Des aéroports régionaux européens menacés de disparition

Cri d'alarme de l'ACI Europe, l'association des aéroports européens. La pandémie pourrait se traduire par la fermeture de plusieurs aéroports régionaux à travers le continent, en particulier avec la nouvelle déferlante de la pandémie en Europe. L'ACI Europe évoque ainsi 193 aéroports en sursis...

aéroport Metz Nancy Lorraine (droits réservés)

Le retour des couvre-feux et des reconfinements de population dans un nombre toujours plus élevé de pays d’Europe devraient se traduire par un nouveau ralentissement du trafic aérien. Et exacerber le risque d’insolvabilité de nombreux aéroports régionaux dans les prochains mois. C’est le constat alarmiste de l’ACI-Europe qui prévoit jusqu’à la disparition pure et simple de certaines plates-formes.

Dans un communiqué, l’association prédit ainsi que « 193 aéroports seront confrontés à une insolvabilité dans les prochains mois si le trafic passagers ne reprend pas d’ici la fin de l’année« . Soit plus d’un tiers des 500 aéroports membres de l’ACI Europe.

L’ACI précise qu’il s’agit surtout d’aéroports à vocation domestique. Néanmoins, ils représentent 277 000 emplois et contribuent pour 12,4 milliards d’euros au PIB du continent, selon l’association.

« Les chiffres publiés aujourd’hui dressent un tableau extrêmement sombre. Huit mois dans la crise et tous les aéroports d’Europe brûlent du cash pour rester
opérationnels. Les recettes sont ainsi loin de couvrir les coûts de fonctionnement, et encore moins les coûts du capital, » décrit dans un communiqué Olivier Jankovec, Directeur Général de l’ACI Europe.

Beaucoup d’aéroports ont de fait perdu leurs lignes aériennes commerciales ou gèrent un trafic régulier très réduit.

Abandon des lignes commerciales mais pas de fermeture

La crise pose pourtant la question du modèle économique des aéroports européens. Y aurait-il pléthore d’aéroports sur le continent? La question prend toujours plus d’importance, alors que l’aérien est confronté à des considérations écologistes toujours plus pressantes dans les opinions publiques.

Ces dernières années plusieurs aéroports ont déjà vu leur activité réduite à un minimum- suite à la faillite de compagnies aériennes. C’est par exemple le cas de Berne en Suisse, trop proche de Bâle et surtout de Zurich pour survivre. Ou encore de Prestwick près de Glasgow. Récemment, l’opérateur aéroportuaire suédois Swedavia, a officiellement fait part de ses doutes quant à l’avenir commercial de l’aéroport de Stockholm Bromma.

En France, on se pose la question de la survie de Metz/Nancy en Lorraine, surtout avec la décision de HOP d’arrêter ses lignes. La plate-forme se trouve proche des aéroports de Luxembourg, Francfort Hahn ou même Sarrebruck. On songe aussi aux doublons aéroportuaires dans le sud-ouest de la France: Aurillac, Agen, Bergerac, Brive-la-Gaillarde, Pau ou encore Tarbes-Lourdes. La proximité géographique de ces plates-formes les rend peu viable économiquement au trafic commercial.

« Un aéroport accueillant moins de 700 000 passagers annuels est voué à un déséquilibre financier chronique, » explique Nicolas Paulissen, délégué général de l’Union des aéroports français. « C’est aux régions d’intervenir dans une bonne gestion et d’évaluer le modèle d’exploitation », précise-t-il.

La crise actuelle pourrait effectivement mettre fin à l’activité de passage commercial pour certaines plates-formes. Sans que cela ne se traduise nécessairement par une fermeture. « Un aéroport peut se spécialiser et prospérer sur un certain type de trafic comme le fret ou l’aviation d’affaires. Il peut aussi être partie prenante d’une zone d’activité aéro-industrielle », indique encore Nicolas Paulissen. Il est vraisemblable que certains aéroports perdent donc à terme leurs lignes régulières…

Tous touchés par le COVID

Les grands aéroports sont également dans la tourmente selon l’association. Malgré une réduction drastique de leurs coûts, ils ont du s’endetter pour constituer des trésors de guerre pour faire face à l’urgence de la situation. En moyenne, leur endettement s’élève désormais à près de 60% de leurs recettes dans une année normale. La dette des 20 premiers aéroports européens s’est en effet accrue de 16 milliards d’euros avec la pandémie.

En septembre, le trafic des aéroports européens était en baisse de 73% en moyenne par rapport à la même période de 2019 et de 75% à la mi-octobre, selon l’ACI Europe. Depuis le début de l’année, 1,29 milliard de passagers se sont volatilisés dans les aéroports européens. Les mesures de confinements ne font guère percevoir la fin du tunnel pour les compagnies aériennes et aéroports. Au contraire, le tunnel s’allonge toujours plus, au fur et à mesure des semaines qui passent.