Un nouvel aéroport pour le grand Dakar du futur

Ce 7 décembre marque l’adieu à l'aéroport Leopold-Sedar-Senghor. Depuis plusieurs décennies, la plate-forme aérienne au nom de l’ex-président du Sénégal était le point traditionnel d’entrée au Sénégal, voire en Afrique. Désormais, les voyageurs atterriront au nouvel aéroport Blaise-Diagne, à 50 km de la capitale sénégalaise.

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Vue du projet du nouvel aéroport Blaise-Diagne de Dakar.

Connu pour sa proximité avec la capitale et ses nombreux marchands ambulants, l’aéroport Léopold-Sedar-Senghor de Dakar était arrivé à saturation avec près de deux millions de passagers et 340 000 tonnes de fret en 2016. Il va maintenant progressivement entrer en sommeil pour laisser place au nouvel aéroport international Blaise-Diagne (AIBD) qui doit être inauguré début décembre. C’est l’un des volets clés du Plan Sénégal Emergent (PSE) qui vise à faire du Sénégal un hub régional.

Il aura fallu une dizaine d’années de péripéties et plus de 610 millions d’euros d’investissements pour aboutir à la finalisation de l’aéroport Blaise-Diagne et au premier vol inaugural le 7 décembre.  L’un des deux ATR-600 d’Air Sénégal devrait être le premier appareil à décoller des nouvelles installations situées à Diass, situé à 15 km de la ville nouvelle de Diamniadio et à 50 km de Dakar, ou encore à 30 km de Mbour et de la station balnéaire de Saly Portudal.

Déjà relié à la capitale par l’autoroute à péage, ce nouveau hub le sera bientôt également par le train express régional (TER). Tout a été calculé pour que l’aéroport contribue au rééquilibrage économique entre la presqu’île du Cap-Vert et la région de Thiès, à l’ouest de Dakar. La fin de l’aéroport Léopold-Sedar-Senghor, enclavé au nord de la capitale, va en effet contribuer à décongestionner Dakar et accroître le mouvement de balancier en faveur du nouveau triangle urbain Diamniadio-Thiès-Mbour à l’ouest de la capitale : le nouvel aéroport en sera le centre névralgique.

Plus grand projet aéroportuaire d’Afrique de l’Ouest

Cinq fois plus grand que l’aéroport Léopold-Sédar-Senghor, l’AIBD s’étend sur une surface de 45 km2. Il est doté d’une capacité de 10 millions de voyageurs par an pour le terminal passager et de 50 000 tonnes pour le terminal fret. Pour dominer la bataille des hubs aéroportuaires ouest-africains, la société d’exploitation de l’AIBD a misé sur la construction, à Diass, d’un centre d’entretien et de maintenance aéronautiques de dernière génération, un pôle de compétence rare sur le continent africain.

Projet emblématique pour le Sénégal, la construction de l’AIBD avait été engagée en décembre 2007 sous la houlette du Saudi Binladin Group (SBG), géant saoudien de la construction. Mais en 2015, SBG ayant réclamé un nouvel avenant financier conséquent à l’État sénégalais, le chantier avait été stoppé. Il a été repris en main début 2016 par le consortium turc Summa et Limak Holding, désormais propriétaire de 66 % du capital de LAS SA, la société gestionnaire de l’aéroport, via un contrat de concession de vingt-cinq ans. DP World, le troisième opérateur portuaire régional, construit et développe une zone logistique franche à proximité du nouvel aéroport et non loin du terminal à conteneurs du port de Dakar qu’il gère également.

Le nouvel aéroport comporte une surface importante de boutiques. Une zone duty free de 1000 m2 et un point de vente Relay de 100 m2 seront gérés par Travel Retail, la filiale spécialisée de Lagardère, qui fait ainsi son entrée en Afrique de l’Ouest. Selon Abdoulaye Mbodji, directeur du nouvel aéroport, le site deviendra rapidement un cœur d’activités économiques annexes et pourrait contribuer à créer au moins 10 000 emplois.

Blaise-Diagne au coeur des affaires

Qu’adviendra-t-il du site de l’ancien aéroport ? La réponse, qui a longtemps relevé du mystère à Dakar, vient finalement d’être dévoilée au détour d’une convention signée en octobre entre la Caisse de dépôts et de consignation CDC du Sénégal et la Caisse de dépôts et de gestion CDG du Maroc.

Ce sont en effet des intérêts marocains qui vont piloter la transformation du site de l’ancien aéroport à l’issue de la phase transitoire de transfert pour y établir un projet ambitieux : la cité des affaires de l’Afrique de l’Ouest. Il s’agit d’aménager 597 hectares, soit l’équivalent d’une cité s’étendant sur 3km de long sur 2 de large. Sa construction a été confiée à l’Agence de promotion des investissements et des grands travaux (APIX) du Sénégal et comprendra un ensemble d’immeubles à usage commercial, de plateaux de bureaux, des bâtiments d’habitation et d’espaces verts.

Selon le directeur général de la CDG du Maroc, « le projet permettra de réaliser trois objectifs essentiels, à savoir la création de postes d’emplois directs et indirects, d’un espace urbain et l’amélioration de l’offre immobilière dans la capitale sénégalaise ».