Le nouveau plan stratégique d’Aeroflot vise le haut de gamme

La compagnie russe Aeroflot met en place une stratégie qui devrait assurer sa pérennité comme transporteur premium en séparant les activités domestiques et régionales du long courrier.

Aeroflot
Le nouveau plan stratégique d'Aeroflot doit aboutir à un trafic annuel de 130 millions de passagers à l'horizon 2023

Selon la presse russe, le Premier Ministre de Russie Mikhail Mishustin a reçu le 14 juillet dernier Vitaly Saveliev, PDG d’Aeroflot, pour entendre le nouveau plan stratégique du groupe aérien qui court jusqu’en 2023. Un plan très ambitieux puisqu’il prévoit que le groupe Aeroflot devrait enregistrer d’ici 2023 un trafic annuel de 130 millions de passagers, soit 30 millions de plus que par rapport au plan stratégique précédent qui tablait sur 100 millions de passagers. Cela représenterait une croissance de son trafic passagers de 115%, le trafic du groupe atteignant 60,7 millions de passagers en 2019.

Pour réussir ce tour de force, la direction de la compagnie restructure totalement son modèle. La nouvelle stratégie prévoit ainsi que la compagnie mère Aeroflot va désormais se concentrer exclusivement sur des opérations long-courriers et les lignes européennes les plus rentables – en particulier celles qui voient un fort trafic affaires comme Paris- Moscou – tandis que le réseau intérieur serait à l’avenir laissé aux deux filiales Pobeda et Rossiya.

La stratégie est en fait un compromis avec les demandes du gouvernement russe, qui souhaite des prix aériens accessibles pour les lignes intérieures, mais qui du coup affecte la rentabilité de la maison mère Aeroflot. La concentration de l’activité sur les lignes long-courrier et les lignes européennes offrant une forte recette unitaire va permettre aussi à Aeroflot de se positionner sur un créneau haut de gamme et de viser le titre très convoité de compagnie cinq étoiles attribué par Skytrax.

Les deux filiales Pobeda et Rossiya vont donc reprendre les lignes intérieures, Pobeda devant même devenir la plus importante compagnie aérienne en Russie et au sein du groupe. Il est envisagé que Pobeda pourrait transporter plus de 60 millions de passagers annuels à la fin de la décennie. Quant à Rossiya, elle serait spécialisée sur des lignes avec l’Extrême-Orient et serait affectée notamment aux liaisons avec la Sibérie et l’enclave de Kaliningrad.

Pour sa part, Aeroflot Russian Airlines devrait au même moment compter sur un trafic de 35 à 40 millions de passagers. Aeroflot prévoit de transférer à partir de 2021 à Pobeda l’ensemble de sa flotte de Boeing 737-800, soit 47 appareils qui seront reconfigurés en une classe unique de 189 sièges. La maison mère conserverait des modèles Boeing 777, et Airbus A350 sur les long-courriers, le transporteur prévoyant de retirer sur la décennie ses A330 vieillissants. Sur le réseau européen, la compagnie conserve ses Airbus A320 et A321 mais elle envisage un remplacement par des A320neo. En raison de la crise du COVID, la compagnie a cependant retardé la livraison de tout nouvel appareil. « Cette stratégie conduira à une augmentation significative du service et du prestige tant pour la compagnie aérienne que pour notre pays », déclarait Vitaly Saveliev au premier ministre.

En attendant, Aeroflot travaille à une lente normalisation de son trafic international, normalisation qui tarde en raison de l’intensification de la pandémie en Russie. Sur le mois de juillet, le transporteur propose une à deux liaisons hebdomadaires vers 12 villes d’Europe – dont deux vols hebdomadaires sur Paris CDG et un vol par semaine sur Nice – ainsi que vers New York, Shanghai et Tel Aviv. La Russie continue cependant d’être fermée aux visiteurs internationaux, sauf exception.