opium, les cabarets et les restaurants illuminés, la bourgeoisie en goguette et les jeunes gens cherchant leur avenir d’homme. Autrement dit, Cholon, c’était le quartier des plaisirs et de tout ce qui va avec, le point de rencontre d’un monde interlope aujourd’hui remisé dans les livres d’histoire. Petite et grande confondue.

Le ventre de saïgon

Au hasard de ses rues survoltées, la métropole dévoile une excellente “street food” et des marchandes ambulantes, sur fond kitsch de tour Eiffel.
Au hasard de ses rues survoltées, la métropole dévoile une excellente “street food” et des marchandes ambulantes, sur fond kitsch de tour Eiffel.

À l’époque – l’entre-deux guerres donc –, à l’instar des halles parisiennes, Cholon était surnommé le ventre de Saïgon. C’est pratiquement toujours le cas, avec en guise de bienvenue, comme autrefois Baltard à Paris, les pavillons du marché Binh Tay, chefs d’œuvre d’architecture chinoisante imaginée par un Français. Actuellement en totale réhabilitation, ils sont malheureusement fermés au public, mais c’est pas bien grave. Car tout se passe dans les ruelles environnantes et dans d’autres marchés plus ou moins couverts en prévention des torrents de la mousson ; dans des échoppes où l’on trouve de tout et plus encore, dans des herboristeries traditionnelles qui embaument, mais surtout aux étals qui proposent au finish la totalité de la gastronomie chinoise. Autrement dit à peu près tout ce qui se consomme, le meilleur comme le pire, heureusement la plupart du temps totalement inidentifiable par des yeux européens. Allez donc, par exemple, reconnaître cette espèce de machin noir tout ratatiné qui est en fait du concombre de mer séché ! Aussi, en direction des groupes corporate, le quartier se prête-t-il excellemment à la plus extravagante des chasses au trésor ? D’autant, qu’avec ses pagodes à la pelle, ses temples et ses églises, voire ses tombeaux, il regorge de fabuleuses richesses culturelles.

De retour au centre-ville, rompu par tant de bruits et d’activités à 100 000 volts, on se laissera délicieusement aller chez l’Apothicaire, l’un des plus élégants et surtout des plus orthodoxes instituts de massage de la ville. Il est installé dans une vieille maison coloniale ; avec délicieuse courette et petite piscine enfouies dans la végétation tropicale. On en ressortira avec une panoplie complète de produits maison, et surtout parfaitement requinqué. Tant mieux, car demain, ce sont les mythiques langueurs du Mékong, les rizières infinies coupées par des barrières végétales hérissées de cocotiers, la région de Sadec… Et toujours Duras qui aura, en définitive, mieux fait pour le Vietnam du Sud que n’importe quelle agence de publicité.

Tout se passe à fleur d’eau

D’abord, il y a le fleuve, immense, large de près d’un kilomètre à Cai Be, et qui traîne ses flots jaunes et ses jacinthes d’eau sous un soleil de plomb. Ensuite, il y a le bateau, un sampan réinterprété avec toit de bambous tressés, rideaux flottants à la brise, corbeille de fruits, boissons à discrétion et chaises longues énamourées. Et surtout, il y a la vie qui s’y est organisée, car tout se passe à fleur d’eau dans le delta. Le travail et les cultures sur les berges, les communications et le négoce aussi bien sur le fleuve lui-même que sur ses bras ou sur les centaines de canaux qui fendent la campagne. Ainsi, sans doute pour ne pas perdre trop de terrain, les maisons et les villages affleurent sur toutes les rives, se juchant volontiers sur des pilotis pour économiser sur la terre ferme.

Étouffé par une végétation luxuriante, le delta du Mékong dessine un plan labyrinthique de canaux et de chemins d’eau autour desquels la vie des habitants s’organise. Oubliés les scooters pétaradants de Saïgon, ce sont ici des barques et des sampans qui vont au gré des flots jaunes, entre lenteur fluviale et langueur tropicale.
Étouffé par une végétation luxuriante, le delta du Mékong dessine un plan labyrinthique de canaux et de chemins d’eau autour desquels la vie des habitants s’organise. Oubliés les scooters pétaradants de Saïgon, ce sont ici des barques et des sampans qui vont au gré des flots jaunes, entre lenteur fluviale et langueur tropicale.
Bordé de rizières et de cultures en tous genres, le Mékong est le grand fleuve nourricier du Vietnam, le théâtre de marchés flottants débordant de vie, de vrais supermarchés où tout s’échange à même l’eau.
Bordé de rizières et de cultures en tous genres, le Mékong est le grand fleuve nourricier du Vietnam, le théâtre de marchés flottants débordant de vie, de vrais supermarchés où tout s’échange à même l’eau.

L’activité la plus spectaculaire, celle en tout cas qui attire les touristes, qu’ils soient d’affaires ou particuliers, se trouve plutôt du côté des marchés flottants. Parmi les plus courus, le marché de Cai Rang, c’est-à-dire le plus important marché flottant de gros du Mékong et même du Vietnam, de véritables halles flottantes qu’il vaut mieux visiter très tôt le matin. Vers sept heures tout de même… Mais cela vaut la peine, toutes ces barges surchargées de fruits et de légumes multicolores, ces marchands laborieux passant d’un bateau à l’autre pastèques et artichauts ou tant d’autres choses encore, avec en bruit de fond les moteurs des bateaux et, en plaisir pour les yeux, quelques petites barques à double pagaies comme on les faisait jusqu’à il n’y a pas très longtemps. Les femmes portent le traditionnel chapeau pointu de latanier tressé et des vêtements bariolés, évidemment à petites fleurs. Une jolie ambiance que n’arrivent pas à gâcher les nombreux bateaux de touristes.

Dans le delta du Mékong, des femmes portant le chapeau conique conduisent les barques selon une façon ancestrale, mains croisées sur les rames.
Dans le delta du Mékong, des femmes portant le chapeau conique conduisent les barques selon une façon ancestrale, mains croisées sur les rames.
Le long des canaux qui bordent le Mékong, le vélo se pose en alternative aux barques et aux immanquables scooters.
Le long des canaux qui bordent le Mékong, le vélo se pose en alternative aux barques et aux immanquables scooters.

Plus loin, un peu à l’écart, sur une rive d’un canal, d’un bras ou d’un affluent – on ne sait pas très bien et on s’en moque –, on visite un jardin, une sorte d’Éden qui se propose de montrer in situ la palette des cultures possibles sur cette terre d’abondance : tamarins, bambous, pamplemousses, mangues, goyaves, carambole ou durian, ce fruit délicieux au palais mais tellement nauséabond lorsqu’on l’ouvre qu’il est interdit dans les hôtels et les avions. Du coup, forcément, on y goûte.

Il y a aussi de l’histoire sur ces rives. De la culture, et surtout de l’art de vivre avec de sublimes et ancestrales maisons coloniales, chinoises notamment, et même de la gastronomie régionale, comme au restaurant Longanier appartenant à la chaîne d’hôtels Victoria, installé au fond d’un jardin dans une bâtisse reproduisant ce qui se faisait de mieux à l’époque. Donc des vérandas, des fauteuils en osier, des persiennes, des ventilateurs au plafond et, au premier étage, une large salle à manger donnant sur le grand vert. Outre le décor, on ne manquera pas de goûter au poisson “Oreilles d’éléphant” frit et son extraordinaire présentation verticale, coincé entre des baguettes de bambous.

Niché dans un jardin tropical longeant une rivière, le restaurant Longanier, réservé aux clients de la chaîne d’hôtels Victoria, réinterprète le charme des maisons françaises d’autrefois.
Niché dans un jardin tropical longeant une rivière, le restaurant Longanier, réservé aux clients de la chaîne d’hôtels Victoria, réinterprète le charme des maisons françaises d’autrefois.

Scènes de l’amant

Pour autant, et pour ce qui est du vertige de luxe des maisons coloniales chinoises, c’est sur la route du retour qu’on la trouvera. Un éblouissement, une atmosphère unique créée par des jeux savants de simplicité et de sophistication, des clairs-obscurs d’une extrême finesse, de gracieuses colonnades, un sol venu de France, des bois précieux et une très riche collection d’antiquités chinoises. Jean Jacques Annaud ne s’y est pas trompé, qui y a placé dans son film L’amant – Duras encore – la scène où le fils va voir son père assommé d’opium. Le metteur en scène y a laissé une dédicace encadrée sur un mur : “je suis ébloui par la splendeur spectaculaire de cette sublime demeure”. Il n’est pas le seul. On visite bien sûr, et c’est même une descendante du riche propriétaire de 1870 qui est à la manœuvre. Une très vieille et très belle dame.

Le chemin du retour n’est pas très long, puisque le cœur du delta du Mékong n’est guère qu’à 150, 170 km du centre de la grande métropole. De jour, on assistera à un dernier spectacle, celui donné par les cafés-hamacs, c’est comme ça qu’on les appelle, qui sont au coude à coude le long des routes et qui consistent à aligner une pléthore de hamacs à la place des chaises habituelles. En long, en large et en travers. C’est là que, fatigués par un long trajet de scooter – ils sont aussi à la campagne, les scooters –, les conducteurs reprennent quelques forces. Hop ! un verre de thé et une petite sieste. À certaines heures, le nombre de consommateurs proprement vautrés est hallucinant. Le concept routier allongé est sans aucun doute à retenir.

Restera, de retour en ville et avant de reprendre la direction de l’aéroport, à grimper en adieu ou en soirée de gala au Chill Sky Bar. Un roof top comme il en existe partout dans le monde, une jeunesse déchaînée qui s’agite sous les lasers et une dernière vue à 360° sur les lumières d’Hô Chi Minh-Ville. En fait, il n’y a guère que les gens du Nord et les organismes officiels qui l’appellent comme cela. Pour les autres, ces jeunes résolument tournés vers une modernité qu’ils n’envisagent autrement que radieuse, pour les natifs de la ville et les habitants des quartiers populaires, c’est Saïgon, et point. Pour nous aussi, d’ailleurs.