
Il y a eu IAG qui, par deux fois depuis le début de l’année, a manifesté son intention d’acquérir la compagnie low-cost Norwegian. Et puis, il y a une dizaine de jours, le PDG de Lufthansa, Carsten Spohr, a fait part à son tour de sa volonté de racheter la compagnie low-cost Norwegian. Si cette dernière exploite un important réseau de lignes régionales au départ de Scandinavie et de villes secondaires en Europe, c’est surtout son réseau long-courrier qui intéresse les transporteurs traditionnels. Car Norwegian a réussi ce qui semblait impossible il y a cinq ans : créer une compagnie aérienne low-cost long-courrier.
D’autre part, on assiste à une rationalisation de l’offre aérienne en Europe, les grands groupes segmentant leurs produits à l’image de ce que proposent déjà les constructeurs automobiles. Le groupe BMW offre par exemple des produits grand luxe (Rolls Royce), premium (BMW) et plus populaire (Mini). Lufthansa a une stratégie similaire, déclinant déjà ses marques à travers Swiss, Austrian, Brussels Airlines et Eurowings. Pourrait naturellement s’intégrer une compagnie comme Norwegian.
Quel serait l’avantage d’intégrer Norwegian dont le modèle est le même que celui d’Eurowings? Les coûts et le réseau. Les coûts d’exploitation de Norwegian (hors pétrole) restent d’au moins un quart inférieurs à ceux d’Eurowings. Le réseau quant à lui est exceptionnel. Fin 2017, Norwegian opérait sur 48 lignes low-cost long-courriers, contre 12 lignes pour Eurowings. Norwegian proposait ainsi près de 90 000 sièges par semaine contre 12 000 sièges pour Eurowings. Quant à Level, la compagnie low cost long courrier d’IAG, elle exploitait fin 2017 quatre lignes aériennes offrant 5 500 sièges par semaine.
Au premier trimestre 2018, Norwegian exploitait 60 lignes long-courriers depuis ses diverses bases européennes. Son réseau régional et long-courrier en Scandinavie ne représente plus que 44% de ses recettes totales au premier trimestre 2018. Les Etats-Unis et l’Espagne représentent déjà 15% chacun de toutes les recettes, le Royaume-Uni 9% et la France 3%.
Croissance en France pour Norwegian
Selon les chiffres de Norwegian, c’est la France qui a d’ailleurs connu la plus forte progression du chiffre d’affaires, en hausse de plus de 60%. Depuis Paris CDG, Norwegian dessert Boston, Denver, Fort Lauderdale, Los Angeles, New York, Oakland et Orlando. Au départ de France, la compagnie lancera en octobre des vols sans escales depuis Fort-de-France et Pointe-à-Pitre vers Cayenne, Fort Lauderdale, New York et Montréal, proposant même six vols hebdomadaires sur New York depuis les Antilles françaises.
Lufthansa pourrait en fait bénéficier des mauvaises performances financières de Norwegian, qui pourrait mettre en péril la croissance de la compagnie. L’envolée des coûts du pétrole pourraient devenir un frein à l’incroyable croissance du transporteur low-cost. Début 2018, le transporteur était assis sur près de trois milliards de dettes en raison de sa croissance exponentielle. La compagnie accusait une perte de près de 220 millions de dollars en 2017 et de 5,65 millions de dollars au premier trimestre.
Lufthansa – tout comme IAG, même si son PDG Willie Walsh a déclaré ne plus avoir de discussions avec Norwegian depuis mai dernier – pourrait donc apparaître comme les sauveteurs financiers de Norwegian. Et ensuite ? Si Lufthansa prenait en main le destin de Norwegian, la compagnie allemande bénéficierait d’un réseau incroyablement dense et qui, fusionné avec celui d’Eurowings, lui donnerait un quasi-monopole en Europe sur le segment long-courrier low-cost au départ d’une douzaine de pays et lui permettrait de couvrir tous les types de passagers, dont tous les segments du voyage d’affaires.

















